Vu de Cordoue - Page 4

  • Un ancien ministre algérien, présumé tortionnaire, échappe à la justice suisse

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    bouguerra.jpgLes journaux algériens ont révélé ce matin la tentative d’arrestation par la police suisse d’un ancien ministre de la « coalition gouvernementale », Bouguerra Soltani (photo ci-contre), accusé d’avoir torturé un citoyen algérien, mis en cause par le fils du ministre arrêté en possession de stupéfiants.

    Voici ce que rapporte le quotidien algérien El Khabar :

    « El Khabar a appris hier soir, de sources informées, que le leader du mouvement Hams, a échappé à une tentative d’arrestation sur le sol helvétique,  sur la base d’une plainte déposée par l’officier algérien résidant en France, Anwar Malik, qui prétend avoir été torturé dans l’un des centres de la police algérienne en présence de Bouguerra Soltani qui occupait alors le poste de ministre au gouvernement algérien. Selon nos sources, le ministère algérien des Affaires étrangères a réagit promptement dès qu’il fut informé de l’intention de la police suisse de procéder à l’arrestation de Bouguerra ; l’ambassade algérienne a réussi à l’exfiltrer de Suisse. »

    Dans les forums des journaux et des sites algériens un grand débat est lancé autour de cette information, entre défenseurs et détracteurs de Soltani. Par ailleurs, une polémique commence à enfler, autour de la question : Qui a informé le ministère algérien des Affaires étrangères d’une procédure suisse censée rester confidentielle ? Un intervenant sur l’un des forums est allé jusqu’à se féliciter de la capacité du gouvernement algérien à infiltrer les autorités suisses.

    On ne peut que féliciter toutes celles et tous ceux qui œuvrent  en Suisse à  lutter contre l’impunité dans le monde, à l’instar de l’ONG Trial, et leur rappeler que quelle que soit l’issue de leur démarche, leur action est utile, voire indispensable, si l’on veut donner du crédit au droit international des droits de l’homme.

    Abbas Aroua
    19 octobre 2009


    Pour en savoir plus :

    Un présumé tortionnaire algérien échappe de peu à la justice suisse
    Trial – Track Impunity Always

    Bouguerra échappe à une tentative d’arrestation en Suisse
    Quotidien El Khabar du 19 octobre 2009

    Bouguerra échappe à une arrestation, et fuit Genève par voie terrestre vers la France
    Quotidien Echourouk du 19 octobre 2009

  • L’Irak, an VII de l’occupation

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    A l’heure où l’Irak vit un regain de violence et une intensification de la vague d’attentats meurtriers qui font des dizaines de victimes civiles, et continue à s’enfoncer dans une impasse politique porteuse de tous les dangers pour la paix dans la région, la Fondation Cordoue pour la promotion de la paix et la Fondation Alkarama pour les droits de l’homme accueillent une délégation de personnalités irakiennes de divers horizons politiques en tournée en Europe comprenant notamment Stockholm, Oslo et Bruxelles. La délégation est à Genève du 29 avril au 2 mai 2009. Le but de la visite est de : 1) Informer sur la situation politique, sécuritaire et des droits de l’homme en Irak ; 2) Présenter une perspective nationale de sortie de crise.

    Composition de la délégation

    Conférence de presse au Club suisse de la Presse le 1er mai à 11h00

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  • L'Union européenne suspend ses relations avec le gouvernement israélien

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    [Bruxelles, 6 avril 2009. Après plusieurs tentatives de Javier Solana, haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune et secrétaire général de l'Union européenne, de convaincre Benyamin Netanyahou, premier ministre israélien fraichement élu, pour revoir sa position et accepter le principe de « deux Etats », l'Union européenne a décidé de suspendre ses relations avec le gouvernement de l’Etat hébreux et de ne plus traiter qu’avec le président Shimon Peres qui a des positions plus modérées à l’égard de la question palestinienne.

    Benyamin Netanyahu est connu pour ses positions extrémistes ne reconnaissant pas les accords conclus par ses prédécesseurs, préférant le concept de « paix économique » avec les Palestiniens au lieu de « paix politique ». Dans le gouvernement qu’il vient de former, il s’est entouré de faucons, le plus emblématique d’entre eux étant son ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman,  connu pour ses déclarations tonitruantes comme celle de « bombarder Gaza avec l’arme atomique » ou « jeter les prisonniers palestiniens dans la mer morte ».

    Cette décision rappelle une autre décision similaire prise par l’Union européenne concernant la suspension de ses relations avec le gouvernement Hamas élu le 26 janvier 2006 avec une majorité de voix par le peuple palestinien, à cause de ses positions « radicales » vis-à-vis d’Israël, et de ne traiter qu’avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.]

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  • Siné, victime de l’incohérence médiatique française

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    Le dessinateur et caricaturiste politique parisien Maurice Sinet, connu sous son nom de plume Siné, a travaillé dans divers média français, notamment Charlie Hebdo qu’il a rejoint en 1981, puis en 1992 dans la nouvelle version du journal satirique.

    Siné, qui aura 80 ans le 31 décembre prochain, aura eu un parcours engagé. Déjà dans les années 50, en pleine guerre d’Algérie, il ne cachait pas ses positions anticolonialistes. Il y a trois ans, il soutenait la liste Euro-Palestine aux élections européennes de juin 2004.

