30/03/2010

Affaire Kadhafi : Comment en-est on arrivé là ?

Affaire Kadhafi : Version courte


La culture est un élément essentiel à appréhender dans toute relation entre communautés et nations, que cette relation soit un lien amical ou un rapport de force. D’une part tout échange coopératif et constructif est forcément (re)connaissance de la culture de l’Autre. D’autre part, la domination d’un peuple ou d’un groupe ethnique passe aussi, obligatoirement, par l’apprentissage élémentaire de sa culture. Ce fait a été très tôt compris, dès le 19ème siècle, par les précurseurs français et britanniques de « l’anthropologie colonialiste ».

Sur le plan des relations internationales, les intérêts d’une nation dans ses rapports avec une autre sont protégés de différentes façons. Il y a la manière subtile qui consiste à posséder des « clés d’accès » à la nation visée, par exemple par la maitrise de ses codes culturels et l’apprivoisement de ses élites. Il y a aussi la manière moins subtile. Si l’on considère par exemple les rapports avec le monde arabe, on constate que les Etats-Unis recourant souvent à la « force brutale » comme moyen de persuasion : menaces explicites, chantage ouvert, agression au Tomahawk. Ils ont l’habitude d’ouvrir les « coffres-forts arabes » à coup de bulldozer. Des pays comme la Russie et la Chine utilisent généralement des « clés d’accès » pour obtenir des avantages et préserver leurs intérêts dans cette région du monde. Les pays au passé colonialiste, comme la France et le Royaume-Uni, utilisent une combinaison des deux leviers  pour « gérer » les dictatures et les richesses du monde arabe. Les autres pays qui ne disposent ni de « force brutale » ni de « clés d’accès » ont le choix entre trois voies pour veiller sur leurs intérêts : (a) l’usage de l’ « autorité informelle », (b) la « défense par proxy » en recourant à des amis (pays, organisations ou personnalités influentes) censés intervenir et aider, (c) la « compromission diplomatique » avec ses conséquences inévitables : l’« incohérence politique » et la « duplicité morale ».

La gestion de la crise engendrée par l’« affaire Kadhafi » a révélé trois limites de la politique étrangère suisse : (1) la pénurie en matière de « clés d’accès » à l’environnement culturel libyen et arabe en général, (2) l’effritement de l’ « autorité informelle » suisse, et (3) la difficulté de mobiliser des alliés fiables pour intervenir et aider. La gestion de la crise a péché aussi par (4) le manque de transparence dans la gestion d’une crise de cette nature, et notamment la faible implication du peuple suisse, et (5) l’impression donnée à l’opinion que la politique extérieure est subordonnée quasi-exclusivement à l’impératif de l’économie.

Le nez et… la perte

Les (futurs) diplomates destinés ou susceptibles d’être chargés de mission dans le monde arabe devraient tous apprendre par cœur au moins quelques dizaines d’adages populaires de cette région du monde (plusieurs recueils sont publiés dans la littérature). Dans une culture de l’oralité, comme c’est le cas dans le monde arabe, ce sont entre autres les adages qui véhiculent les normes au sein de la société et les transmettent de génération en génération.

Le bédouin est connu pour son hospitalité sans mesure. Il serait prêt à tuer sa monture pour nourrir ses hôtes. Mais il serait prêt à mourir pour défendre ou venger son honneur. Il serait prêt à dépenser un million de francs de frais d’avocats dans un procès contre quelqu’un qui lui aurait subtilisé un seul franc. Un adage populaire libyen dit : « Ala al-barghouth hrag al-jerd » (A cause d’une puce, il a brûlé ses habits). Un autre adage algérien dit : « En-naif wel khsara » (Sauvegarder le nez, même à la perte de tout le reste). Le nez (en-naif, al-anf, al-anafa) symbolise dans la culture arabe l’honneur et la dignité. « Sauvegarder le nez », c’est sauver la face. Combien de batailles entre tribus se sont déclenchées dans l’antiquité arabe à cause de quelques vers de poésie malveillants. Il serait vain de chercher une explication rationnelle à ce type d’attitudes et de comportements.

Kadhafi baigne dans un univers de symboles. Le titre de « Roi des rois » qu’il s’est arrogé, sa tenue et sa tente qui ne le quitte pas, tout cela est constamment présent pour nous le rappeler. Il fallait le voir et agir en conséquence.

Mourir debout plutôt que vivre à genou

L’« autorité informelle » est essentielle en diplomatie. Si elle est bien développée et entretenue, elle peut dresser un mur de protection symbolique. Mais elle est exigeante et requiert deux conditions, les pédagogues le savent bien : l’assurance en soi et la disposition à prendre quelques risques mesurés.

La Suisse a beaucoup d’atouts lui permettant de construire une telle autorité : absence d’un passé colonial, neutralité (positive), rôle central dans le développement, la promotion et la protection du droit international humanitaire et des droits de l’homme, qualité des produits industriels et des services, etc. Ce sont là les ingrédients qui forment une image de la Suisse reflétant une véritable « autorité informelle ». Mais cette image peut hélas être rendue floue par des attitudes, comportements et déclarations politiques reflétant des incohérences, voire des contradictions, entre valeurs et principes d’un côté, et pratiques de l’autre.

Lorsqu’un homme politique suisse se précipite pour déclarer qu’il espère que les relations commerciales reprennent vite avec la Libye, avant même que le conflit ne soit résolu, c’est un signal fort qui met à nu une énorme faiblesse que Kadhafi, élevé dans la culture de « mout waguef ! » (Meurt debout !), a su exploiter à sa guise, pour tenter de mettre son interlocuteur à genou, en haussant progressivement le ton jusqu’à demander la désintégration de la Confédération ou appeler au jihad contre ce pays. Les mesures de fermeté, comme l’usage du levier des visas, viendront trop tard et seront jugées inadaptées, y compris par l’Union européenne.

