Vu de Cordoue - Page 5

  • Finkielkraut et le trouble à l'ordre public

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    Presque tout le monde connaît Alain Finkielkraut et son engagement pour toutes les victimes de « l'intégrisme islamique » qui veut « assassiner la liberté ».

    En 2002, il défendait Oriana Fallaci sur les colonnes du Point (N°1549, 24/05/2002), à propos de son pamphlet La rage et l'orgueil. Dans un article intitulé « Fallaci tente de regarder la réalité en face » il s’étonnait que : « Nous vivons ce moment étrange de notre histoire où, pour être vertueux, pour être moral, pour être un type bien, il faut faire en sorte que la vérité n'affleure jamais ». Et d’ajouter : « Oriana Fallaci a l'insigne mérite de ne pas se laisser intimider par le mensonge vertueux. Elle met les pieds dans le plat, elle s'efforce de regarder la réalité en face. Elle refuse le narcissisme pénitentiel qui rend l'Occident coupable de ce dont il est victime. »

    Dans le quotidien Libération du 9 février 2006, il écrivait au sujet de la crise des caricatures danoises, sous le titre provocateur « Fanatiques sans frontières : les intégristes islamistes sont des ennemis redoutables » :

    « Quels sont les premiers responsables de cette crise ? "Les dessinateurs et les journalistes qui n'ont pas su tempérer l'exercice de la liberté d'expression par le respect des croyances", disent maintenant la plupart des chefs de gouvernement occidentaux et, avec eux, nombre d'intellectuels. Ces sages oublient que le respect des croyances et la liberté d'expression sont les deux faces d'une même médaille. Ceux qui combattent la liberté d'expression au nom du respect de leur croyance, méprisent les croyances des autres et le font très ostensiblement savoir. […] L'image qui a mis le feu aux poudres représente Mahomet coiffé d'un turban en forme de bombe. Image injurieuse, nous dit-on. Lien blessant, lien offensant, lien diffamatoire entre le Prophète et le terrorisme. Sans doute. Mais ce lien, ce ne sont pas les caricaturistes danois qui l'ont établi, ce sont les jihadistes. […] Il ne suffit pas, pour vivre dans un monde pacifique, ni même d'ailleurs pour avoir la paix, d'abjurer tout esprit de conquête, de confesser ses crimes et de proclamer urbi et orbi qu'on n'a pas d'ennemis. La preuve : nous faisons ardemment tout cela et force est de reconnaître que, malgré nos efforts, nous avons des ennemis déterminés et redoutables. »

    Dans les colonnes du Figaro du 27 novembre 2006, sous le titre « L'affaire Redeker et la blessure de la liberté », il écrivait :

    « La France était le pays de Voltaire écrasant l'Infâme. Elle n'était heureusement pas que cela, mais elle était cela aussi. Ces dernières semaines, je me suis anxieusement demandé si la France ne devenait pas le pays où l'Infâme pouvait écraser Voltaire, comme si de rien n'était ou, du moins, avec des circonstances très, très atténuantes. […] Tout le monde ou presque a répété que la liberté d'expression était un droit imprescriptible, mais le premier réflexe du ministre de l'Éducation nationale, bientôt relayé par son collègue de la culture, a été de rappeler à ce fonctionnaire effervescent son devoir de réserve. Tandis que la Ligue des droits de l'homme jugeait ses idées "nauséabondes", que Le Canard enchaîné se déchaînait contre lui et que l'islamologue Olivier Roy écrivait dans la revue Esprit qu' "on ne peut pas distinguer un mauvais racisme (l'antisémitisme de Dieudonné) d'un bon comme serait celui de Redecker", et surenchérissait en déclarant au journal Libération que "ceux qui s'amusent délibérément à chatouiller la fatwa" ne doivent pas s'étonner des réactions suscitées par leur provocation débile. Quant au journaliste et romancier Gilles Martin-Chauffier, il a lâché la bride au dégoût et écrit ceci : "Il faut être d'une malhonnêteté intellectuelle stupéfiante pour signer une chronique aussi haineuse que celle de Robert Redecker. Et c'est cracher à la figure de la liberté de pensée que de prendre la défense de ce simplet qui ne songe qu'à acquérir la notoriété ouvrant la porte des grands éditeurs." Afin de ne pas jeter de l'huile sur le feu, on a jeté, à pleines poignées, le discrédit sur le fauteur de troubles. Moins d'un an après l'affaire des caricatures, on n'a rien trouvé de mieux, de tous côtés, que de lui faire grief d'être caricatural. Il est donc temps et plus que temps de libérer le oui à Redecker du mais qui l'entrave, qui l'étouffe et qui finalement le bâillonne. Si nous ne voulons ne pas laisser s'instaurer dans l'espace public le règne de l'autocensure, notre soutien doit être inconditionnel. Il n'y a pas de mais qui tienne, car ce mais conduirait demain à expurger les librairies et les bibliothèques d'œuvres aussi islamiquement incorrectes que Jusqu'au bout de la foi de Naipaul ou Tristes Tropiques de Levi-Strauss. »

    Et de conclure enfin :

    « Et puis, on l'oublie trop souvent : la liberté d'expression n'est pas une sinécure. Ce droit de l'homme n'est pas seulement mon droit. L'homme, c'est moi, mais ce n'est pas que moi. L'homme, c'est aussi les autres hommes et leur droit insupportable de dire des choses que je n'ai pas envie d'entendre, des choses qui m'énervent, qui m'effraient, qui me blessent, qui m'accablent, qui m'écorchent vif, qui me font mal. Dans une société ouverte, aucune conviction n'est souveraine, ce qui fait qu'elles sont toutes en colère. "Ma liberté n'a pas le dernier mot, je ne suis pas seul", écrit Emmanuel Lévinas. Voilà sans doute pourquoi la liberté d'expression est si fragile. Il y a des gens qui ont envie d'être seuls ou, plus exactement, d'être seuls à être. Il nous incombe d'inhiber ce désir, de le vaincre en nous et hors de nous. C'est visiblement une question de vie ou de mort. »

    Jusque là, Alain Finkielkraut a toujours été conséquent et cohérent. Or, récemment, j’ai écouté par hasard une partie de l’émission « Le zapping de France Inter » (10 novembre 2007), où il était l’invité ; il commentait l'interdiction faite à Bertrand Cantat à sa libération, « de publier un livre, d'écrire une chanson ou d'intervenir publiquement de quelque façon que ce soit sur le crime qu'il a commis », de façon quelque peu surprenante.

    Voici un extrait de son intervention :

    « Je trouve que ce moment devrait être gardé, édité, éternisé. C'est un moment monstrueux. Je dis bien absolument monstrueux. On en vient au nom de la liberté d'expression à revendiquer la barbarie pure ; il ne devrait pas y avoir besoin de loi pour interdire à Cantat d'écrire une chanson sur la mort de Marie Trintignant. Et je lui ai fait assez de crédit, pour penser que quand bien même il n'y aurait pas eu de loi, il ne l'aurait pas fait. Parce que cet homme est atteint par l'acte qu'il a commis. Non il n'est pas ce frappeur d'enfants, cet homme violent qu'on a voulu représenter ; son cas est singulier. Il n'empêche, il a tué, accidentellement ou non, une femme qu'il aimait. Et je ne pense pas qu'il aurait en tête de blesser sa mère, ses proches, ses enfants, en écrivant une chanson sur ces faits. »

    Le présentateur l’interpelle alors : « Monsieur Finkielkraut, si vous me le permettez, revenons au principe même de l'interdiction et de la censure, est-ce qu'il n'y a pas une contre productivité ; on est dans le bovarysme total, et… ? » Mais il est vite interrompu par Finkielkraut :

    « Non, la censure c'est la civilisation même. Quand-même, on ne peut pas mettre à égalité le vrai et le faux ! La censure c'est le droit. Le droit fixe des limites. Je pense que normalement la civilisation doit fixer des limites. Si on est à ce point obnubilé par la liberté d'expression, et qu'on ait besoin du droit, alors vive le droit ! Mais penser que c'est une nouveauté, et qu'un avocat ose dire que c'est une nouveauté, je ne sais pas quel est ce chroniqueur, il a le droit d'ignorer tout du droit et d'ignorer tout de la civilisation, tout de même quand on libère quelqu'un qui a tué quelqu'un d'autre dans le pays où cette personne a été tuée, eh bien on veut tout simplement que cette libération ne soit pas un trouble à l'ordre public. Et ça existe dans le droit. Un trouble à l'ordre public ça veut dire que si moi j'écris ceci ou cela sur Marie Trintignant, je vais blesser sa mère, je vais blesser ses anciens maris, je vais meurtrir ses enfants, c'est un trouble à l'ordre public, ce trouble ne doit pas avoir lieu. Et je le répète, il n'y a aucun rapport entre ce que ressent Cantat et ceux qui en son nom demandent qu'il n'y ait aucune limite, demandent une espèce de "lâcher tout" qui est la barbarie même. »