    Bien qu’il soit impliqué dans la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence, Siné peut être d’une violence verbale inouïe, lorsqu’il s’agit du fait religieux. Dans un billet du blogueur politique Luc Mandret, repris sur le site de  Marianne (16 juillet 2008), Siné est présenté comme « un provocateur […], un extrémiste laïc, un allergique épidermique aux religions et aux religieux, un bouffeur de curés, de rabbins, d'imams. » Wikipédia décrit le dessinateur français comme étant un « athéiste militant » et cite l'une de ses déclarations à ce sujet :

    « La religion m'énerve. C'est de l'obscurantisme, ça rend les gens idiots. La soumission enlève le libre arbitre et impose des tabous. Je n'ai jamais cru en Dieu. Ça m'a toujours paru infantile. Mais ce n'est pas le fait que les gens croient qui m'énerve, c'est le prosélytisme, cette façon de nous faire partager des trucs saugrenus. Les curés, les rabbins, les ayatollahs inculquent des choses fausses aux enfants. La religion devrait être quelque chose de personnel. »

    Mais récemment, en moins d’un mois, deux textes seulement auront suffi pour ouvrir les yeux de Siné sur les contradictions du système médiatique français.

    Dans le premier texte publié dans Charlie Hebdo du 11 juin 2008, il écrit :

    « Je n’ai jamais brillé par ma tolérance mais ça ne s’arrange pas et, au risque de passer pour politiquement incorrect, j’avoue que, de plus en plus, les musulmans m’insupportent et que, plus je croise les femmes voilées qui prolifèrent dans mon quartier, plus j’ai envie de leur botter violemment le cul ! J’ai toujours détesté les grenouilles de bénitier catholiques vêtues de noir, je ne vois donc pas pourquoi je supporterai mieux ces patates à la silhouette affligeante et véritables épouvantails contre la séduction ! Leurs maris barbus embabouchés et en sarouel coranique sous leur tunique n’ont rien à leur envier au point de vue disgracieux. Ils rivalisent de ridicule avec les juifs loubavitchs ! Je renverserais aussi de bon cœur, le plat de lentilles à la saucisse sur la tronche des mômes qui refusent de manger du cochon à la cantoche. Quand on a des parents aussi bornés que les leurs, le seul remède est de leur désobéir et de les envoyer se prosterner […] La bêtise n’a pas de limites, c’est connu, mais arrêtons de la respecter et, qui plus est, de l’entretenir au nom d’une indulgence dont ils ne font, eux, aucune preuve ! »

    Il n'y va pas avec le dos de la cuiller. Mais en dépit de cette violence, pas de réaction.

    Cependant, lorsque dans l’édition du 2 juillet 2008 du même journal, il s’aventure sur un autre terrain plus difficile, en affirmant que :

    « Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l'UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n'est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »

    Alors là, c’en est trop ! Le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo Philippe Val réagit. Il vire Siné. Raison vraisemblable : conflit interne entre les deux hommes. Motif invoqué : Antisémitisme.

    En effet, Philippe Val explique le départ de Siné comme suit : « Je suis rarement d'accord avec ce que Siné raconte mais il y a une latitude à Charlie pour exprimer des opinions différentes des miennes […] Cette latitude est bordée par une charte qui proscrit notamment tout propos raciste et antisémite dans le journal ».

    Luc Mandret, dans l'article susmentionné, ne manque pas de relever la contradiction : « Si le premier extrait de Siné est antisémite, le second n'est-il pas clairement islamophobe ? Pourquoi Claude Askolovitch, journaliste au Nouvel Observateur, lorsqu'il dénonce sur RTL ‘un article antisémite dans un journal qui ne l'est pas’ ne dénonce-t-il pas également les autres propos de Siné ? » Et d’ajouter : « De fait, la position de Philippe Val est totalement illogique. Lui qui défendait la liberté d'expression lors de la polémique sur la publication dans Charlie Hebdo de caricatures de Mahomet, ne défend-il donc plus la liberté d'expression de la plume de Siné ? »

    Abbas Aroua
    18 juillet 2008


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  • L’UPM : espace de coopération ou instrument de domination ?

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    Demain, le 13 juillet, se réuniront au Grand Palais parisien les 27 chefs d’Etats de l’Union européenne (UE) et ceux des autres 16 pays qui formeront ensemble la future Union pour la Méditerranée (UPM), dont le lieu et la date de naissance sont très symboliques. L’anniversaire de cette nouvelle organisation régionale se fêtera simultanément avec la commémoration de la prise de la Bastille. C’est un signe fort sur le rôle central de la France au sein de l’UPM qu’a voulu donner Nicolas Sarkozy, géniteur de ce projet qui a été depuis sa conception quelque peu altéré afin de répondre aux exigences des partenaires européens de la France.

    Le projet initial « Union méditerranéenne » visait la création d’un espace comprenant les 22 pays riverains de la Mare nostrum : au nord, l’Espagne, la France, Monaco, l’Italie, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, l’Albanie, la Grèce, la Turquie, Malte et Chypre, et au sud le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Égypte, Israël, la Palestine, le Liban, et la Syrie, plus 3 pays ayant des liens privilégiés avec la Méditerranée : le Portugal, la Jordanie et Mauritanie. La Suisse, que certains géographes considèrent comme un pays méditerranéen, car source de l’un des affluents de cette mer, le Rhône, n’a pas été associée au projet UPM.

    Plusieurs pays de l’UE, notamment l’Allemagne, se sont opposés au projet dans sa forme initiale de peur qu’il n’affecte la construction de l’UE. Après de longs échanges, une nouvelle formulation du projet a vu le jour. L’UE sera fortement impliquée dans le processus décisionnel de ce qui ne sera plus une « Union méditerranéenne » mais une « Union pour la Méditerranée ». La nuance est de taille ; elle résume en quelques lettres la force des liens qui unissent les membres de l’UE et leur souci de préserver leurs intérêts stratégiques.