Rien ne gratte mieux ta peau que ton ongle

L’« affaire Kadhafi » n’est pas un désaccord banal qui requiert quelques rounds de négociations secrètes. Dès le départ, elle se présentait potentiellement comme une crise majeure. La position officielle de la Suisse devait alors être prise dans la transparence et soutenue par le peuple suisse après un débat national. Cela aurait renforcé l’« autorité informelle » du pays. En effet, l’absence d’un soutien populaire fort à une politique gouvernementale suscite la déconsidération des partenaires. Il n’y a qu’à voir comment certains gouvernements occidentaux se comportent vis-à-vis des dictatures arabes qui se sont privées du soutien de leurs populations.

Un adage populaire arabe dit : « Ma hakka jildaka mithlou dhoufrik. Fatawalla anta amrak » (Rien ne gratte mieux ta peau que ton ongle, alors prend-toi en charge). Ainsi, miser uniquement sur le soutien de gouvernements étrangers s’est révélé sans effet, voire contreproductif. D’une part, la « solidarité arabe » a bien fonctionné cette-fois-ci. La Suisse n’a même pas pu compter sur le soutien de gouvernements classés dans la catégorie des « amis », comme celui de l’Algérie, qui a été parmi les premiers à afficher sa solidarité avec Kadhafi, suivi par celui de Tunisie, ce qui a fortement influencé la Ligue des Etats arabes à adopter la même position. D’autre part, l’« individualisme cupide » de certains pays européens et américains du nord, confirmant que leur propre intérêt prime sur toute autre considération, s’est traduit par des positions qui ménagent le « gâteau libyen ». Les déclarations très mesurées des officiels français, étasuniens, italiens et autres, suite à l’appel au jihad contre la Suisse par Kadhafi sont déconcertantes. Imaginons un instant quelle aurait été la tonalité de ces déclarations et l’effervescence dans les couloirs du Conseil de sécurité qui aurait suivi cette fatwa si elle avait été rendue par un responsable de l’un des pays de « l’axe du mal ». La révérence affichée par les officiels européens à l’égard de Kadhafi, lors du sommet de la Ligue arabe de Syrte, allant jusqu’à un baise main par Silvio Berlusconi lorsqu’il s’apprêtait à prendre congé du guide suprême, est venue nous rappeler cette triste vérité.

Mourir de faim plutôt que se nourrir par un moyen indigne

L’un des arguments qui planait sur les discussions concernant la crise libyenne concerne la « sécurité énergétique et économique ». Alors, mythe ou réalité ? J’ai tenté de répondre à cette question en procédant à une évaluation approximative en partant de quelques hypothèses de base.

Concernant le volet énergétique, les importations de la Libye en Suisse sont estimées à 1 milliard 658 millions de francs, essentiellement des hydrocarbures sur un volume d’importations total en 2007 de plus de 183 milliards de francs. Ceci représente 0,9%. Le brut libyen représenterait 50% des importations totales de ce bien stratégique. A cela il faut ajouter le fait que la Libye possède en Suisse une installation de raffinage et plus de 300 stations d’essence. La crise avec la Libye ne devrait pas représenter une entrave à la prise de décision politique souveraine, mais plutôt une opportunité pour revoir la politique énergétique du pays. Une plus grande diversification est possible et essentielle. D’autres producteurs d’énergie crédibles devraient être considérés.

Concernant le volet économique, on note que :

1) Les avoirs libyens dans les banques suisses en 2007, l’année qui a précédé la crise, sont estimés à 6,5 milliards de francs, sur une masse gérée de l’ordre de 4900 milliards de francs (5,6 milliards de francs sur les 6,5 ont été finalement retirés en 2008). Les avoirs libyens représentaient donc, en 2007, 0,13% du total des avoirs dans les banques suisses. En supposant des intérêts nets pour les banques suisses de 10% et un taux d’imposition sur ces intérêts de 20% on obtient 130 millions de francs par an de revenus publics.

2) Les exportations de la Suisse vers la Libye en 2007 sont estimées à 278 millions  de francs sur un montant des exportations totales de l’ordre de 197 milliards de francs, ce qui représente 0,14%. Avec un taux d’imposition de 25% sur ces exportations vers la Libye, on obtient 70 millions de francs par an de revenus publics.

Au total on aurait donc 200 millions de francs par an de revenus publics provenant de la Libye. En considérant une population suisse de près de 7,6 millions à la fin de l’année 2007, on obtient un revenu annuel par habitant provenant des affaires commerciales avec la Libye de 26 francs 34 centimes, soit 7 centimes par jour, qui ne va pas dans la poche du citoyen mais sous forme de services publics. Ceci est à mettre en perspective et à comparer avec le produit intérieur brut par habitant en Suisse pour 2007 qui était de 68’394 par an. Cela représente 0,04%.

Un adage arabe dit : « Tamutu alhurratu wa la taakulu min thadiyiha » (La femme digne meurt de faim et ne mange pas de son sein). La question qui aurait dû être posée au citoyen suisse n’est pas de savoir s’il était prêt à mourir de faim pour éviter l’humiliation, mais de savoir s’il était prêt à prendre le risque hypothétique de réduire son niveau de vie de moins de 0,1% pour préserver sa dignité, sachant que les habitants d’autres pays développés comme l’Allemagne et la France vivent avec un PIB 30% plus bas. La réponse du citoyen est prévisible. Une consultation populaire — si facile en Suisse — à ce sujet aurait eu plus de sens que celle sur les minarets.