    Résumons :

    1) Lorsqu’Alain Finkielkraut est face à des propos qui heurtent la sensibilité de plus d’un milliard d’êtres humains, dont plusieurs millions en France, il affirme que :

    - Nous vivons ce moment étrange de notre histoire où, pour être vertueux, pour être moral, pour être un type bien, il faut faire en sorte que la vérité n'affleure jamais.
    - Oriana Fallaci a l'insigne mérite de ne pas se laisser intimider par le mensonge vertueux.
    - Ceux qui combattent la liberté d'expression au nom du respect de leur croyance, méprisent les croyances des autres.
    - Il ne suffit pas, pour vivre dans un monde pacifique d'abjurer tout esprit de conquête, de confesser ses crimes et de proclamer urbi et orbi qu'on n'a pas d'ennemis.
    - Je me suis anxieusement demandé si la France ne devenait pas le pays où l'Infâme pouvait écraser Voltaire.
    - Si nous ne voulons ne pas laisser s'instaurer dans l'espace public le règne de l'autocensure, notre soutien [à Redeker] doit être inconditionnel. Il n'y a pas de mais qui tienne.
    - La liberté d'expression n'est pas une sinécure. Ce droit de l'homme n'est pas seulement mon droit. L'homme, c'est moi, mais ce n'est pas que moi. L'homme, c'est aussi les autres hommes et leur droit insupportable de dire des choses que je n'ai pas envie d'entendre, des choses qui m'énervent, qui m'effraient, qui me blessent, qui m'accablent, qui m'écorchent vif, qui me font mal.
    - Dans une société ouverte, aucune conviction n'est souveraine.
    - "Ma liberté n'a pas le dernier mot, je ne suis pas seul", écrit Emmanuel Lévinas. Voilà sans doute pourquoi la liberté d'expression est si fragile. Il y a des gens qui ont envie d'être seuls ou, plus exactement, d'être seuls à être. Il nous incombe d'inhiber ce désir, de le vaincre en nous et hors de nous. C'est visiblement une question de vie ou de mort.

    2) Mais lorsqu’Alain Finkielkraut est face à des paroles qui risquent de heurter la sensibilité de quelques êtres humains, il affirme plutôt que :

    - On en vient au nom de la liberté d'expression à revendiquer la barbarie pure.
    - L'espèce de "lâcher tout" qui est la barbarie même.
    - On ne peut pas mettre à égalité le vrai et le faux.
    - La censure c'est la civilisation même.
    - La censure c'est le droit.
    - Normalement la civilisation doit fixer des limites. Si on est à ce point obnubilé par la liberté d'expression, et qu'on ait besoin du droit, alors vive le droit !
    - Un trouble à l'ordre public ça veut dire que si moi j'écris ceci ou cela sur Marie Trintignant, je vais blesser sa mère, je vais blesser ses anciens maris, je vais meurtrir ses enfants, c'est un trouble à l'ordre public, ce trouble ne doit pas avoir lieu.

    Conclusion : Ou bien, Alain Finkielkraut a évolué dans sa réflexion sur les limites de la liberté d’expression ; après tout, on a le droit de changer. Ou bien, il a une drôle de façon de concevoir le trouble à l'ordre public.

    Abbas Aroua
    8 décembre 2007

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  • La Chine au coeur de nos cités

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    Je découvre Barcelone pour la première fois et elle me séduit. La beauté de son architecture, ses grandes avenues, son front de mer, la douceur de son climat, la gentillesse des ses habitants, tout cela doit rendre la vie agréable dans cette ville catalane.

    En me promenant dans Barcelone, j’ai été surpris par le nombre de magasins chinois qui s’étalent sur des centaines et des centaines de mètres dans des avenues de haut standing. Un quartier entier a les allures d’un grand bazar du textile chinois, à quelques dizaines de mètres du centre touristique de la ville. Une mention apparaît sur l’enseigne des tous les magasins : vente en gros. Un ami m’a expliqué que cette transformation du quartier date d’une dizaine d’années avec une accélération les cinq dernières années. Toujours le même scénario : un Chinois de condition modeste débarque ; il s’adonne à de petits boulots tels que la vente au trottoir. Du jour au lendemain, il fait l’acquisition d’un magasin en offrant un prix si fort qui ne laisse aucune chance aux autres prétendants. En fait, c’est exactement le même scénario constaté partout dans les villes d’Europe, du Maghreb, d’Afrique, etc.

    Beaucoup de gens se posent des questions au sujet du pouvoir d’achat de ses Chinois qui ne lésinent pas sur les moyens pour occuper des quartiers entiers des principales villes du monde.

    Et s’ils étaient soutenus par leur gouvernement qui détient la plus importante réserve en dollars ? Et si cette sinisation progressive de nos cités était une politique coordonnée à Pékin visant à implanter des communautés de commerçants partout dans le monde, à s’assurer des lobbies afin de veiller sur les intérêts de la Chine à l’étranger. En considérant ce phénomène du point de vue purement libéral, on ne peut qu’admettre qu’il s’agit d’une conséquence de la mondialisation et des règles de l’OMC. Mais lorsqu’on pense que les produits chinois vendus en gros chez nous ont été manufacturés selon des normes de travail qui laissent à désirer, on se demande à quel point acheter chinois à Barcelone, à Paris ou à Alger contribue à pérenniser ces normes et les rendre acceptables.

    Les gouvernements ont peu de moyens d’action pour changer les conditions de travail en Chine : trop d’intérêts économiques en jeu. C’est peut-être le rôle du citoyen consommateur de mener de petites actions visant à influencer les choses. Que dire par exemple de la constitution dans les villes où il y a une forte implantation chinoise d’associations mobilisant les consommateurs sur le slogan « consommons chinois responsable ! », exerçant ainsi une pression simultanée sur l’ensemble des China Town, une pression qui se fera surement sentir à Pékin ?

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  • La reine des connaissances

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    Les mathématiques sont définies par wikipédia comme étant le "domaine de connaissance construit par des raisonnements hypothético-déductifs, ou par l'absurde, relativement à des concepts tels que les nombres, les figures, les structures et les changements". Il faut rappeler qu'une structure est l'ensemble d’éléments et ensemble de relations entre les éléments. Les mathématiques couvrent des domaines variés axés sur le concept de la régularité. On peut citer :

    - l’arithmétique qui étudie la régularité des nombres ;
    - la géométrie qui étudie la régularité des formes ;
    - le calcul qui étudie la régularité du changement ;
    - la logique qui étudie la régularité de la pensée ;
    - les probabilités qui étudient la régularité du hasard ;
    - la topologie qui étudie la régularité de la proximité et de la position ;
    - l’algèbre qui étudie la régularité des régularités ;
    - le chaos qui étudie la régularité de la non-régularité.

    Les deux premiers domaines, statiques, ont été longtemps – et le sont encore souvent – dominants dans les systèmes éducatifs, qui form(ai)ent les citoyens à compter et à mesurer leurs biens.

    Il est vrai que les mathématiques, par leur capacité d’abstraction, fournissent un outillage intellectuel solide pour maitriser toutes les sciences et les techniques et pour aborder la plupart des activités humaines de la physique et l'astronomie jusqu’à l’analyse financière et la musique.

    Mais on peut se demander s'il est valable d’appliquer cette discipline, où la contradiction n’est pas admise, à des branches de la connaissance qui traitent d’une réalité souvent chargée de contradictions comme les sciences humaines.

    C’était en tout cas mon questionnement avant de participer il y a quelques semaines à un atelier en Norvège sur le thème de « Mathématiques de, par et pour la paix » où j’ai pu avoir, entre montagnes et fjords, un aperçu limpide sur l’application des mathématiques aux études de la paix.

    J’ai été enchanté d’assister à des présentations sur les théories des nombres, des ensembles, des graphes, des relations, des matrices, des jeux, des systèmes, du changement, du chaos, de la catastrophe, etc. appliquées à la paix et au conflit, ces deux concepts étant par définition des relations.