    En face de cette unité robuste, les pays du Sud offrent un spectacle désolant et pathétique de dislocation, de divergences, de querelles, comme l’ont montré les quelques rencontres tenues au sud pour discuter du projet UPM. A défaut d’une réflexion et de discussions de fond sur les aspects stratégiques de la question, certains dirigeants se sont livrés à des luttes de positionnement pour une nomination comme premier « co-président du sud » de l’UPM, titre accordé vraisemblablement à Housni Moubarak à cause, a-t-on dit, de la forte démographie de son pays et de ses relations de « bon voisinage » avec Israël, qui aura le privilège de siéger avec le premier « co-président du nord » : Nicolas Sarkozy.

    Les promoteurs de l’UPM affirment qu’il s’agit d’un espace d’échange et de coopération pour renforcer les relations nord-sud et aider au développement de la rive sud de la Méditerranée, au moyen de projets concrets, à l’impact réel sur les populations.

    Mais les détracteurs de cette nouvelle entité argumentent qu’elle ne serait en fait que :

    1) Une supercherie politique, car elle n’a d’union que le nom ; une véritable union impliquerait les quatre libertés de circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux.

    2) Un moyen subtil de donner à la Turquie l’impression d’être associée à l’Europe sans faire partie de l’UE.

    3) Un acte visant à « enterrer » définitivement le projet d’Union du Maghreb Arabe (UMA), processus moribond, ayant souffert de contradictions internes, entre les régimes des pays concernés, qui seraient alimentées en continu par certaines politiques européennes, notamment française.

    4) Une opportunité pour atteindre la normalisation arabo-israélienne à moindres frais, c’est-à-dire sans résoudre le conflit israélo-palestinien.

    5) Un instrument pour imposer encore plus d’hégémonie politique, culturelle et symbolique, sur la rive sud de la Méditerranée.

    6) Un espace d’échange commercial déséquilibré entre une UE à l’économie forte et des pays aux économies désintégrées (différence d'un facteur 5 en moyenne en termes de PIB par habitant), entre un groupement d'Etats de droit et des pays ruinés par le despotisme et la corruption offrant un marché pour l’excédent de produits que l’UE n’arrive pas à écouler en Amérique et en Asie : quincaillerie militaire et industrielle, produits alimentaires et pharmaceutiques souvent périmés ou presque.

    7) Un réservoir de main d’œuvre bon marché et le lieu de relocalisation des industries européennes polluantes.

    8) Une structure souple pour assurer l’approvisionnement de l’Europe en énergies (hydrocarbures et solaire) et pour contrôler les flux migratoires.

    9) Une alliance offrant un avantage stratégique dans la lutte d’influence menée par l’UE, les Etats-Unis et la Chine en Afrique du Nord.

    10) Un facteur de consolidation des dictatures des pays arabes, partenaires dans ladite « guerre contre le terrorisme », et de prévention de toute velléité de changement chez les sociétés du Sud.

    Entre les prévisions des uns et des autres, quel rôle jouera l’UPM dans la région ? Seul l’avenir nous le dira.

    Abbas Aroua
    12 juillet 2008

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  • Journalisme de guerre et guerre contre le journalisme

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    Aujourd’hui, alors que notre planète est « minée » par d’innombrables conflits entre groupes, entre Etats, et même entre sphères culturelles, nous avons un énorme besoin d’un « journalisme de la paix » qui nous offre des clés pour comprendre ces conflits, qui nous donne des éléments pour saisir les contradictions qu’ils reflètent, et qui nous propose des pistes de réflexion sur la manière de les transformer et transcender. Car, il faut l’admettre, lorsqu’il s’agit de couvrir un conflit, ce que nous avons actuellement, surtout dans les médias lourds, c’est un « journalisme de la guerre » qui confond « conflit » et « violence » et qui ne rapporte, hélas, que les symptômes, c’est-à-dire la mort la destruction, ne s’intéressant ni aux causes ni aux moyens de guérison.

    Au début de la dernière décennie du siècle passé, la guerre contre l’Irak (1991) a révélé le rôle des médias comme une redoutable « arme de guerre ». La couverture de la « Tempête du désert » par la CNN donnait l’exemple type d’une information orientée, au service du Pentagone, chargée de propager le concept d’une « guerre chirurgicale ». Au début de ce siècle, les guerres contre l’Afghanistan (2001) et l’Irak (2003) ont confirmé ce rôle, et l’ont renforcé avec l’apparition du journaliste « embedded », c’est-à-dire soumis, agréé et intégré dans le dispositif militaire.

    Mais ces premières guerres du XXIème siècle, menées par les Etats-Unis et leurs alliés, ont aussi révélé que la CNN et Fox News n’avaient plus le monopole de l’information sur les conflits armés. De nouveaux médias ont démontré leur capacité à présenter un « autre » point de vue. C’est le cas notamment de la chaîne qatarie Aljazeera qui, pour paraphraser Johan Galtung (Reporting Conflict), au moment où la CNN rapportait sur l’expédition des missiles et des bombes, elle rapportait sur leur réception sur le terrain et les souffrances massives causées par des attaques pas aussi chirurgicales que l’on laissait entendre.