Mais il y a une autre facette à cette question. Pour une augmentation des services publics de 26 francs par an et par habitant, il y aurait une masse de 730 millions de francs encaissée par une élite industrielle et financière en Suisse (profits liés à l’exportation et aux intérêts sur les avoirs libyens). Ainsi, pour ce petit nombre de privilégiés le revenu par an grâce aux affaires avec la Libye est énorme, ce qui donne un sens à la perception répandue en Suisse que ce sont les groupes industriels et financiers qui déterminent la politique suisse en matière de gestion de la crise avec la Libye et qui dictent la conduite de l’ambassadeur suisse à Tripoli.

En conclusion, la Suisse gèrerait mieux des crises de la même nature que celle issue de l’« affaire Kadhafi » en respectant quatre règles d’hygiène politique : Règle 1 : Investir plus pour acquérir des « clés d’accès » au monde arabe. Règle 2 : Miser sur l’« autorité informelle » et bien l’entretenir. Règle 3 : Miser sur ses propres ressources et le soutien de sa population. Règle 4 : Ne jamais subordonner sa politique extérieure exclusivement à l’impératif de l’économie et s’exposer ainsi au chantage politique.

Pour terminer avec l’« affaire Kadhafi », la Suisse devra choisir entre deux approches : celle de l’escalade par l’agitation et celle de la désescalade par la sérénité. Après la mesure d’entrave aux visas Schengen pour des ressortissants libyens, suivie par le refus du visa libyen aux citoyens de l’Union européenne, suivi enfin par le retour en arrière, la Suisse pourrait en arriver à demander la désintégration de la « Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste » et sa répartition entre les pays limitrophes, appeler à une croisade contre ce pays et arrêter quelques citoyens libyens sur son sol. Elle pourrait au contraire déclarer l’incident clos, attendre la libération de Max Göldi une fois qu’il aura purgé sa peine de quatre mois, respectant ainsi « l’indépendance de la justice », et déclarer publiquement que si le détenu n’est pas libéré au terme de cette peine, alors des mesures souveraines seront prises allant jusqu’au retrait de Libye de toutes les entreprises suisses, voire la rupture des relations. Une retenue diplomatique et médiatique devrait suivre cette déclaration. Une telle approche qui rétablirait l’« autorité informelle » de la confédération contribuerait à résoudre la crise plus vite que l’on espère.

Abbas Aroua
30 mars 2010

07:35 Publié dans Suisse | Tags : crise, libye, kadhafi, hannibal, göldi | Lien permanent | Commentaires (1)

30/12/2009

Lettres au Pape Benoît XVI

Lettre 1 à sa Sainteté le Pape Benoît XVI

(Traduction de l’arabe)


Au nom de Dieu le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

« Il n'y a rien de bon dans beaucoup de leurs échanges, sauf si l'un d'eux ordonne une charité, une bonne action, ou une conciliation entre les gens. Et quiconque le fait, cherchant l'agrément de Dieu, à celui-là Nous donnerons une récompense énorme. » (Coran, An-Nissa — Les Femmes, 4 :114)

Lire la suite

27/10/2009

Des élections lunaires en Tunisie

Un ami m’a réveillé hier avec un sms qui m’a plongé dans fou rire matinal.

« Les Tunisiens ont inventé les présidentielles lunaires ! C’est comme le Ramadan qui recule de dix jours chaque année. A chaque nouvelle élection, le résultat en faveur d’Ezzine recule de 5%. Conclusion : Pour que le candidat du système rate son élection, il faut attendre encore 40 ans. Le fils de Benali, 5 an aujourd’hui, a le temps de préparer son arrivée à Carthage. »

Je n’ai pu m’empêcher d’aller vérifier les résultats des scrutins passés. Les voici :

24 octobre 1999 : 99.45% des voix (100% arrondi)
24 octobre 2004 : 94.49% des voix (95% arrondi)
25 octobre 2009 : 89.62% des voix (90% arrondi)

Le journaliste algérien Chawki Amari n’a pas tort. Si la monarchie marocaine a son Mohammed-VI, les royaupubliques tunisienne et algérienne ont aussi leur Benali-V et Bouteflika-III qui œuvrent pour instaurer un règne à vie.

Abbas Aroua
27 octobre 2009

15:25 Publié dans Politique | Tags : algérie, tunisie, maroc | Lien permanent | Commentaires (1)

19/10/2009

Un ancien ministre algérien, présumé tortionnaire, échappe à la justice suisse

bouguerra.jpgLes journaux algériens ont révélé ce matin la tentative d’arrestation par la police suisse d’un ancien ministre de la « coalition gouvernementale », Bouguerra Soltani (photo ci-contre), accusé d’avoir torturé un citoyen algérien, mis en cause par le fils du ministre arrêté en possession de stupéfiants.

Voici ce que rapporte le quotidien algérien El Khabar :

« El Khabar a appris hier soir, de sources informées, que le leader du mouvement Hams, a échappé à une tentative d’arrestation sur le sol helvétique,  sur la base d’une plainte déposée par l’officier algérien résidant en France, Anwar Malik, qui prétend avoir été torturé dans l’un des centres de la police algérienne en présence de Bouguerra Soltani qui occupait alors le poste de ministre au gouvernement algérien. Selon nos sources, le ministère algérien des Affaires étrangères a réagit promptement dès qu’il fut informé de l’intention de la police suisse de procéder à l’arrestation de Bouguerra ; l’ambassade algérienne a réussi à l’exfiltrer de Suisse. »

Dans les forums des journaux et des sites algériens un grand débat est lancé autour de cette information, entre défenseurs et détracteurs de Soltani. Par ailleurs, une polémique commence à enfler, autour de la question : Qui a informé le ministère algérien des Affaires étrangères d’une procédure suisse censée rester confidentielle ? Un intervenant sur l’un des forums est allé jusqu’à se féliciter de la capacité du gouvernement algérien à infiltrer les autorités suisses.