    Décidément, Carl Friedrich Gauss avait raison d’appeler les mathématiques « reine des connaissances ».

    Abbas Aroua
    28 octobre 2007

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  • Cheikh Mahmoud Bouzouzou n’est plus

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    Nous disons adieu à un père et un frère qui nous est cher. Un instructeur et un guide qui nous quitte. Nous saluons Cheikh Mahmoud Bouzouzou qui a rendu l’âme à l'Hôpital cantonal de Genève ce jeudi 27 septembre 2007 en début d’après midi, au milieu du mois du Ramadhan.

    Cheikh Bouzouzou est né le 22 février 1918 à Bejaïa, une ville algérienne de science dont il était fier et n’a cessé d’avoir la nostalgie. Il a d’ailleurs choisi d’être inhumé en son sein. Il a passé une partie de sa jeunesse à Constantine sous l’œil attentif de cheikh Abdelhamid Benbadis et en compagnie d’autres membres de l’Association des Oulémas algériens. Après avoir terminé ses études, il s’est consacré à l’enseignement dans une Algérie que l’occupant français voulait noyer dans l’analphabétisme. Il a ainsi contribué à la fondation de mosquées et d’écoles privées pour enseigner l’arabe, langue combattue à l’époque coloniale.  

    Il était l’un des pionniers du Mouvement des scouts musulmans algériens au milieu des années 1940. En tant que Guide Général il a contribué à la formation de toute une génération de militants de la cause nationale, dont certains ont été les initiateurs de la Révolution algérienne, et dont la plupart l’ont rejointe, beaucoup d’entre eux y ont d’ailleurs trouvé le martyre. Il était aussi l’un des pionniers du journalisme algérien engagé à travers ses écrits dans « al-Bassaïr » et « al-Manar ». Cette dernière publication qu’il dirigeait était au début des années 1950 une tribune remarquable dans la lutte contre l’occupation française et le dévoilement de crimes coloniaux, notamment les massacres de mai 1945. « al-Manar » était un outil efficace de conscientisation politique.

    Cheikh Bouzouzou était incontestablement l’un des pionniers du Mouvement national algérien, appelant à l’unification de ses diverses composantes. Les autorités coloniales le considéraient d’ailleurs comme l’un des pères spirituels de la Guerre de libération nationale et le classaient comme « un dangereux élément subversif ». C’est ce que révèlent les notes des services de renseignement français découvertes dans les archives françaises récemment déclassées. Ses positions nationalistes lui ont valu beaucoup d’ennuis : la prison et la torture, puis l’expatriation. Il s’est exilé d’abord au Maroc, ensuite en Europe, où il s’est rendu dans plusieurs villes avant de s’établir à Genève.

    A Genève, il s’est dédié au service de la communauté musulmane, à l’enseignement de la langue arabe et à la présentation de la religion et la civilisation islamiques. Il a été l’un des fondateurs du Centre islamique en 1961 et a contribué à la constitution de la Fondation culturelle islamique en 1975. Il a occupé dans ces deux institutions la fonction d’imam. Il a aussi été membre du Conseil de la Fondation Cordoue dont il a bien voulu héberger son premier siège chez lui. Il a été professeur de langue arabe pendant une vingtaine d’années à l’Ecole d’interprétariat de Genève et à l’ONU. Il accordait une attention toute particulière aux jeunes. Il les accueillait dans son bureau ou à son domicile. Il les écoutait et leur prodiguait des conseils. Il veillait à leur conscientisation.

    Cheikh Bouzouzou était adepte du juste milieu et détestait les positions extrêmes. Il était sage dans ses rapports avec les autres. Sa conduite exemplaire et ses qualités humaines étaient la meilleure carte de visite qu’il pouvait offrir de l’islam. Il s’est distingué par une vaste culture et une ouverture à l’Autre. En est preuve sa bibliothèque offerte à la ville de Genève qui contient des milliers de volumes en diverses langues couvrant les sciences de la religion, les lettres, les arts, l’histoire, la philosophie, le droit et les sciences politiques, économiques et sociales. Ce que je retiendrai de Cheikh Bouzouzou en particulier, c’est l’importance qu’il accordait à la science et à l’action. La science utile intimement liée à l’action bénéfique, ainsi que son amour pour le livre.

    Dans sa dernière intervention dans les médias, l’année passée, à l’occasion de « l’Affaire des caricatures », il déclarait que « cette crise révèle deux fléaux qui menacent l’humanité : l’injustice envers l’Autre et l’ignorance de l’Autre » et affirmait que « la sagesse commande de rappeler et de souligner que nos différences constituent un trésor nous offrant la chance unique de nous enrichir mutuellement. Et par là, de construire des ponts en vue de nous rapprocher les uns des autres », avant de conclure qu’ « il est du devoir de chacun de nous, quelles que soient nos convictions, de faire l’effort nécessaire non seulement de connaître l’Autre, mais aussi de le reconnaître et de lui faire justice en toutes circonstances. »

    Avec le décès de Cheikh Bouzouzou, l’Algérie perd l’un de ses enfants qui n’ont cessé d’œuvrer pour son indépendance et son émancipation, Genève perd une voix de sagesse qui avait l’éminente capacité d’apaiser et de concilier.


    Scheich Mahmoud Bouzouzou ist verschieden

    Wir verabschieden uns heute von einem Vater, von einem Bruder, einem von uns geliebten Menschen. Einem Wegweiser und Begleiter, der uns verlässt. Wir loben Scheich Mahmoud Bouzouzou, dessen Seele an diesem Donnerstag, den 27. September 2007, am frühen Nachmittag, mitten im Monat Ramadhan, verschieden ist.

    Scheich Bouzouzou wurde am 22. Februar 1918 in Bejaïa geboren, einer algerische Stadt der Wissenschaft, auf die er sehr stolz war und nach der er sich unaufhörlich sehnte. Er hat im Übrigen gewählt dort beigesetzt zu werden. Einen Teil seiner Jugend verbrachte er in Constantine, unter der sorgfältigen Aufsicht von Scheich Abdelhamid Benbadis, in Begleitung von anderen Mitgliedern der algerischen Association des Oulémas.[1] Nach seinem Studium widmete er sich, in einem Algerien, das durch den französischen Besatzer im Analphabetismus versinken sollte, dem Lehramt. Er hat zur Gründung von Moscheen beigetragen und von Privatschulen, die Arabisch lehrten, die Sprache, die während der Kolonialzeit bekämpft wurde.

    Mitte der vierziger Jahre war er einer der Pioniere vom Muslimischen Algerischen Pfadfinderverband. Als Generalleiter hat er zur Ausbildung einer ganzen Generation von aktiven Mitgliedern der «cause nationale» beigetragen, von denen einige Initiatoren der algerischen Revolution gewesen waren und deren Mehrheit sich ihr angeschlossen hat. Viele unter ihnen wurden zu Märtyrern. Er war auch durch seine Texte in "al-Bassaïr" und "al-Manar", einer der Pioniere des engagierten, algerischen Journalismus. Die Publikation "al-Manar", die er leitete, war Anfang der fünfziger Jahre eine bemerkenswerte Tribüne für die Bekämpfung der französischen Besatzung und der Bekanntmachung der Kolonialverbrechen, besonders über die Massaker vom Mai 1945. "Al-Manar" war ein kompetentes Instrument politischer Bewusstseinsbildung.

    Scheich Bouzouzou war unumstritten einer der Pioniere der Algerischen Nationalbewegung, die zur Vereinigung ihrer unterschiedlichen Strömungen aufrief. Die Kolonialbehörden betrachteten ihn im Übrigen als einen der geistigen Vorbilder des nationalen Befreiungskrieges und stuften ihn als «ein gefährliches, subversives Element» ein. Das enthüllen die vor kurzem gefundenen Notizen der französischen Geheimdienste, in den französischen Archiven. Wegen seinen nationalistischen Standpunkten hatte er viele Probleme: Gefängnis und Folter, dann das Exil. Er emigrierte zuerst nach Marokko, dann nach Europa, wo er sich in mehreren Städten aufhielt, bevor er sich in Genf niederließ.