    Evidemment, l’administration américaine n’a pas apprécié cette concurrence médiatique inattendue ; elle a été dérangée par des images qui donnaient une autre description de la réalité des guerres menées au nom de la lutte antiterroriste, et qui portaient atteinte à l’image d’une armée américaine libératrice des peuples afghan et irakien. Ainsi, en 2001, en pleine invasion de l’Afghanistan, Aljazeera a attiré les foudres de Washington et son bureau à Kabul fut bombardé par les Américains. En 2003, durant l’invasion de l’Irak, c’est le bureau de Bagdad qui a essuyé une attaque similaire tuant un correspondant de la chaîne. Furieux de constater qu’il ne pouvait pas contrôler le flux des images en provenance de l’Irak, le sous secrétaire des Etats-Unis à la défense de l’époque, l’influent Paul Wolfowitz, déclarait fin juillet 2003 à Fox News qu’Aljazeera « mettait en danger la vie des troupes américaines ». Selon le journal britannique Daily Mirror du 22 novembre 2005, Georges W. Bush aurait même envisagé le bombardement du siège d’Aljazeera à Doha lors d’une rencontre à la Maison blanche avec Tony Blair tenue en avril 2004.

    Dans ce contexte de guerre contre le journalisme insoumis à la volonté de l’administration US s’inscrit l’arrestation en 2001 à Peshawar du journaliste Sami El Haj, qui accomplissait son travail reporter pour Aljazeera, sa détention à Begram puis son transfert au sinistre camp de Guantanamo Bay. Il passera sept ans dans ce territoire hors droit et lieu de déshumanisation, sept longues années dans l’isolement au sein d’une cellule exiguë, ponctuées par les nombreuses séances de torture, les scènes fréquentes d’humiliation, et les grèves répétées de la faim, avant d’être libéré le 1er mai 2008 dans un état de santé dégradé, sans être inculpé ni même jugé.

    Lors de la cérémonie organisée au siège d’Aljazeera il y a trois semaines pour rendre hommage à Sami El Haj, ce dernier a affirmé qu’il avait quitté Gantanamo Bay, dont les conditions de détention ont poussé certains détenus au suicide et conduit d’autres à la folie, avec la ferme volonté de se battre de toutes ses forces pour la libération non seulement des dizaines de ses codétenus, mais également des 27 000 victimes détenues arbitrairement dans diverses prisons secrètes en Irak, en Afghanistan et ailleurs, et pour la fermeture définitive de ces nouveaux Goulags. C’est dans cet état d’esprit que Sami El Haj séjourne cette semaine à Genève, invité par la Fondation Alkarama for Human Rights pour une tournée de sensibilisation des instances onusiennes et des ONGs des droits de l’homme. Puisse cette visite nous éclairer sur la nature et les opinions de ces individus habillés en orange que l’on a voulu pendant des années nous présenter comme des monstres menaçant le monde libre.

    Abbas Aroua
    27 juin 2008

    Pour en savoir + :

    Alkarama for Human Rights


    Une conférence publique animée par M. Sami El Haj aura lieu ce soir à 19h au Centre International de Conférences de Genève (CICG) de Varembé



    Kriegsjournalismus und Krieg gegen den Journalismus

    Heute haben wir, während unser Planet durch zahllose Konflikte innerhalb von Gruppen, zwischen Staaten und selbst innerhalb von kulturellen Sphären „vermint" ist, einen gewaltigen Bedarf nach « Friedensjournalismus», der uns die Schlüssel bietet, um diese Konflikte zu verstehen, der uns Materien verschafft um die Widersprüche zu erfassen, die diese Konflikte reflektieren und der uns Hinweise zum Nachdenken über die Art und Weise bietet, wie man diese Konflikte verwandeln und transzendieren kann. Wenn es um Konfliktberichterstattung geht, verfügen wir heute- denn man muss es zugeben- vor allem in den «Grossen Medien» über einen «Kriegsjournalismus», der «Konflikt» und «Gewalt» verwechselt und der leider nur über die Symptome berichtet, d.h. über den Tod, die Zerstörung und der sich weder für die Konfliktursachen noch für die Mittel einer Lösung interessiert.

    Am Anfang vom letzten Jahrzehnt des vergangenen Jahrhunderts hat der Krieg gegen den Irak (1991) die Rolle der Medien, als eine äusserst gefährliche «Kriegswaffe» enthüllt. Die CNN-Berichterstattung während der «Operation Wüstensturm» gab uns das Musterbeispiel einer einseitigen Information, die im Dienst des Pentagons steht um das Konzept vom «chirurgischen Krieg» zu propagieren. Am Anfang von diesem Jahrhundert haben uns die Kriege gegen Afghanistan (2001) und gegen den Irak (2003) diese Rolle bestätigt und sie wurde durch das Auftreten vom «embedded» Journalisten, d.h. der der Militäreinheit ergeben, von ihr zugelassen  und dort aufgenommen ist, noch intensiviert.

    Diese ersten Kriege des 21. Jahrhunderts, die von den Vereinigten Staaten und ihren Verbündeten geführt werden haben uns aber auch enthüllt, dass CNN und Fox News nicht mehr das Nachrichtenmonopol über die bewaffneten Konflikte besitzen. Neue Medien haben uns ihre Fähigkeit bewiesen einen «anderen» Standpunkt darzubieten. Es ist besonders der Fall des katarischen Nachrichtensenders Al-Dschasira - um Johan Galtung (Reporting Conflict) zu paraphrasieren - der in dem Moment wo CNN über den Abschuss von Raketen und Bomben berichtete, einen Bericht über deren Aufschlag auf dem Gebiet sendete und über die verursachten, verheerenden Folgen dieser Angriffe, die nicht so chirurgisch sind, wie sie es uns sagen wollen.