On ne peut que féliciter toutes celles et tous ceux qui œuvrent  en Suisse à  lutter contre l’impunité dans le monde, à l’instar de l’ONG Trial, et leur rappeler que quelle que soit l’issue de leur démarche, leur action est utile, voire indispensable, si l’on veut donner du crédit au droit international des droits de l’homme.

Abbas Aroua
19 octobre 2009


Pour en savoir plus :

Un présumé tortionnaire algérien échappe de peu à la justice suisse
Trial – Track Impunity Always

Bouguerra échappe à une tentative d’arrestation en Suisse
Quotidien El Khabar du 19 octobre 2009

Bouguerra échappe à une arrestation, et fuit Genève par voie terrestre vers la France
Quotidien Echourouk du 19 octobre 2009

30/04/2009

L’Irak, an VII de l’occupation

 

A l’heure où l’Irak vit un regain de violence et une intensification de la vague d’attentats meurtriers qui font des dizaines de victimes civiles, et continue à s’enfoncer dans une impasse politique porteuse de tous les dangers pour la paix dans la région, la Fondation Cordoue pour la promotion de la paix et la Fondation Alkarama pour les droits de l’homme accueillent une délégation de personnalités irakiennes de divers horizons politiques en tournée en Europe comprenant notamment Stockholm, Oslo et Bruxelles. La délégation est à Genève du 29 avril au 2 mai 2009. Le but de la visite est de : 1) Informer sur la situation politique, sécuritaire et des droits de l’homme en Irak ; 2) Présenter une perspective nationale de sortie de crise.

Composition de la délégation

Conférence de presse au Club suisse de la Presse le 1er mai à 11h00

06/04/2009

L'Union européenne suspend ses relations avec le gouvernement israélien

[Bruxelles, 6 avril 2009. Après plusieurs tentatives de Javier Solana, haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune et secrétaire général de l'Union européenne, de convaincre Benyamin Netanyahou, premier ministre israélien fraichement élu, pour revoir sa position et accepter le principe de « deux Etats », l'Union européenne a décidé de suspendre ses relations avec le gouvernement de l’Etat hébreux et de ne plus traiter qu’avec le président Shimon Peres qui a des positions plus modérées à l’égard de la question palestinienne.

Benyamin Netanyahu est connu pour ses positions extrémistes ne reconnaissant pas les accords conclus par ses prédécesseurs, préférant le concept de « paix économique » avec les Palestiniens au lieu de « paix politique ». Dans le gouvernement qu’il vient de former, il s’est entouré de faucons, le plus emblématique d’entre eux étant son ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman,  connu pour ses déclarations tonitruantes comme celle de « bombarder Gaza avec l’arme atomique » ou « jeter les prisonniers palestiniens dans la mer morte ».

Cette décision rappelle une autre décision similaire prise par l’Union européenne concernant la suspension de ses relations avec le gouvernement Hamas élu le 26 janvier 2006 avec une majorité de voix par le peuple palestinien, à cause de ses positions « radicales » vis-à-vis d’Israël, et de ne traiter qu’avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.]

Lire la suite

16:48 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3)

18/07/2008

Siné, victime de l’incohérence médiatique française

Le dessinateur et caricaturiste politique parisien Maurice Sinet, connu sous son nom de plume Siné, a travaillé dans divers média français, notamment Charlie Hebdo qu’il a rejoint en 1981, puis en 1992 dans la nouvelle version du journal satirique.

Siné, qui aura 80 ans le 31 décembre prochain, aura eu un parcours engagé. Déjà dans les années 50, en pleine guerre d’Algérie, il ne cachait pas ses positions anticolonialistes. Il y a trois ans, il soutenait la liste Euro-Palestine aux élections européennes de juin 2004.

Bien qu’il soit impliqué dans la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence, Siné peut être d’une violence verbale inouïe, lorsqu’il s’agit du fait religieux. Dans un billet du blogueur politique Luc Mandret, repris sur le site de  Marianne (16 juillet 2008), Siné est présenté comme « un provocateur […], un extrémiste laïc, un allergique épidermique aux religions et aux religieux, un bouffeur de curés, de rabbins, d'imams. » Wikipédia décrit le dessinateur français comme étant un « athéiste militant » et cite l'une de ses déclarations à ce sujet :

« La religion m'énerve. C'est de l'obscurantisme, ça rend les gens idiots. La soumission enlève le libre arbitre et impose des tabous. Je n'ai jamais cru en Dieu. Ça m'a toujours paru infantile. Mais ce n'est pas le fait que les gens croient qui m'énerve, c'est le prosélytisme, cette façon de nous faire partager des trucs saugrenus. Les curés, les rabbins, les ayatollahs inculquent des choses fausses aux enfants. La religion devrait être quelque chose de personnel. »

Mais récemment, en moins d’un mois, deux textes seulement auront suffi pour ouvrir les yeux de Siné sur les contradictions du système médiatique français.