    In Genf widmete er sich der muslimischen Gemeinschaft, der Lehre der arabischen Sprache, so wie der Darstellung der islamischen Religion und Zivilisation. Er war, im Jahre 1961, einer der Gründer des Islamischen Zentrums und hat, im Jahre 1975, zur Bildung der Fondation culturelle islamique [2] beigetragen. In beiden Institutionen hatte er das Amt des Imams. Er war auch Ratsmitglied der Fondation Cordoue, deren ersten Sitz er bei sich beherbergte. Er war zwanzig Jahre lang Professor für Arabisch an der Dolmetscherschule der Universität Genf und bei der UNO. Den Jugendlichen schenkte er ganz besondere Beachtung. Er empfing sie in seinem Büro oder in seinem Wohnsitz. Er hörte ihnen zu und überhäufte sie mit Ratschlägen. Er achtete auf ihre Bewusstseinsbildung.

    Scheich Bouzouzou war ein Anhänger der Bewahrung des Mittelmaßes, er verabscheute Extrempositionen. Er war weise in seinen Beziehungen mit Anderen. Sein beispielhaftes Verhalten und seine menschlichen Eigenschaften waren die beste Visitenkarte, die er vom Islam zeigen konnte. Er besaß ein umfassendes Kulturverständnis und zeichnete sich durch die Öffnung gegenüber dem Anderen aus. Der Beweis dafür ist seine Bibliothek mit tausenden von Büchern in mehreren Sprachen über Religionswissenschaft, Geisteswissenschaft, Kunst, Geschichte, Philosophie, Jura, Politologie, Wirtschafts- und Sozialwissenschaften, die er der Stadt Genf vermachte. Was ich von Scheich Bouzouzou besonders im Gedächtnis behalten werde, ist die Bedeutung, die er der Wissenschaft und der Tat beimaß. Die nützliche Wissenschaft, die sehr eng mit der guten Tat verbunden ist, sowie seine Liebe zu dem Buch.

    In seinem letzten Beitrag in den Medien, im vergangenen Jahr, erklärte er anlässlich « der Affäre der Karikaturen », dass « diese Krise zwei Plagen enthüllt, die die Menschheit bedrohen: Ungerechtigkeit gegenüber dem Anderen und Ignoranz über den Anderen » und er betonte, dass « die Weisheit anordnet daran zu erinnern und zu unterstreichen, dass unsere Unterschiede einen Reichtum bilden, der uns die einmalige Chance anbietet uns gegenseitig zu bereichern und so mit Brücken zu bauen, die uns einander nähern » bevor er schlussfolgernd sagte, dass « es die Pflicht von jedem von uns ist, ungeachtet unserer Überzeugungen, die nötige Bemühung zu unternehmen, um nicht nur den Anderen kennen zu lernen, sondern um ihn auch anzuerkennen und ihm unter allen Umständen Gerechtigkeit widerfahren zu lassen. »

    Mit dem Ableben von Scheich Bouzouzou verliert Algerien eines seiner Kinder, die nie ihre Bemühungen für die Unabhängigkeit und die Emanzipation von Algerien eingestellt haben. Genf verliert eine Stimme der Weisheit, die das hervorragende Vermögen hatte, zu schlichten und zu versöhnen.

    Fußnoten :
    [1] Association des Oulémas : Vereinigung der Ulama / Vereinigung der Gelehrten
    [2] Fondation culturelle islamique / Kulturelle Islamische Stiftung in Genf

    Übersetzung aus dem Französischen :
    Monica Hostettler



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  • De la compassion sélective ?

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    Les bonzes de Birmanie ont faim. Dépendant pour leur nourriture quotidienne essentiellement des offrandes, ces moines bouddhistes qui consacrent leur vie à la méditation, ont senti dans leur chair l’effet de la dégradation sensible des conditions de vie dont souffre le citoyen birman. Bravant la mousson et défiant les militaires, ils sortent depuis plusieurs jours de leur retraite pour se déverser dans les rues de Rangoon et des autres grandes villes de Myanmar.

    Hier, ils étaient 30 milles à la tête d’une marche qui a regroupé jusqu’à 100 milles personnes manifestant leur colère contre la vie chère. Les manifestants birmans sont relayés par tous les médias occidentaux ; ils font la une des journaux. Les chancelleries occidentales s’agitent. Les hommes politiques se bousculent pour témoigner de leur compassion et afficher leur soutien à la révolte « couleur cannelle ». Maxime Bernier, chef de la diplomatie canadienne demande à la Birmanie d'engager un dialogue avec l'opposition démocratique, George W. Bush annonce de la tribune de l'ONU de nouvelles sanctions étatsuniennes contre la junte militaire birmane. Gordon Brown appelle l'UE à durcir sa position contre le régime birman. Nicolas Sarkozy promet de recevoir une délégation de l’opposition birmane à l’Elysée dès son retour de New York.

    On ne peut que se réjouir de cet élan d’humanité, de cette conscience de la misère de l’Autre. Si seulement cette compassion s’étendait un peu plus pour couvrir d’autres peuples misérables de la planète, des peuples tout aussi opprimés que le peuple du Myanmar !

    Par exemple, les plus d’un million de Palestiniens affamés dans la Bande de Gaza, soumis à un embargo illégitime et inhumain. Un embargo voulu non seulement par les Israéliens, mais aussi par de nombreuses capitales occidentales, voire même par le gouvernement Mahmoud Abbas, qui par la voie de son ambassadeur à l’ONU a demandé il y a quelques semaines le maintien de cet embargo.

    Par exemple, les plus de 30 millions d’Algériens, dont la moitié vit au dessous du seuil de pauvreté. Un peuple réduit à la misère par un régime militaire répressif et corrompu, incapable, en 2007 et avec des réserves dépassant les 100 milliards de dollars, de garantir l’approvisionnement de la population en lait, qui importe… des pommes de terre du Canada, et qui pousse les jeunes Algériens désespérés – garçons et filles – vers la voie mortelle de la harga (traversée de la Méditerranée sur des embarcations précaires). Ce pouvoir règne en Algérie depuis 45 ans, exactement comme c’est le cas au Myanmar, dirigé par une junte depuis 1962. Mais ce n’est pas là la seule similitude entre les deux pays. Le peuple algérien, tout comme le peuple birman, s’est révolté en 1988 pour se libérer et s’est vu réprimé sauvagement par les blindés de l’armée nationale qui ont fait des centaines de victimes. Il a aussi tenté au début des années 90, comme au Myanmar encore, l’expérience des urnes, mais la volonté de la junte y aura mis fin brutalement, en annulant les seules élections libres et transparentes qu’a connu le pays. Le bilan de la répression en Algérie est cependant sans commune mesure avec celui de la junte birmane, mais il vrai que les victimes ne sont pas tout à fait les mêmes… Enfin l’Algérie et la Birmanie ont en commun des richesses en hydrocarbures, très convoitées d’ailleurs par les puissantes multinationales du pétrole et du gaz.

    Alors quand verrons-nous les chancelleries occidentales, qui considèrent les régimes illégitimes d’Alger et de Ramallah comme des « gouvernements amis », traiter les populations de Gaza et d’Algérie avec la même compassion que celle de Birmanie ?

    Et quand aurons-nous enfin un message clair et fort que, contrairement à la perception qui se propage et se renforce de plus en plus chez les populations musulmanes, pour l’Occident, être musulman n’exclut pas nécessairement du domaine de la compassion universelle ?

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  • Lamari et Basri échappent à la justice des hommes

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    A un jour d'intervalle, deux piliers du système répressif maghrébin ont trouvé la mort suite à de lourdes maladies. Driss El Basri, ancien chef de la DST marocaine et ancien ministre de l'Intérieur, connu pour son rôle dans les exactions (exécutions sommaires, disparitions) à grande échelle qu'a connu le peuple marocain sous Hassan II, est décédé lundi à l'âge de 69 ans à Paris où il s'était réfugié. Il souffrait d'une cirrhose du foie.

    Mardi matin, c'est au tour du général-major algérien Smaïn Lamari (66 ans), numéro 2 du Département de renseignement et de sécurité qui souffrait depuis des années d'un cancer, de succomber à une attaque cardiaque. Chargé du renseignement extérieur, Lamari a joué un rôle majeur dans la répression et les crimes contre l'humanité perpétrés après le coup d'état de 1992. Surnommé Hadj Smaïn, c'est lui l'architecte de l’infiltration des maquis et des groupes armés transformés en instrument de terreur contre la population civile, et notamment contre la base sociale du FIS.