    Natürlich hat die US-amerikanische Administration diese unerwartete Medienkonkurrenz nicht geschätzt; denn sie ist von den dort gezeigten Bildern durchkreuzt worden, die eine andere Beschreibung der Realität dieser Kriege, die im Namen des Anti-Terror-Kampfs geführt werden, wiedergaben und die das Bild der US-amerikanischen Armee, als Befreierin der afghanischen und irakischen Völker beeinträchtigten. So hat Al-Dschasira, im Jahre 2001, während der Invasion von Afghanistan, den Zorn Washington verursacht, worauf sein Büro in Kabul von den US- Amerikanern bombardiert wurde. Während der Invasion vom Irak, im Jahre 2003, war es das Büro in Bagdad, das einen gleichartigen Angriff hinnehmen musste und wobei ein Korrespondent des Senders getötet wurde. Ende Juli 2003 erklärte bei Fox News der einflussreiche Paul Wolfowitz, damals stellvertretender Verteidigungsminister,  der verärgert durch die Flut der Bildern aus dem Irak war, die er nicht kontrollieren konnte, dass Al-Dschasira «das Leben der US-amerikanischen Truppen in Gefahr setzen würde». Georges W. Bush hätte sogar, laut der britischen Tageszeitung Daily Mirror vom 22. November 2005, bei seinem Treffen im Weissen Haus mit Tony Blair, im April 2004, die Bombardierung des Hauptsitzes von Al-Dschasira in Doha in Betracht gezogen.
     
    Im Rahmen von diesem Kontext des Kriegs gegen den Journalismus, der nicht dem Willen der US-amerikanischen Administration unterliegt, geschah in Peshawar, im Jahre 2001, die Verhaftung des Journalisten Sami Al- Haj, der dort für Al-Dschasira Bericht erstattete, seine Inhaftierung in Bagram und dann seine Überführung in das grauenhafte Lager von Guantanamo Bay. Er verbrachte sieben Jahre auf diesem aussergerichtlichen Gebiet, ein Ort der Entmenschlichung, sieben lange Jahre in Isolation, in einer winzigen Zelle, akzentuiert durch zahlreiche Folterungen, durch häufige Szenen der Demütigung und durch wiederholte Hungerstreiks, bevor er am 1. Mai 2008, in einem dramatischen Gesundheitszustand befreit wurde, ohne dass jemals eine Anklage gegen ihn erhoben, noch ein Urteil ausgesprochen worden ist.

    Bei der Ehrenzeremonie, die vor drei Wochen im Hauptsitz von Al-Dschasira für Sami Al-  Haj organisiert worden war, hat er bestätigt, dass er Guantanamo Bay mit dem festen Willen verlassen hat, sich nicht nur mit all seinen Kräften für die Befreiung seiner Duzenden von Mitgefangenen einzusetzen, von denen einige, durch die Haftbedingungen, zum Selbstmord getrieben wurden oder in den Wahnsinn verfallen sind, sondern dass er sich auch für die 27 000 inhaftierten Opfer einsetzen wird, die willkürlich in Geheimgefängnissen im Irak, in Afghanistan und anderswo inhaftiert sind, sowie für die definitive Schliessung dieser neuen Zwangslager. Sami Al-Haj, den die Fondation Alkarama for Human Rights für eine „Sensibilisierungstour" innerhalb der UNO-Instanzen und der NGOs der Menschenrechte eingeladen hat, hält sich in dieser geistigen Verfassung in Genf auf. Möge dieser Besuch uns über die wahre Natur und über die Ansichten dieser orangegekleideten menschlichen Wesen aufklären, die man uns Jahre lang als Monster beschrieben hat, die die freie Welt bedrohen.

    Abbas Aroua
    27. Juni 2008

    Siehe: Alkarama for Human Rights


    Heute Abend, um 19 Uhr, wird im Centre International de Conferences de Genève (CICG) eine öffentliche Konferenz stattfinden, die von Herr Sami Al-Haj geleitet wird.

    Übersetzung aus dem Französischen: Monica Hostettler

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  • Si vous ne vous mettez pas d'accord, ne revenez pas !

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    « Si vous ne vous mettez pas d'accord, ne revenez pas ! » C'est ainsi que de nombreux Libanais, dont des victimes de la guerre civile, regroupés sur la route de l'aéroport de Beyrouth, ont salué hier les délégations libanaises, progouvernementales et de l'opposition, en partance pour la conférence du « dialogue national libanais » de Doha.

    C'est dire à quel point les Libanais s'opposent à une guerre fratricide et aspirent à un règlement pacifique de la crise qui secoue le pays depuis plusieurs mois. Une crise bel et bien politique, même si certaines puissances régionales et mondiales, et leurs alliés au Liban, tentent de transformer en conflit interconfessionnel qui embraserait le Liban et ferait de ce pays un deuxième Irak. En effet, aussi bien l'opposition que le gouvernement, ont des alliés et des sympathisants appartenant à l'ensemble du spectre confessionnel libanais : sunnites, chiites, diverses Eglises chrétiennes, druzes, etc. Le conflit libanais n'est rien d'autre qu'une opposition d'objectifs sur le partage du pouvoir et surtout sur la place de la résistance au Liban.