Dans le premier texte publié dans Charlie Hebdo du 11 juin 2008, il écrit :

« Je n’ai jamais brillé par ma tolérance mais ça ne s’arrange pas et, au risque de passer pour politiquement incorrect, j’avoue que, de plus en plus, les musulmans m’insupportent et que, plus je croise les femmes voilées qui prolifèrent dans mon quartier, plus j’ai envie de leur botter violemment le cul ! J’ai toujours détesté les grenouilles de bénitier catholiques vêtues de noir, je ne vois donc pas pourquoi je supporterai mieux ces patates à la silhouette affligeante et véritables épouvantails contre la séduction ! Leurs maris barbus embabouchés et en sarouel coranique sous leur tunique n’ont rien à leur envier au point de vue disgracieux. Ils rivalisent de ridicule avec les juifs loubavitchs ! Je renverserais aussi de bon cœur, le plat de lentilles à la saucisse sur la tronche des mômes qui refusent de manger du cochon à la cantoche. Quand on a des parents aussi bornés que les leurs, le seul remède est de leur désobéir et de les envoyer se prosterner […] La bêtise n’a pas de limites, c’est connu, mais arrêtons de la respecter et, qui plus est, de l’entretenir au nom d’une indulgence dont ils ne font, eux, aucune preuve ! »

Il n'y va pas avec le dos de la cuiller. Mais en dépit de cette violence, pas de réaction.

Cependant, lorsque dans l’édition du 2 juillet 2008 du même journal, il s’aventure sur un autre terrain plus difficile, en affirmant que :

« Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l'UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n'est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »

Alors là, c’en est trop ! Le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo Philippe Val réagit. Il vire Siné. Raison vraisemblable : conflit interne entre les deux hommes. Motif invoqué : Antisémitisme.

En effet, Philippe Val explique le départ de Siné comme suit : « Je suis rarement d'accord avec ce que Siné raconte mais il y a une latitude à Charlie pour exprimer des opinions différentes des miennes […] Cette latitude est bordée par une charte qui proscrit notamment tout propos raciste et antisémite dans le journal ».

Luc Mandret, dans l'article susmentionné, ne manque pas de relever la contradiction : « Si le premier extrait de Siné est antisémite, le second n'est-il pas clairement islamophobe ? Pourquoi Claude Askolovitch, journaliste au Nouvel Observateur, lorsqu'il dénonce sur RTL ‘un article antisémite dans un journal qui ne l'est pas’ ne dénonce-t-il pas également les autres propos de Siné ? » Et d’ajouter : « De fait, la position de Philippe Val est totalement illogique. Lui qui défendait la liberté d'expression lors de la polémique sur la publication dans Charlie Hebdo de caricatures de Mahomet, ne défend-il donc plus la liberté d'expression de la plume de Siné ? »

Abbas Aroua
18 juillet 2008


00:20 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (45)

12/07/2008

L’UPM : espace de coopération ou instrument de domination ?

Demain, le 13 juillet, se réuniront au Grand Palais parisien les 27 chefs d’Etats de l’Union européenne (UE) et ceux des autres 16 pays qui formeront ensemble la future Union pour la Méditerranée (UPM), dont le lieu et la date de naissance sont très symboliques. L’anniversaire de cette nouvelle organisation régionale se fêtera simultanément avec la commémoration de la prise de la Bastille. C’est un signe fort sur le rôle central de la France au sein de l’UPM qu’a voulu donner Nicolas Sarkozy, géniteur de ce projet qui a été depuis sa conception quelque peu altéré afin de répondre aux exigences des partenaires européens de la France.

Le projet initial « Union méditerranéenne » visait la création d’un espace comprenant les 22 pays riverains de la Mare nostrum : au nord, l’Espagne, la France, Monaco, l’Italie, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, l’Albanie, la Grèce, la Turquie, Malte et Chypre, et au sud le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Égypte, Israël, la Palestine, le Liban, et la Syrie, plus 3 pays ayant des liens privilégiés avec la Méditerranée : le Portugal, la Jordanie et Mauritanie. La Suisse, que certains géographes considèrent comme un pays méditerranéen, car source de l’un des affluents de cette mer, le Rhône, n’a pas été associée au projet UPM.

Plusieurs pays de l’UE, notamment l’Allemagne, se sont opposés au projet dans sa forme initiale de peur qu’il n’affecte la construction de l’UE. Après de longs échanges, une nouvelle formulation du projet a vu le jour. L’UE sera fortement impliquée dans le processus décisionnel de ce qui ne sera plus une « Union méditerranéenne » mais une « Union pour la Méditerranée ». La nuance est de taille ; elle résume en quelques lettres la force des liens qui unissent les membres de l’UE et leur souci de préserver leurs intérêts stratégiques.

En face de cette unité robuste, les pays du Sud offrent un spectacle désolant et pathétique de dislocation, de divergences, de querelles, comme l’ont montré les quelques rencontres tenues au sud pour discuter du projet UPM. A défaut d’une réflexion et de discussions de fond sur les aspects stratégiques de la question, certains dirigeants se sont livrés à des luttes de positionnement pour une nomination comme premier « co-président du sud » de l’UPM, titre accordé vraisemblablement à Housni Moubarak à cause, a-t-on dit, de la forte démographie de son pays et de ses relations de « bon voisinage » avec Israël, qui aura le privilège de siéger avec le premier « co-président du nord » : Nicolas Sarkozy.

Les promoteurs de l’UPM affirment qu’il s’agit d’un espace d’échange et de coopération pour renforcer les relations nord-sud et aider au développement de la rive sud de la Méditerranée, au moyen de projets concrets, à l’impact réel sur les populations.

Mais les détracteurs de cette nouvelle entité argumentent qu’elle ne serait en fait que :

1) Une supercherie politique, car elle n’a d’union que le nom ; une véritable union impliquerait les quatre libertés de circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux.

2) Un moyen subtil de donner à la Turquie l’impression d’être associée à l’Europe sans faire partie de l’UE.