    Dans son témoignage "Chronique des années de sang", l'ex-officier algérien du DRS, col. Mohammed Samraoui, rapporte qu'en mai 1992, Lamari avait affirmé en présence de plusieurs officiers : "je suis prêt à éliminer trois millions d’Algériens s’il le faut pour maintenir l’ordre que les islamistes menacent". Ami intime du général Rondot, Lamari était, selon le témoignage d'agents transfuges, le commanditaire d'assassinats et de tentatives d'assassinats politiques contre des opposants algériens vivant en Europe, notamment en France et en Allemagne. Il était aussi fortement soupçonné d'être derrière la vague d'attentats perpétrés à Paris en 1995.

    En Suisse, Lamari est bien connu pour ses visites régulières et demandes incessantes au gouvernement fédéral pour lui livrer des opposants algériens résidant en Suisse, ainsi que pour son implication dans "l'affaire de la liste" de ressortissants algériens transmise à Alger par un agent double algérien et un collaborateur de la Police genevoise.

    Lors de son enterrement, une foule immense de personnalités influentes du régime algérien étaient présentes : hommes politiques de divers horizons, officiers supérieurs de l’armée, hommes d’affaires puissants. Les journalistes ont reçu l’ordre formel de ne pas prendre de photos. Au lendemain des funérailles, la presse algérienne dite indépendante saluait en Lamari un grand patriote qui « a su infiltrer l’armée française à l’âge de huit ans » et qui a infiltré les « groupes islamistes » dans les années 90. Elle considérait sa mort comme une perte pour l’Algérie.

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  • Peuple turc, sois intelligent !

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    Parmi les règles élémentaires de la communication courtoise, respectueuse de l’interlocuteur, il y en a une qui recommande en cas de malentendu, de dire « je n’ai pas entendu » ceci ou cela, au lieu de dire « vous n’avez pas dit » ceci ou cela. Car après tout, comme le notait un ami, celui qui parle est responsable de ce qu’il dit, et celui qui écoute est responsable de ce qu’il entend.

    Il y a une autre règle de base qui recommande, toujours en cas de malentendu, de dire « je me suis peut-être mal exprimé » au lieu de dire « vous ne m’avez pas compris », et ce, bien entendu, pour ne pas heurter la sensibilité de l’interlocuteur en faisant douter de ses capacités cognitives.

    Or, certains non seulement ne respectent pas cette dernière règle mais utilisent un ton insultant en rétorquant à l’Autre : « Vous êtes décevant, car vous ne disposez pas d’assez d’intelligence pour me comprendre ».

    C’est exactement de cette façon que s’est exprimée ce matin une militante du parti turc CHP de centre gauche, sur l’antenne d’Euronews. Commentant les résultats des élections législatives de la veille, gagnées par l’AKP, elle a affirmé que : « Pour moi, ce résultat est une déception. Je pensais que le peuple serait plus intelligent ; nous n’en sommes pas encore là. Ce n’est pas bon pour la Turquie. » Et une autre militante du MHP ultranationaliste d’ajouter d’un ton amer : « Le pays a bien mérité ce qui lui arrive ! »

    On a le droit de ne pas voter pour l’AKP. On a le droit de le détester, de le combattre politiquement. On a le droit d’être triste à perdre une élection. Mais a-t-on le droit d’insulter l’intelligence de tout un peuple – c'est-à-dire 80 millions d’êtres humains – parce qu’on a été incapable de le convaincre de faire un autre choix ?

    Dans la presse de ce matin, certains analystes politiques prévoient l’intervention prochaine de l’Armée et des syndicats pour « faire face » à la victoire de l’AKP. Peut-être que les hiérarchies militaire et syndicale ont effectivement des projets au point, pour distiller leur « intelligence » au peuple turc. Je dis bien hiérarchies, car la base de ces institutions est formée d’enfants du peuple turc, et il n’y a pas de raisons pour que son choix politique diffère de celui de la population générale.

    Si les galonnés turcs venaient à s’aventurer sur le terrain politique, ce serait une grave erreur qui coûterait cher à la Turquie. Et je dis cela en me basant sur un cas semblable dans l’histoire récente du monde musulman : celui de l’Algérie.

    Il y a quinze ans, il y eu dans ce pays du Maghreb des élections législatives libres et transparentes. Elles ont donné une forte majorité au FIS, un parti de la même orientation idéologique que l’AKP. Entre les deux tours, le chef d’un parti algérien dit « pour la Démocratie » a commenté les résultats par une expression devenue célèbre : « Je me suis trompé de peuple. » Les socialistes algériens ont sorti leurs troupes à la rue pour prévenir contre le danger que représentent les « intégristes » pour l’Algérie, des intellos nourris par le pouvoir et des barons de la centrale syndicale se sont rassemblés pour la sauvegarde de la république. La hiérarchie militaire a répondu présente pour « faire barrage au péril vert ». Le second tour des élections n’aura pas lieu.

    Cet acte a-t-il sauvé l’Algérie ? Hélas non. Ce fut la « première violence » qui allait ouvrir les portes de l’enfer de la violence et de la contre-violence qui durera plus d’une décennie et dont le bilan, je ne me lasserai pas de le réitérer – la répétition ayant des vertus pédagogiques –, est de près d’un quart de million de victimes, des dizaines de milliers de torturés, des milliers de disparus, des centaines de milliers de déplacés et d’exilés et des dizaines de milliards de dollars de dégâts matériels.

    Abbas Aroua
    23 juillet 2007
     
    ***

    Türkisches Volk ! Seid intelligent !

    Unter den Basisregeln der taktvollen Verständigung, die den Gesprächspartner achten, gibt es eine, die im Falle eines Missverständnisses empfiehlt zu sagen « ich habe nichts gehört » anstatt zu sagen « Sie haben nichts gesagt ». Wie es ein Freund feststellte, ist letztendlich derjenige, der redet, verantwortlich für das, was er sagt und derjenige der zuhört, ist verantwortlich für das, was er hört.

    Es gibt eine andere Regel, die im Falle eines Missverständnisses empfiehlt zu sagen « ich habe mich vielleicht schlecht ausgedrückt » anstatt zu sagen « Sie haben mich nicht verstanden», selbstverständlich um nicht die Empfindlichkeit des Gesprächspartners zu verletzen, indem man an seinen kognitiven Möglichkeiten zweifelt.

    Einige respektieren diese Regeln nicht und sie verwenden dazu noch einen beleidigenden Ton, indem sie dem Anderen erwidern: « Sie sind enttäuschend, denn Sie verfügen nicht über genug Intelligenz, um mich zu verstehen ».

    Auf diese Art und Weise hat sich heute Morgen ein den Interessen des Militärs unterstehendes Mitglied der türkischen Partei CHP [1] in der Sendung von Euronews geäußert. Sie kommentierte die Ergebnisse der Parlamentswahlen vom Vorabend, die von der AKP [2] gewonnen wurden und behauptete: « Für mich ist dieses Ergebnis eine Enttäuschung. Ich dachte, dass das Volk intelligenter sei, so weit sind wir aber noch nicht. Das ist nicht gut für die Türkei.» Und eine andere der MHP [3] fügte in einem bitteren Ton hinzu: « Das Land hat wohl verdient, was auf es zukommt!»

    Man hat das Recht, nicht für die AKP zu stimmen. Man hat das Recht, die AKP nicht zu bevorzugen und sie politisch zu bekämpfen. Man hat das Recht unglücklich zu sein, wenn man eine Wahl verliert. Aber hat man das Recht die Intelligenz eines ganzen Volkes zu beleidigen - das heißt von 80 Millionen Menschen - weil man unfähig gewesen ist, dieses Volk zu überzeugen eine andere Wahl zu treffen?

    In der heutigen Presse ahnen einige politische Analytiker die baldige Intervention der Armee und der Gewerkschaften, um den Sieg der AKP « zu bewältigen ». Vielleicht haben die Militär- und Gewerkschaftshierarchien tatsächlich Projekte parat um ihre « Intelligenz » dem türkischen Volk einzutröpfeln. Ich sage allerdings Hierarchien, denn die Basis dieser Einrichtungen besteht aus den Kindern des türkischen Volkes und es gibt keine Gründe zu glauben, dass ihre politische Wahl sich von der allgemeinen Bevölkerung unterscheidet.

    Wenn die türkischen Betressten sich auf die politische Ebene wagen würden, wäre es ein schwerwiegender Fehler, der der Türkei viel kosten würde. Und ich sage es, weil ich mich auf einen ähnlichen Fall in der jüngsten Geschichte der muslimischen Welt, beziehe: auf den von Algerien.