    Lors de la récente réunion ministérielle de la Ligue des Etats arabes consacrée au Liban, tenue au lendemain des affrontements qu'avait connu Beyrouth et à un moindre degré d'autres régions du Liban, il a été décidé la constitution d'un comité ministériel coprésidé par le chef du gouvernement du Qatar et le secrétaire général de la Ligue, et comprenant les ministres des Affaires étrangères de huit pays : Algérie, Bahreïn, Djibouti, Emirats arabes unis, Jordanie, Maroc, Oman et Yémen. Ce Decet arabe qui s'est rendu à Beyrouth a réussi en un temps record à convaincre les diverses parties en conflit à ce mettre autour de la table du dialogue. Il a même pu les faire prendre le même avion pour se rendre à Doha. Comment cet exploit a pu se produire ? Peut-être à cause de l'absence remarquée dans ce comité des représentants d'Arabie saoudite, de Syrie et d'Egypte, qui ont perdu depuis longtemps toute crédibilité pour jouer un quelconque rôle dans le dénouement de la crise libanaise.

    La conférence du « dialogue national libanais » a été inaugurée hier soir par une brève allocution de l'émir du Qatar qui a souhaité la bienvenue et le succès aux participants ; les travaux commencent effectivement ce matin. Nous prions pour qu'ils aboutissent à un accord qui protègerait les Libanais de l'enfer d’un conflit violent qui ruinerait le pays et au terme duquel aucune partie ne sortira gagnante, un accord qui empêcherait à ce que le Liban ne se transforme en scène où se déroulerait une guerre par procuration entre des puissances étrangères. Ceci n'est possible que si tous les participants à la conférence de Doha prennent conscience de la lourde responsabilité nationale qu'ils portent sur leurs épaules, et des attentes et espoirs immenses de leurs concitoyens. A défaut de cette conscience, et si par malheur ils persisteraient à servir des agendas étrangers au lieu de se préoccuper du sort de leur pays, alors ils feraient mieux de ne pas retourner à Beyrouth, mais d'aller rejoindre leurs parrains respectifs. Le peuple libanais trouverait de bien meilleurs représentants.

    Abbas Aroua
    17 mai 2008

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  • Johan Djourou, exemple type d’une identité complexe

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    Johan Agwawandre Djourou est né à Abidjan en Côte d'Ivoire le 18 janvier 1987. Il a ensuite été adopté par la seconde femme, suissesse, de son père. Passionné de foot, il a joué dans des équipes à Payerne et à Genève, avant de rejoindre en 2003 l’équipe d’Arsenal et de s’établir en Angleterre. A vingt et un ans, ce sportif qui a déjà entamé une carrière internationale, dit se sentir chez lui lorsqu’il est en Angleterre, en Suisse ou en Côte d'Ivoire (TJ 19:30 de la TSR du 7 avril 2008, Semaine de l'intégration).

    Johan Djourou n’est pas un cas isolé, ni une exception. A l’ère de la mobilité, on peut être amené en l’espace d’une vie à changer plusieurs fois de pays d’attache pour des raisons estudiantines, professionnelles, politiques, économiques, amoureuses, ou par simple envie d’aller voir ailleurs.

    Il s’agit d’expériences enrichissantes, mais aussi d’épreuves douloureuses, de « déchirures » provoquées par l’oscillation, selon l’humeur, entre le sentiment d’appartenir à plusieurs cultures et celui de n’appartenir à aucune. Je suis bien (dé)placé pour l’affirmer.

    Mais que devrait-on considérer les Djourou de plus en plus nombreux ? Des apatrides ou des personnes à patrie plurielle et à citoyenneté multiple ? Que devrait-ton leur octroyer comme document de voyage ? Plusieurs passeports, un seul marqué de plusieurs drapeaux, ou rien du tout pour les punir de leur infidélité, leur amour partagé et leur « polypatrie » ?

    Il est clair que des notions telles que « étranger », « nationalité », « naturalisation » ne sont plus opératoires dans un monde en mutation rapide ; des concepts plus adaptés doivent être pensés tenant compte de l’ensemble des identifiants nouveaux d’un individu qui vit au XXIème siècle dans un environnement de plus en plus mondialisé.

    C’est le sens de ma dernière note « Passport for Aliens » et des extraits rapportés du Magazine Horizons du Fonds national suisse de la recherche scientifique. Le but des recherches menées était de savoir pourquoi les « étrangers » de Suisse « sont politiquement invisibles ». Il ne s’agissait nullement de vouloir pointer du doigt un pays qui serait particulièrement xénophobe. La xénophobie n’est pas l’exclusivité d’une communauté. Elle se manifeste chez tous les peuples et dans toutes les cultures. C’est une attitude issue du sentiment de peur, lui-même amplifié par la sensation d’obscurité. Et quelle pire obscurité que celle de l’ignorance ?

    Abbas Aroua
    8 avril 2008


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  • Passport for Aliens

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    En parcourant l’avant dernière édition d’Horizons, le Magazine suisse de la recherche scientifique (No 75, décembre 2007), je me suis arrêté sur un article intitulé « Attention, étrangers ! »*, par Urs Hafner. On y apprend qu’« en Suisse, la xénophobie est  une réalité quotidienne. Elle est encouragée par les partis populistes qui ont aujourd’hui le vent en poupe. Mais ces formations politiques n’ont pas le monopole de la méfiance à l’égard des étrangers. Cette dernière est aussi répandue dans de larges couches de la population qui jugent les étrangers menaçants ou leur accordent une moindre valeur. » Et l’auteur d’ajouter : « Aujourd’hui, ce sont les gens venus d’Afrique et des Balkans qui incarnent par excellence cette dimension négative de l’étranger. Ils sont considérés par une large part de l’opinion comme des gens de deuxième rang, criminels, perfides et violents. Pourtant, l’image propagée par les partis populistes de droite n’a rien à voir avec la vie réelle de la plupart des migrants en Suisse. »