3) Un acte visant à « enterrer » définitivement le projet d’Union du Maghreb Arabe (UMA), processus moribond, ayant souffert de contradictions internes, entre les régimes des pays concernés, qui seraient alimentées en continu par certaines politiques européennes, notamment française.

4) Une opportunité pour atteindre la normalisation arabo-israélienne à moindres frais, c’est-à-dire sans résoudre le conflit israélo-palestinien.

5) Un instrument pour imposer encore plus d’hégémonie politique, culturelle et symbolique, sur la rive sud de la Méditerranée.

6) Un espace d’échange commercial déséquilibré entre une UE à l’économie forte et des pays aux économies désintégrées (différence d'un facteur 5 en moyenne en termes de PIB par habitant), entre un groupement d'Etats de droit et des pays ruinés par le despotisme et la corruption offrant un marché pour l’excédent de produits que l’UE n’arrive pas à écouler en Amérique et en Asie : quincaillerie militaire et industrielle, produits alimentaires et pharmaceutiques souvent périmés ou presque.

7) Un réservoir de main d’œuvre bon marché et le lieu de relocalisation des industries européennes polluantes.

8) Une structure souple pour assurer l’approvisionnement de l’Europe en énergies (hydrocarbures et solaire) et pour contrôler les flux migratoires.

9) Une alliance offrant un avantage stratégique dans la lutte d’influence menée par l’UE, les Etats-Unis et la Chine en Afrique du Nord.

10) Un facteur de consolidation des dictatures des pays arabes, partenaires dans ladite « guerre contre le terrorisme », et de prévention de toute velléité de changement chez les sociétés du Sud.

Entre les prévisions des uns et des autres, quel rôle jouera l’UPM dans la région ? Seul l’avenir nous le dira.

Abbas Aroua
12 juillet 2008

15:14 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5)

27/06/2008

Journalisme de guerre et guerre contre le journalisme

Aujourd’hui, alors que notre planète est « minée » par d’innombrables conflits entre groupes, entre Etats, et même entre sphères culturelles, nous avons un énorme besoin d’un « journalisme de la paix » qui nous offre des clés pour comprendre ces conflits, qui nous donne des éléments pour saisir les contradictions qu’ils reflètent, et qui nous propose des pistes de réflexion sur la manière de les transformer et transcender. Car, il faut l’admettre, lorsqu’il s’agit de couvrir un conflit, ce que nous avons actuellement, surtout dans les médias lourds, c’est un « journalisme de la guerre » qui confond « conflit » et « violence » et qui ne rapporte, hélas, que les symptômes, c’est-à-dire la mort la destruction, ne s’intéressant ni aux causes ni aux moyens de guérison.

Au début de la dernière décennie du siècle passé, la guerre contre l’Irak (1991) a révélé le rôle des médias comme une redoutable « arme de guerre ». La couverture de la « Tempête du désert » par la CNN donnait l’exemple type d’une information orientée, au service du Pentagone, chargée de propager le concept d’une « guerre chirurgicale ». Au début de ce siècle, les guerres contre l’Afghanistan (2001) et l’Irak (2003) ont confirmé ce rôle, et l’ont renforcé avec l’apparition du journaliste « embedded », c’est-à-dire soumis, agréé et intégré dans le dispositif militaire.

Mais ces premières guerres du XXIème siècle, menées par les Etats-Unis et leurs alliés, ont aussi révélé que la CNN et Fox News n’avaient plus le monopole de l’information sur les conflits armés. De nouveaux médias ont démontré leur capacité à présenter un « autre » point de vue. C’est le cas notamment de la chaîne qatarie Aljazeera qui, pour paraphraser Johan Galtung (Reporting Conflict), au moment où la CNN rapportait sur l’expédition des missiles et des bombes, elle rapportait sur leur réception sur le terrain et les souffrances massives causées par des attaques pas aussi chirurgicales que l’on laissait entendre.

Evidemment, l’administration américaine n’a pas apprécié cette concurrence médiatique inattendue ; elle a été dérangée par des images qui donnaient une autre description de la réalité des guerres menées au nom de la lutte antiterroriste, et qui portaient atteinte à l’image d’une armée américaine libératrice des peuples afghan et irakien. Ainsi, en 2001, en pleine invasion de l’Afghanistan, Aljazeera a attiré les foudres de Washington et son bureau à Kabul fut bombardé par les Américains. En 2003, durant l’invasion de l’Irak, c’est le bureau de Bagdad qui a essuyé une attaque similaire tuant un correspondant de la chaîne. Furieux de constater qu’il ne pouvait pas contrôler le flux des images en provenance de l’Irak, le sous secrétaire des Etats-Unis à la défense de l’époque, l’influent Paul Wolfowitz, déclarait fin juillet 2003 à Fox News qu’Aljazeera « mettait en danger la vie des troupes américaines ». Selon le journal britannique Daily Mirror du 22 novembre 2005, Georges W. Bush aurait même envisagé le bombardement du siège d’Aljazeera à Doha lors d’une rencontre à la Maison blanche avec Tony Blair tenue en avril 2004.

Dans ce contexte de guerre contre le journalisme insoumis à la volonté de l’administration US s’inscrit l’arrestation en 2001 à Peshawar du journaliste Sami El Haj, qui accomplissait son travail reporter pour Aljazeera, sa détention à Begram puis son transfert au sinistre camp de Guantanamo Bay. Il passera sept ans dans ce territoire hors droit et lieu de déshumanisation, sept longues années dans l’isolement au sein d’une cellule exiguë, ponctuées par les nombreuses séances de torture, les scènes fréquentes d’humiliation, et les grèves répétées de la faim, avant d’être libéré le 1er mai 2008 dans un état de santé dégradé, sans être inculpé ni même jugé.