    Vor fünfzehn Jahre haben in diesem Maghrebland freie und transparente Parlamentswahlen stattgefunden. Die FIS, eine Partei derselben ideologischen Orientierung wie der AKP, erhielt die große Mehrheit. Der Leiter einer algerischen Partei « für die Demokratie» hat, zwischen den zwei Wahlgängen, die Ergebnisse mit dem berühmt gewordenen Ausdruck kommentiert: « Ich habe mich wohl im Volk getäuscht. » Die algerischen Sozialisten haben ihre Truppen auf die Strasse gerufen, um vor den « Integristen » zu warnen, die eine Gefahr für Algerien verkörpern. Die von der Macht ernährten Intellektuellen und die Freiherren der Zentralgewerkschaften haben sich für den Schutz der Republik versammelt. Die Militärhierarchie war sofort anwesend, um « der grünen Gefahr den Weg zu sperren ». Der zweite Wahlgang fand nicht statt.

    Hat dieser Akt Algerien gerettet? Leider nicht. Es war der « erste Akt der Gewalttat », die die Türen zur Hölle der Gewalt und der Gegengewalt öffnete, die mehr als ein Jahrzehnt andauern wird und deren Bilanz ungefähr eine viertelmillionen Opfer, zehntausende Gefolterte, tausende von Verschwundenen, hunderttausende Zwangsvertriebene und im Exil lebende Personen, sowie mehrere Milliarden Dollar Sachschäden ist.

    Da Wiederholung eine pädagogische Wirkung hat, werde ich nie ermüden, es immer und immer wieder zu wiederholen.
     
    Abbas Aroua
    23. Juli 2007
     
    [1] CHP - Republikanische Volkspartei – ultrakemalistisch, linksnationalistisch (Cumhuriyet Halk Partisi)
    [2] AKP - Gerechtigkeits- und Entwicklungspartei (Adalet ve Kalkınma Partisi)
    [3] MHP - Nationalistische Aktionspartei - rechtsnationalistisch (Milliyetçi Hareket Partisi)

    Übersetzung : Monica Hostettler

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  • Halte à la culture de la facilité !

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    Dans son essai « poésie et culture apolitique » publié dans From Pages of Day and Night (Northwestern University Press, 2000), le poète syrien Adonis écrit : « La culture arabe a supprimé tout questionnement. Basée sur la Réponse, elle a institué une poésie qui ne peut dire que ce qui est connu, une poésie de l’explicite. Ainsi, la première difficulté à laquelle se trouve confrontée la poésie arabe réside, paradoxalement, dans la culture de la facilité. »

    Je trouve que cette constatation ne s’applique pas uniquement à la poésie arabe, ou à la poésie tout court, mais touche divers aspects de la vie moderne : politique, économie, médias, art, etc. au point que l’on peut parler à juste titre d’une « culture de la facilité ». Une culture dans laquelle l’effort, la discipline, la rigueur, semblent être relégués au rang de l’archaïsme.

    Depuis la plus tendre enfance, on inculque aux jeunes que le succès ne passe plus forcément par le dépassement. On les encourage à prendre un autre chemin qui y mène sans peine : celui du moindre effort. Pour certains pédagogues, l’éducation doit être avant tout divertissement ; demander à l’enfant d’apprendre par cœur les tables de multiplication ou de mémoriser un poème, relève, à leurs yeux, de la pédo-torture.

    Dehors tout incite l’enfant à la facilité dans une société de l’abondance. Il n’a qu’à claquer des doigts et il a le dernier modèle de la poupée Barbie ou la version la plus récente de son jeu électronique préféré. En grandissant, il se trouve naturellement attiré par l’argent facile, la célébrité facile, le discours facile, le sexe facile. Ceci produit la génération de la « star-académisation » artistique, de la « sms-isation » linguistique, de la spéculation boursière, du « dopage » sportif et de la « people-isation » politique. Mais il y a en particulier deux domaines touchés par cette culture de la paresse que j’aimerais évoquer ici : la science et l’information.

    Près de 2000 publications scientifiques sont produites par jour à travers le monde. Dans la montagne de papiers publiés chaque année, quelle est la fraction originale ? Combien valent plus que la quantité de bois sacrifiée pour les imprimer ? Très peu. C’est d’ailleurs le cas également de la production littéraire. La recherche ne rime plus avec innovation. Elle a été « castrée » depuis qu’elle a été formatée et « protocolée ».

    Dans la majeure partie des cas, les chercheurs d’aujourd’hui savent au préalable ce qu’ils trouveront à l’issue de leur recherche. Les chefs de labos savent à l’avance le nombre de thèses qui seront défendues à la fin de l’année académique, puisqu’ils doivent en rendre compte, ou des comptes, à leurs sponsors. Dans les labos modernes, le souci de la rentabilité fait peu de place à l’imprévu et au suspense. Tout comme dans les autres domaines de l’activité économique, on doit produire le plus de résultats, le plus vite, au moindre coût. On évite donc les chemins incertains et les pistes risquées. A part les rares découvertes fortuites, le résultat d’un travail de recherche est minuté, comme un bébé, de sa conception à sa naissance.

    Désormais la recherche se pratique « à la chaîne » ; chacun s’occupe dans son coin d’un petit détail. Dans ce « taylorisme scientifique » effréné, qui fait perdre la vue d’ensemble, l’intelligence humaine cède souvent la place à des logiciels détecteurs de corrélations. Certains chercheurs, notamment en sciences de la vie, se fient à des artifices mathématiques pour faire la recherche à leur place, comme l’outil statistique souvent mal compris et donc mal utilisé. Et l’on se retrouve dans des situations absurdes ou l’on apprend qu’une équipe scientifique a « prouvé », au moyen d’un « t » ou d’un « Chi-2 », que le paramètre X a un effet bénéfique sur le phénomène Y, et quelques semaines plus tard on découvre qu’une autre équipe scientifique a « démontré », par le même « t » ou « Chi-2 », tout le contraire.

    Le monde de l’information souffre aussi de la culture du moindre effort. De plus en plus de journalistes ne réalisent pas des enquêtes pour apprendre, connaître, découvrir, vérifier, confronter, comparer, en vue de rédiger, mais semblent le faire pour rassembler des éléments factuels et remplir un canevas préalablement élaboré et pour étayer une thèse et des conclusions déjà établies. Ils recourent souvent aux solutions faciles qui consistent à « forcer la main » à un propos pour lui faire dire ce qui qu’il n’était pas censé exprimer, ou à instrumentaliser des faits afin de fabriquer une pseudo-réalité qui arrange leurs propres convictions et certitudes.

    Combien de journalistes ont une conscience aigue de la nécessité de se libérer idéologiquement et intellectuellement si l’on se fixe comme quête la recherche de la vérité et sa transmission au plus grand nombre ? Combien se rendent compte que l’on ne croise pas la vérité sur les sentiers battus de la pensée dominante, mais qu’on la cherche ailleurs, et qu’on la rencontre souvent sur les pistes accidentées par la détresse humaine ? Combien savent que les meilleures plumes dans l’histoire du journalisme sont celles qui ont appris à « nager » à contre-courant, et que toute autre approche du journalisme ne produit qu’un élément de plus dans la masse de propagateurs de la pollution médiatique qui encombrent les rédactions à travers le monde et qui ne laissent à la fin aucune trace de leur passage ?

    Je ne suis pas un adepte du « bonheur par la douleur », mais je constate que les œuvres qui ont marqué l’humanité, ont souvent été produites dans la souffrance créative. Et je crois, comme le pasteur canadien Eric Lanthier, qu’à défaut d’enfanter des êtres créatifs, « la culture du moindre effort produit des décrocheurs », qui jugent une œuvre non pas par sa valeur intrinsèque, mais par sa valeur marchande et surtout par l’accueil que lui réserve le public, mesuré par un audimat, par un facteur d’impact, ou par le résultat d’un sondage.

    Le lecteur trouvera peut-être ce billet excessif et le jugera éventuellement comme caricatural, manquant une certaine profondeur d’analyse. Ne serait-ce pas là une preuve qu’aujourd’hui nul n’est à l’abri de la culture de la facilité ?