    Ce qui m’a paru intéressant c’est que pour Urs Hafner, « le terme même d’étrangers est emblématique de cette xénophobie. Il signale que la place de ces personnes n’est pas vraiment ici, qu’elles viennent d’ailleurs et sont censées y retourner un jour. En France ou en Grande-Bretagne, aucune des dénominations officielles utilisées pour désigner des personnes d’une autre nationalité ou leurs parents n’exprime aussi fortement l’exclusion. De manière bien plus sobre et plus pertinente, on parle en France d’immigrants, en Angleterre et aux Pays-Bas de minorités ethniques, en Amérique du Nord et en Nouvelle-Zélande de migrants. »

    Ceci m’a rappelé cet ami venu il y a quelques années de Grande-Bretagne pour s’installer en Suisse. Quel fût son étonnement d’y découvrir une « Police des étrangers » et des services de « Contrôle des habitants » ou de « Contrôle de la population » ! « Georges Orwell est passé par là pour écrire son « 1984 » ! » s’est-il exclamé une fois.

    L’article m’a rappelé également cet autre ami qui, après vingt années passées en Suisse, n’est pas jugé « bon » pour devenir citoyen. Il est toujours considéré comme « étranger ». Il se demande souvent pour quelle raison ses étudiants de 18-19 ans sont plus citoyens suisses que lui. Un  jour il m’a raconté avec beaucoup d’amertume et d’humour se qui lui était arrivé une fois à l’aéroport de Heathrow à Londres. Il voyageait avec un « Passeport pour étrangers » ; en anglais ce document suisse, de couleur verte fluorescente, ne s’appelle pas « Passport for foreigners », mais « Passport for aliens ». L’hôtesse qui procédait à l’enregistrement, en voyant ce passeport, est tombée par terre – littéralement – de rire. Elle s’est adressée à son collègue : « Alien ! ». Pour détendre l’atmosphère, cet ami a rétorqué : « Désolé d’interrompre votre joie de rencontrer un « ET ». Je suis bel et bien un être humain ; mon passeport était rouge, mais je l’ai mis par inadvertance dans la machine à laver ». Et ce qui est amusant c’est qu’elle a cru à cette histoire.


    * http://www.snf.ch/SiteCollectionDocuments/horizonte/75/75_09_10_11_12_13_f.pdf


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  • Bienvenue à l’an sept* de l’ère de l’abrutissement du citoyen !

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    A un jour du début de l’année 2008 on nous a appris la mort d’un détenu du camp de détention de Guantánamo Bay. Après quatre « suicides » dans ce camp de sinistre réputation (1), trois simultanés (un Yéménite et deux Saoudiens) le 10 juin 2006 et un quatrième le 30 mai 2007 (un Saoudien), nous voilà avec une cinquième victime (un Afghan). Abdul Razzak, âgé de 68 ans, ne s’est pas, lui, suicidé ; il est décédé le 30 décembre d'un cancer colorectal après avoir subi une chimiothérapie depuis le mois d’octobre. Arrêté en janvier 2003, Abdul Razzak est présenté par les autorités américaines comme « ayant eu de nombreux liens avec des forces hostiles à la coalition ».

    À Guantánamo près de 300 détenus croupissent encore dans des conditions inhumaines, certains d’entre eux souffrant de graves pathologies, sans être jugés ni même inculpés. Ils sont pris dans un véritable piège. Ils ne veulent pas être remis aux autorités de leurs pays d’origine où ils risquent de subir un traitement pire qu’à Guantánamo, les autorités américaines qui ne cherchent qu’à s’en débarrasser leur refusent l’accès au sol américain de peur qu’ils n’intentent des procès contre le gouvernement étatsunien, et aucun pays tiers n’est disposé à les accueillir.

    La fin de l’année 2007 a aussi été une période où l’épouvantail « Al-Qaïda » à été agité à outrance.

    Deux explosions endeuillent le 11 décembre deux quartiers d’Alger (Benaknoun et Hydra), et le ministre de l’intérieur algérien, Yazid Zerhouni, livre immédiatement à la presse sa « conviction » que c’est l’œuvre d’« Al-Qaïda », alors que beaucoup d’observateurs y voient l’expression habituelle en Algérie d’une lutte inter clanique au sommet du pouvoir, cette fois-ci vraisemblablement au sujet du troisième mandat présidentiel d’Abdelaziz Bouteflika. Et lorsqu’on lui a reproché de ne pas attendre le déroulement et les résultats d’une enquête, les médias algériens « libres et indépendants » produisent dans les heures qui suivent un communiqué de la « Branche d'Al-Qaïda au Maghreb islamique » revendiquant les attentats.

    Quatre Français sont tués, et un cinquième grièvement blessé par balles, le 24 décembre en Mauritanie, dans une attaque d'hommes armés non identifiés sur une route près d'Aleg, à l'est de Nouakchott. Les médias, notamment français, ont d’abord parlé d’un crime crapuleux et d'une « tentative de vol à main armée par trois hommes circulant à bord d'une berline », mais le ministre de l’intérieur mauritanien, Yall Zakaria Alassane, est venu affirmer deux jours plus tard qu’il s’agit d’un « acte terroriste » commis par des groupes affiliés à Al-Qaïda. Ce sera l’occasion d’opérer des purges dans les rangs de la mouvance islamique en Mauritanie, dont de nombreux membres n’ont été libérés que récemment suite à la pression internationale. Le porte-parole de Yall Alassane expliquera que les actes terroristes, c’est le prix que la Mauritanie doit payer par avoir accédé à l’ère de la mondialisation.