Lors de la cérémonie organisée au siège d’Aljazeera il y a trois semaines pour rendre hommage à Sami El Haj, ce dernier a affirmé qu’il avait quitté Gantanamo Bay, dont les conditions de détention ont poussé certains détenus au suicide et conduit d’autres à la folie, avec la ferme volonté de se battre de toutes ses forces pour la libération non seulement des dizaines de ses codétenus, mais également des 27 000 victimes détenues arbitrairement dans diverses prisons secrètes en Irak, en Afghanistan et ailleurs, et pour la fermeture définitive de ces nouveaux Goulags. C’est dans cet état d’esprit que Sami El Haj séjourne cette semaine à Genève, invité par la Fondation Alkarama for Human Rights pour une tournée de sensibilisation des instances onusiennes et des ONGs des droits de l’homme. Puisse cette visite nous éclairer sur la nature et les opinions de ces individus habillés en orange que l’on a voulu pendant des années nous présenter comme des monstres menaçant le monde libre.

Abbas Aroua
27 juin 2008

Pour en savoir + :

Alkarama for Human Rights


Une conférence publique animée par M. Sami El Haj aura lieu ce soir à 19h au Centre International de Conférences de Genève (CICG) de Varembé



Kriegsjournalismus und Krieg gegen den Journalismus

Heute haben wir, während unser Planet durch zahllose Konflikte innerhalb von Gruppen, zwischen Staaten und selbst innerhalb von kulturellen Sphären „vermint" ist, einen gewaltigen Bedarf nach « Friedensjournalismus», der uns die Schlüssel bietet, um diese Konflikte zu verstehen, der uns Materien verschafft um die Widersprüche zu erfassen, die diese Konflikte reflektieren und der uns Hinweise zum Nachdenken über die Art und Weise bietet, wie man diese Konflikte verwandeln und transzendieren kann. Wenn es um Konfliktberichterstattung geht, verfügen wir heute- denn man muss es zugeben- vor allem in den «Grossen Medien» über einen «Kriegsjournalismus», der «Konflikt» und «Gewalt» verwechselt und der leider nur über die Symptome berichtet, d.h. über den Tod, die Zerstörung und der sich weder für die Konfliktursachen noch für die Mittel einer Lösung interessiert.

Am Anfang vom letzten Jahrzehnt des vergangenen Jahrhunderts hat der Krieg gegen den Irak (1991) die Rolle der Medien, als eine äusserst gefährliche «Kriegswaffe» enthüllt. Die CNN-Berichterstattung während der «Operation Wüstensturm» gab uns das Musterbeispiel einer einseitigen Information, die im Dienst des Pentagons steht um das Konzept vom «chirurgischen Krieg» zu propagieren. Am Anfang von diesem Jahrhundert haben uns die Kriege gegen Afghanistan (2001) und gegen den Irak (2003) diese Rolle bestätigt und sie wurde durch das Auftreten vom «embedded» Journalisten, d.h. der der Militäreinheit ergeben, von ihr zugelassen  und dort aufgenommen ist, noch intensiviert.

Diese ersten Kriege des 21. Jahrhunderts, die von den Vereinigten Staaten und ihren Verbündeten geführt werden haben uns aber auch enthüllt, dass CNN und Fox News nicht mehr das Nachrichtenmonopol über die bewaffneten Konflikte besitzen. Neue Medien haben uns ihre Fähigkeit bewiesen einen «anderen» Standpunkt darzubieten. Es ist besonders der Fall des katarischen Nachrichtensenders Al-Dschasira - um Johan Galtung (Reporting Conflict) zu paraphrasieren - der in dem Moment wo CNN über den Abschuss von Raketen und Bomben berichtete, einen Bericht über deren Aufschlag auf dem Gebiet sendete und über die verursachten, verheerenden Folgen dieser Angriffe, die nicht so chirurgisch sind, wie sie es uns sagen wollen.

Natürlich hat die US-amerikanische Administration diese unerwartete Medienkonkurrenz nicht geschätzt; denn sie ist von den dort gezeigten Bildern durchkreuzt worden, die eine andere Beschreibung der Realität dieser Kriege, die im Namen des Anti-Terror-Kampfs geführt werden, wiedergaben und die das Bild der US-amerikanischen Armee, als Befreierin der afghanischen und irakischen Völker beeinträchtigten. So hat Al-Dschasira, im Jahre 2001, während der Invasion von Afghanistan, den Zorn Washington verursacht, worauf sein Büro in Kabul von den US- Amerikanern bombardiert wurde. Während der Invasion vom Irak, im Jahre 2003, war es das Büro in Bagdad, das einen gleichartigen Angriff hinnehmen musste und wobei ein Korrespondent des Senders getötet wurde. Ende Juli 2003 erklärte bei Fox News der einflussreiche Paul Wolfowitz, damals stellvertretender Verteidigungsminister,  der verärgert durch die Flut der Bildern aus dem Irak war, die er nicht kontrollieren konnte, dass Al-Dschasira «das Leben der US-amerikanischen Truppen in Gefahr setzen würde». Georges W. Bush hätte sogar, laut der britischen Tageszeitung Daily Mirror vom 22. November 2005, bei seinem Treffen im Weissen Haus mit Tony Blair, im April 2004, die Bombardierung des Hauptsitzes von Al-Dschasira in Doha in Betracht gezogen.
 