    Abbas Aroua
    11 juillet 2007

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  • A Guantanamo Bay, « suicider » n’est pas exclusivement pronominal

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    Trois détenus de Guantanamo, un Yéménite et deux Saoudiens, sont décédés simultanément le 10 juin 2006 au camp de détention de Guantanamo Bay. Les autorités américaines ont avancé à l’époque la thèse du suicide par pendaison. Les corps des trois victimes ont été autopsiés par une équipe médicale militaire puis rapatriés et remis à leurs gouvernements respectifs. Une contre autopsie sollicitée par la famille de la victime yéménite, organisée par Alkarama, une ONG des droits de l’homme basée à Genève, et conduite par une équipe médicale de l’Institut de Médecine légale de l’Université de Lausanne, a révélé de nombreuses zones d’ombre et a soulevé un certain nombre de questions liées aux circonstances du décès et à des faits inexpliqués constatés sur le cadavre. Ces questions, formulées également par l’équipe médicale saoudienne qui a effectué une seconde autopsie sur les cadavres des victimes saoudiennes, ont été adressées par la voie officielle aux autorités américaines. A ce jour, elles restent sans réponse. Ce refus de fournir des explications aux interrogations des experts n’a fait que renforcer les soupçons et privilégier l’invraisemblance du suicide collectif dans un camp hautement sécurisé par des croyants dont la religion interdit l’atteinte à sa propre vie.

    Une année après, presque jour pour jour, on apprend qu’un quatrième détenu a subi le même sort. Selon la version officielle, la victime, d’origine saoudienne, aurait été trouvée inerte hier dans sa cellule. Après une tentative de réanimation par le médecin du camp, le décès a été constaté.

    Quelle que soit la cause du décès, les autorités américaines en sont responsables et même s’il s’agit d’un suicide, on a le droit de s’interroger sur les conditions de détention qui ont poussé des détenus croyants à un acte de désespoir d’une extrême violence.

    Le camp de Guantanamo Bay a été ouvert en janvier 2002 dans le cadre de la « guerre mondiale contre le terrorisme ». Plus de cinq ans après, près de 400 détenus y subissent encore les affres du non droit, érigé en norme par l’Empire des Etats-Unis. Qui peut leur venir en secours ? En tous cas, pas leurs gouvernements qui s’attèlent servilement à plaire à leur maître, en pratiquant la torture généralisée par procuration, ni les gouvernements européens qui ne veulent pas trop irriter leur allié transatlantique. Le Conseil onusien et autres ONGs des droits de l’homme ne font pas le poids devant l’arrogance de l’Administration Bush. Il ne reste donc qu’une action citoyenne mondiale pour freiner cette régression de l’Humanité. Pourquoi ne décidons-nous pas de porter une fois par semaine un habit orange en guise de protestation ? Pour arborer une couleur qui pour certains est emblème de libération, et pour d’autres un symbole d’oppression et d’humiliation. Si l’on échoue à faire fermer Guantanamo Bay, on portera tous et à jamais la coresponsabilité de l’une des principales blessures morales du début de ce XXIème siècle.

    Abbas Aroua
    31 mai 2007

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  • Le minaret en Suisse : générateur de tension ou source de lumière

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    Le minaret soulève en Suisse un débat de plus en plus passionné. Cela fait plusieurs mois que je me retiens d’écrire au sujet de cet objet architectural qui orne la mosquée en pensant que la polémique qu’il suscite allait s’apaiser au bout d’un certain temps. Hélas ce n’est pas le cas. La semaine dernière des politiciens de la droite nationaliste ont lancé une initiative populaire fédérale « contre la construction de minarets ». J’estime donc utile de verser au débat quelques clarifications concernant les minarets.

    Que d’interprétations ont été avancées sur la symbolique du minaret !

    Ses défenseurs affirment qu’il symbolise le chiffre 1, faisant référence à l’unicité divine, ou qu’il a la forme de la lettre alif, première de l’alphabet arabe, soulignant la place du savoir dans la mosquée. D’autres y voient un indicateur qui pointe vers le Ciel et rappelle constamment la présence de l’Unique.

    Ses détracteurs voient en lui un signe de puissance indiquant le caractère agressif de l’Islam ou un symbole phallique reflétant une culture patriarcale qui pérennise la soumission de la femme ; certains caricaturistes y voient même un missile pointé en direction de l’Occident.

    Le Conseiller fédéral Christoph Blocher a jugé opportun d’intervenir dans le débat sur les minarets en les qualifiant, dans les colonnes du Matin Dimanche (6 mai 2007), de « signes de domination » et en s’interrogeant sur « leur place dans un pays chrétien comme la Suisse », en précisant toutefois que « la Confédération ne reconnaît aucune religion comme religion d'Etat. »

    M. Blocher a raison de penser que le gigantisme et la surélévation excessive d’un ouvrage peut porter le message de puissance écrasante et de domination. Les historiens de l’architecture expliquent comment la taille imposante des édifices officiels dans les différentes civilisations, de l’Antiquité à l’ère moderne, a pour but d’impressionner l’individu et lui inculquer la soumission à l’ordre politique ou religieux. Cependant, M. Blocher se trompe manifestement en faisant une inférence concernant le minaret sans prendre la peine de s’informer sur son histoire et ses fonctions dans la cité.

    Il convient de remarquer que le minaret n’existait pas dans les mosquées durant presque tout le premier siècle de l’Islam. Lorsque la construction de la première mosquée de l’histoire musulmane fut achevée à Médine, une discussion eut lieu entre le Prophète et ses compagnons sur le moyen de faire l’appel à la prière (adhaan). Plusieurs solutions furent suggérées, dont la cloche des chrétiens et la corne des juifs. C’est finalement la voix humaine qui fut adoptée. Bilal l’abyssin, fraichement affranchi de sa condition d’esclave, fut honoré en étant désigné par le Prophète pour prononcer le premier adhaan du toit de la mosquée. Ce fut le premier muezzin de l’Islam.

    Les historiens datent l’apparition des premiers minarets à environ 80 ans après le décès du Prophète, notamment à Damas où régnait la dynastie omeyade. Les spécialistes de l’architecture islamique évoquent l’influence des églises byzantines de Syrie sur la conception des mosquées, le minaret étant le pendant du clocher. C’est peut-être pour cette raison que dans certaines régions du Monde arabe, notamment au Maghreb, le minaret est appelé saoumaa, un terme désignant aussi un ermitage ou couvent.

    A l’origine, munis de torches, les premiers minarets servaient à l’éclairage des alentours des mosquées. Le terme Minaret vient en fait du mot arabe manaara, dérivé de nour (lumière), le minaret signifie donc littéralement phare. En outre, tel une tour de guet ou de crieur, le minaret offrait au muezzin une position avantageuse pour porter sa voix le plus loin possible dans des agglomérations urbaines de plus en plus étendues. Ainsi le minaret est aussi appelé en arabe mi’dhana : lieu de l’appel à la prière.

    Il est évident qu’à l’apparition des hauts parleurs, le muezzin n’avait plus besoin de monter en haut du minaret. Ce dernier a perdu davantage de son utilité fonctionnelle avec le développement des réseaux d’éclairage urbain et les moyens techniques permettant au croyant d’être avisé du temps de la prière de manière très personnalisée (ordinateur, téléphone cellulaire, montre à quartz, etc.).

    Cependant, le minaret garde toute sa dimension esthétique. Mince et élégant, intégré de façon harmonieuse dans les traditions architecturales locales du monde entier, loin d’inspirer un sentiment de domination, il est perçu comme une source de lumière à la fois physique et spirituelle. Il est associé à la prière ou salaat (de Sila) signifiant le lien permanent entre l’être humain et la Source de Lumière (an-Nour) qui est l’un des attributs du Créateur. C’est ce lien qui permet le ressourcement spirituel.

    Les conflits générés par les projets de construction de mosquées en Suisse devraient être traités au niveau local dans un climat de confiance et de bon voisinage, loin de toute passion. La religion musulmane n’impose pas la présence d’un minaret dans une mosquée, ni encore moins sa taille ou sa forme. Ceux qui souhaitent édifier une mosquée avec minaret pourront concevoir l’architecture la plus appropriée et tenant bien entendu compte des impératifs urbanistiques et des souhaits de leurs voisins et concitoyens.

    Si la laïcité ne permet pas, à juste titre, l’ingérence du culte dans les affaires de l’Etat, elle n’autorise pas davantage l’Etat de s’immiscer dans la gestion du culte dans ses moindres détails. Quant à ceux qui s’interrogent sur la place du minaret « dans un pays chrétien comme la Suisse », que dirons-nous alors si, par réciprocité, des pays musulmans en venaient à interdire les églises sur leurs sols, certaines d’entre elles étant par ailleurs des chefs d’œuvre architecturaux ?