    Un attentat à Rawalpindi près d’Islamabad coûte la vie le 27 décembre à l’ancien Premier ministre Benazir Bhutto. Beaucoup de Pakistanais suspectent les services de renseignement de son adversaire farouche Pervez Musharraf, mais le ministre pakistanais de l’intérieur, Hamid Nawaz, s’empresse de déclarer : « Nous avons la preuve qu’Al-Qaïda et les talibans sont derrière l’attentat-suicide contre Benazir Bhutto ». En quoi consistent ces preuves ? En une communication téléphonique interceptée par ses services dans laquelle le chef présumé d’Al-Qaïda au Pakistan, Baïtullah Mehsud, « félicitait un de ses hommes après l'attentat ». Ce dernier démentira de suite cette version des faits et niera toute implication dans ce meurtre.

    A part leur atrocité, ce que ces événements ont en commun, c’est qu’ils représentent des « opportunités politiciennes » pour des régimes répressifs et corrompus qui, désormais, ne jurent que par Al-Qaïda pour être agréés par leur maître locataire de la Maison blanche. Le régime algérien, au bord de l’écroulement en 2001, a provisoirement retrouvé un second souffle après les événements du 11 Septembre et a même réussi à « se vendre » outre Atlantique comme étant « l’Expert » en matière de lutte antiterroriste, moyennant soutien multiforme.

    Pour faire croire à leurs thèses, les autorités de ces pays nous produisent des « communiqués », des « appels téléphoniques », impossibles à authentifier, et d’autres « indices » impossibles à vérifier. Ceci me rappelle les années 90 lorsque le GIA sévissait en Algérie. Des communiqués se déversaient d’Alger sur les rédactions mondiales, sans que personne ne puisse les authentifier, et des porte-paroles du GIA à l’étranger étaient branchés sur des casernes militaires en Algérie pour prendre leurs instructions (voir Paris-Match du 9 octobre 1997).

    Pour les Algériens qui ont vécu les événements tragiques des années 90, et qui ont découvert par la suite comment certains cercles du régime militaire algérien avaient instrumentalisé la violence, les attentats, les massacres et autres crimes contre l’humanité, à des fins stratégiques et politiques – dans le cadre de la lutte contre insurrectionnelle – Al-Qaïda ne représente que le mutant du GIA à l’échelle mondiale.

    Et si Al-Qaïda n’était qu’un fantôme fabriqué par des experts de la stratégie COIN (COunter INsurgency), outil bien rôdé, et discipline bien établie dans la plupart des académies militaires du monde, notamment occidentales, car plusieurs fois éprouvée dans les continents du Sud durant la seconde moitié du 20ème siècle ? Pourquoi ce fantôme épouvantable ? Afin de faire diversion sur ce qui se passe dans les nombreux Guantánamo érigés dans les quatre coins du monde, afin de faire oublier la guerre menée contre l’Humanité (répression, humiliation, pillage, etc.), dans les Etats de non droit, de plus en plus nombreux.

    Je sais que c’est une question qui dérange. Elle met mal à l’aise parce qu’on refuse d’admettre, en tant que citoyen vivant au 21ème siècle, à l’ère d’Internet et du téléphone portable, que l’on puisse être une victime malheureuse d’une grosse « escroquerie intellectuelle » ? Parce qu’on porte en soi l’assurance, voire l’arrogance, de celui qui a perdu la capacité de questionner les choses et d’interroger les événements. C’est le mal de ce siècle naissant, l’absence de sens critique, non pas chez le commun des mortels, mais chez les « élites », formées pourtant pour chercher à démêler le vrai du faux.

    Autrement, comment peut-on expliquer que les citoyens fassent une confiance aveugle aux discours officiels dominants ?

    En réalité, si on « avale » si facilement ces discours, sans avoir le temps de les « mâcher » convenablement, c’est parce qu’on est soumis à une machine médiatique redoutable qui les propage en continu, une machine directement ou indirectement aux ordres, qui fait appel pour les « valider », à des « experts », autoproclamés, es terrorisme, es monde arabe, es Maghreb, es islam, etc. qui viennent nous livrer leurs exégèses fumeuses des thèses décrétées par des régimes criminels à l’échelle nationale ou mondiale. Le dernier scoop émis récemment par un prétendu « expert es Al-Qaïda » invité sur le plateau de la chaîne France 24, est que la « Branche d'Al-Qaïda au Maghreb islamique » vient d’instituer un diplôme en « sciences du jihad » pour concurrencer les branches traditionnelles ! Cette nouvelle lui a permis évidemment d’expliquer pourquoi un bus d’étudiants était près du site de l’une des explosions d’Alger.

    Si on « avale » si facilement ces discours, à en subir une « indigestion intellectuelle », c’est parce qu’ils sont accrédités par le silence compréhensible des services de renseignement, au fait de ce qui se trame derrière la scène, et surtout le silence complice des chancelleries qui taisent ce qu’elles savent pour préserver des intérêts politiques et/ou économiques. A ce sujet, je me rappelle les propos de cet officier de la DST française, que j’ai rencontré il y a plus de dix ans, au sujet des attentats commis à Paris en 1995 : « Notre police scientifique a fait son boulot. Nous avons pu identifier des pistes qui mènent aux services algériens. Nous avons établi un rapport d’enquête, mais les autorités politiques ont préféré le mettre dans le tiroir. »

    Puisse l’année 2008 nous ouvrir les yeux et le cœur pour y voir plus clair afin de ne pas mourir idiots.

    Abbas Aroua
    1er janvier 2008


    * Le calendrier de l’abrutissement a comme date d’origine un 11 Septembre 2001.

    (1) A Guantanamo Bay, « suicider » n’est pas exclusivement pronominal

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