Im Rahmen von diesem Kontext des Kriegs gegen den Journalismus, der nicht dem Willen der US-amerikanischen Administration unterliegt, geschah in Peshawar, im Jahre 2001, die Verhaftung des Journalisten Sami Al- Haj, der dort für Al-Dschasira Bericht erstattete, seine Inhaftierung in Bagram und dann seine Überführung in das grauenhafte Lager von Guantanamo Bay. Er verbrachte sieben Jahre auf diesem aussergerichtlichen Gebiet, ein Ort der Entmenschlichung, sieben lange Jahre in Isolation, in einer winzigen Zelle, akzentuiert durch zahlreiche Folterungen, durch häufige Szenen der Demütigung und durch wiederholte Hungerstreiks, bevor er am 1. Mai 2008, in einem dramatischen Gesundheitszustand befreit wurde, ohne dass jemals eine Anklage gegen ihn erhoben, noch ein Urteil ausgesprochen worden ist.

Bei der Ehrenzeremonie, die vor drei Wochen im Hauptsitz von Al-Dschasira für Sami Al-  Haj organisiert worden war, hat er bestätigt, dass er Guantanamo Bay mit dem festen Willen verlassen hat, sich nicht nur mit all seinen Kräften für die Befreiung seiner Duzenden von Mitgefangenen einzusetzen, von denen einige, durch die Haftbedingungen, zum Selbstmord getrieben wurden oder in den Wahnsinn verfallen sind, sondern dass er sich auch für die 27 000 inhaftierten Opfer einsetzen wird, die willkürlich in Geheimgefängnissen im Irak, in Afghanistan und anderswo inhaftiert sind, sowie für die definitive Schliessung dieser neuen Zwangslager. Sami Al-Haj, den die Fondation Alkarama for Human Rights für eine „Sensibilisierungstour" innerhalb der UNO-Instanzen und der NGOs der Menschenrechte eingeladen hat, hält sich in dieser geistigen Verfassung in Genf auf. Möge dieser Besuch uns über die wahre Natur und über die Ansichten dieser orangegekleideten menschlichen Wesen aufklären, die man uns Jahre lang als Monster beschrieben hat, die die freie Welt bedrohen.

Abbas Aroua
27. Juni 2008

Siehe: Alkarama for Human Rights


Heute Abend, um 19 Uhr, wird im Centre International de Conferences de Genève (CICG) eine öffentliche Konferenz stattfinden, die von Herr Sami Al-Haj geleitet wird.

Übersetzung aus dem Französischen: Monica Hostettler

17/05/2008

Si vous ne vous mettez pas d'accord, ne revenez pas !

« Si vous ne vous mettez pas d'accord, ne revenez pas ! » C'est ainsi que de nombreux Libanais, dont des victimes de la guerre civile, regroupés sur la route de l'aéroport de Beyrouth, ont salué hier les délégations libanaises, progouvernementales et de l'opposition, en partance pour la conférence du « dialogue national libanais » de Doha.

C'est dire à quel point les Libanais s'opposent à une guerre fratricide et aspirent à un règlement pacifique de la crise qui secoue le pays depuis plusieurs mois. Une crise bel et bien politique, même si certaines puissances régionales et mondiales, et leurs alliés au Liban, tentent de transformer en conflit interconfessionnel qui embraserait le Liban et ferait de ce pays un deuxième Irak. En effet, aussi bien l'opposition que le gouvernement, ont des alliés et des sympathisants appartenant à l'ensemble du spectre confessionnel libanais : sunnites, chiites, diverses Eglises chrétiennes, druzes, etc. Le conflit libanais n'est rien d'autre qu'une opposition d'objectifs sur le partage du pouvoir et surtout sur la place de la résistance au Liban.

Lors de la récente réunion ministérielle de la Ligue des Etats arabes consacrée au Liban, tenue au lendemain des affrontements qu'avait connu Beyrouth et à un moindre degré d'autres régions du Liban, il a été décidé la constitution d'un comité ministériel coprésidé par le chef du gouvernement du Qatar et le secrétaire général de la Ligue, et comprenant les ministres des Affaires étrangères de huit pays : Algérie, Bahreïn, Djibouti, Emirats arabes unis, Jordanie, Maroc, Oman et Yémen. Ce Decet arabe qui s'est rendu à Beyrouth a réussi en un temps record à convaincre les diverses parties en conflit à ce mettre autour de la table du dialogue. Il a même pu les faire prendre le même avion pour se rendre à Doha. Comment cet exploit a pu se produire ? Peut-être à cause de l'absence remarquée dans ce comité des représentants d'Arabie saoudite, de Syrie et d'Egypte, qui ont perdu depuis longtemps toute crédibilité pour jouer un quelconque rôle dans le dénouement de la crise libanaise.

La conférence du « dialogue national libanais » a été inaugurée hier soir par une brève allocution de l'émir du Qatar qui a souhaité la bienvenue et le succès aux participants ; les travaux commencent effectivement ce matin. Nous prions pour qu'ils aboutissent à un accord qui protègerait les Libanais de l'enfer d’un conflit violent qui ruinerait le pays et au terme duquel aucune partie ne sortira gagnante, un accord qui empêcherait à ce que le Liban ne se transforme en scène où se déroulerait une guerre par procuration entre des puissances étrangères. Ceci n'est possible que si tous les participants à la conférence de Doha prennent conscience de la lourde responsabilité nationale qu'ils portent sur leurs épaules, et des attentes et espoirs immenses de leurs concitoyens. A défaut de cette conscience, et si par malheur ils persisteraient à servir des agendas étrangers au lieu de se préoccuper du sort de leur pays, alors ils feraient mieux de ne pas retourner à Beyrouth, mais d'aller rejoindre leurs parrains respectifs. Le peuple libanais trouverait de bien meilleurs représentants.

Abbas Aroua
17 mai 2008

09:42 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (1)