    Certains veulent hélas transformer un sujet banal en question de « sécurité nationale », à des fins souvent politiciennes. Par leurs attitudes et comportements irresponsables, ils excitent chez les non-musulmans l’instinct de peur et de rejet, et renforcent chez les musulmans le sentiment de déni et de frustration. Mesurent-ils seulement le risque qu’ils font encourir à l’harmonie sociale dans ce pays ? Quand prendront-ils conscience que ni la peur, ni la frustration n’est souhaitable si l’on a le souci de préserver un modèle de société fondé sur le respect, la cohésion, et la solidarité entre les citoyens ?

    Abbas Aroua
     
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    Das Minarett in der Schweiz: Konflikterzeuger oder Lichtquelle? 
     
    Das Minarett ruft in der Schweiz eine immer leidenschaftlicher werdende Debatte hervor. Seit Monaten halte ich mich zurück über dieses Architekturobjekt, welches die Moschee schmückt, zu schreiben, da ich dachte, dass die Polemik, die es verursacht hat, sich nach einiger Zeit dämpfen würde. Leider ist dies nicht der Fall. Letzte Woche haben Rechtsaussen-Politiker eine eidgenössische Volksinitiative « Gegen den Bau von Minaretten » lanciert. Ich halte es also für nötig an der Debatte teilzunehmen und Einiges bezüglich der Minarette zu erläutern.

    Welche Interpretationen doch über die Symbolik des Minaretts vorgebracht worden sind!

    Seine Verteidiger behaupten, es würde die Ziffer 1 symbolisieren, das göttliche Einssein oder dass es auf die Form des Buchstaben alif verweist, der Erste im arabischen Alphabet, der den Platz des Wissens in der Moschee unterstreicht. Andere sehen darin einen Indikator, der stetig die Richtung des Himmels anzeigt und an die Anwesenheit des Einzigen erinnert.

    Seine Gegner sehen in ihm ein Machtsymbol, welches den aggressiven Charakter des Islams darstellt oder ein Phallus-Symbol, welches eine patriarchalische Kultur widerspiegelt, die die Unterwerfung der Frau verewigt und einige Karikaturisten sehen im Minarett sogar eine Richtung Westen ragende Rakete.

    Bundesrat Christoph Blocher hat es für nötig gehalten, in die Debatte über die Minarette einzugreifen, indem er die Minarette in der Westschweizer Sonntagszeitung Matin Dimanche (vom 6. Mai 2007) als ein “Zeichen von Beherrschung“ bewertete und er sich Gedanken mache “ob sie in einem christlichen Land wie der Schweiz einen Platz haben?” Allerdings erklärte er, dass ”der Bund keine Religion als Staatsreligion anerkennt.“

    Herr Blocher denkt zu Recht, dass gigantische Ausmasse und extreme Erhöhung eines Bauwerkes die Botschaft von erdrückender Macht und Beherrschung überbringen kann. Die Architekturhistoriker erklären, dass die eindrucksvolle Höhe der offiziellen Gebäude in den verschiedenen Zivilisationen, vom Altertum bis zur modernen Ära, das Ziel hat, den Menschen zu beeindrucken und ihm die Unterwerfung zur politischen oder religiösen Macht einzuschärfen. Herr Blocher täuscht sich jedoch ganz offensichtlich, wenn er diese Folgerung im Bezug auf das Minarett zieht, ohne dass er sich bemüht, sich über seine Geschichte und seine Aufgabe in der Stadt zu informieren.

    Es empfiehlt sich auch darauf hinzuweisen dass es während des 1. Jahrhundert des Islams in den Moscheen fast keine Minarette gab. Als der Bau der ersten Moschee der islamischen Geschichte in Medina vollendet war, fand zwischen dem Prophet Muhammad und seinen Gefährten eine Diskussion statt, wie man den Gebetsruf [adhan] machen könnte. Mehrere Lösungen wurden vorgeschlagen, darunter die Glocke der Christen und das Horn der Juden. Schliesslich wurde für die menschliche Stimme entschieden. Bilal der Abbessinier, der gerade aus seiner Versklavung befreit worden war, wurde von Prophet ernannt den ersten Gebetsruf des Islams vom Dach der Moschee auszurufen. Er war der 1.Gebetsrufer [muadhin] des Islams (auch Muezzin genannt).

    Die Historiker geben den Bau der ersten Minarette ungefähr 80 Jahre nach dem Tod des Propheten an, besonders in Damaskus, wo die Umayyaden-Dynastie herrschte. Spezialisten der islamischen Architektur erwähnen den Einfluss auf die Konzeption der Moscheen von den byzantinischen Kirchen von Syrien, das Minarett ist das Pendant des Kirchturms. Vielleicht wird aus diesem Grund in einigen Regionen der Arabischen Welt, besonders im Maghreb, das Minarett auch suumah genannt, ein Wort das auch eine Einsiedlung oder ein Kloster bezeichnet.

    Ursprünglich dienten die ersten Minarette, die mit Fackeln versehen waren, dazu die Umgebung der Moscheen zu beleuchten. Der Begriff Minarett stammt in der Tat vom arabischen Wort manaara, ein abgeleitetes Wort von nur (Licht) ab. Minarett bedeutet also wortwörtlich Leuchtturm. Ausserdem boten diese Wach- oder Ausrufertürme dem Muezzin eine vorteilhafte Position, seine Stimme konnte somit, in den immer zunehmenden städtischen Ballungsräumen, so weit wie möglich gehört werden. Folglich wird das Minarett auch im Arabischen mi' dhana genannt: Der Ort, von dem aus der Ruf zum Gebet erfolgt.

    Es ist offensichtlich, dass seit der Existenz der Lautsprecher der Muezzin nicht mehr nach oben ins Minarett muss. Es verlor noch mehr von seiner funktionellen Nützlichkeit durch den Fortschritt in der Stadtbeleuchtung und durch die technischen Mittel, die dem Gläubigen erlauben persönlich über die Gebetszeit informiert zu werden, (über Rechner, Handy, Quarzuhr usw.).

    Das Minarett bewahrt jedoch seine ästhetische Dimension. Schlank und elegant passt es sich harmonisch den örtlichen architektonischen Traditionen in der ganzen Welt an. Es ist weit davon entfernt einen Machtanspruch zu erheben, sondern wird als physische, wie auch geistige, Lichtquelle angesehen. Das Minarett ist mit dem Ritualgebet oder salah (von silah) verbunden, welches die ständige Beziehung zwischen dem menschlichen Wesen und der Lichtquelle (an-Nuur), ein Attribut des Schöpfers, symbolisiert. Diese Bindung erlaubt die innere Läuterung.

    Die Konflikte, die durch die Bauprojekte von Moscheen in der Schweiz entstanden sind, müssten auf örtlichen Ebenen in einem Vertrauensklima und unter Rücksichtnahme der Umgebung angegangen werden, ohne jede Leidenschaft. Die islamische Religion verlangt nicht die Präsenz eines Minaretts in einer Moschee und noch weniger die Höhe, noch die Form. Jene, die wünschen eine Moschee mit Minarett zu bauen, können die passende Architektur planen, die selbstverständlich die urbanistischen Forderungen und die Wünsche der jeweiligen Umgebung und der Mitbürger berücksichtigt.

    Wenn Laizismus, zu Recht, die Einmischung von Religion in die Staatsangelegenheiten nicht erlaubt, erlaubt sie aber auch nicht dem Staat sich in Religionsführung weitgehend einzumischen. Was jene betrifft, die sich über den Platz des Minaretts ”in einem christlichen Land wie die Schweiz” Gedanken machen, was würden wir denn sagen, wenn aus Gegenseitigkeit, in den islamischen Ländern, die Kirchen, wovon einige ausserdem architektonische Meisterwerke sind, verboten werden.

    Manche wollen leider, oft zu politischen Zwecken, ein banales Thema in “nationale Sicherheit” verwandeln. Durch ihre unverantwortlichen Einstellungen und Reaktionen fördern sie bei den Nichtmuslimen den Angst- und Ablehnungstrieb und verstärken bei den Muslimen das Gefühl der Verweigerung und der Frustration. Ermessen sie aber das Risiko, welches sie der gesellschaftlichen Harmonie in diesem Land aussetzen? Wann werden sie sich dessen bewusst werden, dass weder Angst noch Frustration wünschenswert sind, wenn man danach strebt, ein Gesellschaftsmodell zu bewahren, das auf Respekt, dem Zusammenschluss und der Solidarität zwischen den Bürgern basiert?

    Abbas Aroua

    Übersetzung aus dem Französischen : Monica Hostettler

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