18/07/2008

Siné, victime de l’incohérence médiatique française

Le dessinateur et caricaturiste politique parisien Maurice Sinet, connu sous son nom de plume Siné, a travaillé dans divers média français, notamment Charlie Hebdo qu’il a rejoint en 1981, puis en 1992 dans la nouvelle version du journal satirique.

Siné, qui aura 80 ans le 31 décembre prochain, aura eu un parcours engagé. Déjà dans les années 50, en pleine guerre d’Algérie, il ne cachait pas ses positions anticolonialistes. Il y a trois ans, il soutenait la liste Euro-Palestine aux élections européennes de juin 2004.

Bien qu’il soit impliqué dans la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence, Siné peut être d’une violence verbale inouïe, lorsqu’il s’agit du fait religieux. Dans un billet du blogueur politique Luc Mandret, repris sur le site de  Marianne (16 juillet 2008), Siné est présenté comme « un provocateur […], un extrémiste laïc, un allergique épidermique aux religions et aux religieux, un bouffeur de curés, de rabbins, d'imams. » Wikipédia décrit le dessinateur français comme étant un « athéiste militant » et cite l'une de ses déclarations à ce sujet :

« La religion m'énerve. C'est de l'obscurantisme, ça rend les gens idiots. La soumission enlève le libre arbitre et impose des tabous. Je n'ai jamais cru en Dieu. Ça m'a toujours paru infantile. Mais ce n'est pas le fait que les gens croient qui m'énerve, c'est le prosélytisme, cette façon de nous faire partager des trucs saugrenus. Les curés, les rabbins, les ayatollahs inculquent des choses fausses aux enfants. La religion devrait être quelque chose de personnel. »

Mais récemment, en moins d’un mois, deux textes seulement auront suffi pour ouvrir les yeux de Siné sur les contradictions du système médiatique français.

Dans le premier texte publié dans Charlie Hebdo du 11 juin 2008, il écrit :

« Je n’ai jamais brillé par ma tolérance mais ça ne s’arrange pas et, au risque de passer pour politiquement incorrect, j’avoue que, de plus en plus, les musulmans m’insupportent et que, plus je croise les femmes voilées qui prolifèrent dans mon quartier, plus j’ai envie de leur botter violemment le cul ! J’ai toujours détesté les grenouilles de bénitier catholiques vêtues de noir, je ne vois donc pas pourquoi je supporterai mieux ces patates à la silhouette affligeante et véritables épouvantails contre la séduction ! Leurs maris barbus embabouchés et en sarouel coranique sous leur tunique n’ont rien à leur envier au point de vue disgracieux. Ils rivalisent de ridicule avec les juifs loubavitchs ! Je renverserais aussi de bon cœur, le plat de lentilles à la saucisse sur la tronche des mômes qui refusent de manger du cochon à la cantoche. Quand on a des parents aussi bornés que les leurs, le seul remède est de leur désobéir et de les envoyer se prosterner […] La bêtise n’a pas de limites, c’est connu, mais arrêtons de la respecter et, qui plus est, de l’entretenir au nom d’une indulgence dont ils ne font, eux, aucune preuve ! »

Il n'y va pas avec le dos de la cuiller. Mais en dépit de cette violence, pas de réaction.

Cependant, lorsque dans l’édition du 2 juillet 2008 du même journal, il s’aventure sur un autre terrain plus difficile, en affirmant que :

« Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l'UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n'est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »

Alors là, c’en est trop ! Le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo Philippe Val réagit. Il vire Siné. Raison vraisemblable : conflit interne entre les deux hommes. Motif invoqué : Antisémitisme.

En effet, Philippe Val explique le départ de Siné comme suit : « Je suis rarement d'accord avec ce que Siné raconte mais il y a une latitude à Charlie pour exprimer des opinions différentes des miennes […] Cette latitude est bordée par une charte qui proscrit notamment tout propos raciste et antisémite dans le journal ».

Luc Mandret, dans l'article susmentionné, ne manque pas de relever la contradiction : « Si le premier extrait de Siné est antisémite, le second n'est-il pas clairement islamophobe ? Pourquoi Claude Askolovitch, journaliste au Nouvel Observateur, lorsqu'il dénonce sur RTL ‘un article antisémite dans un journal qui ne l'est pas’ ne dénonce-t-il pas également les autres propos de Siné ? » Et d’ajouter : « De fait, la position de Philippe Val est totalement illogique. Lui qui défendait la liberté d'expression lors de la polémique sur la publication dans Charlie Hebdo de caricatures de Mahomet, ne défend-il donc plus la liberté d'expression de la plume de Siné ? »

Abbas Aroua
18 juillet 2008


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17/05/2008

Si vous ne vous mettez pas d'accord, ne revenez pas !

« Si vous ne vous mettez pas d'accord, ne revenez pas ! » C'est ainsi que de nombreux Libanais, dont des victimes de la guerre civile, regroupés sur la route de l'aéroport de Beyrouth, ont salué hier les délégations libanaises, progouvernementales et de l'opposition, en partance pour la conférence du « dialogue national libanais » de Doha.

C'est dire à quel point les Libanais s'opposent à une guerre fratricide et aspirent à un règlement pacifique de la crise qui secoue le pays depuis plusieurs mois. Une crise bel et bien politique, même si certaines puissances régionales et mondiales, et leurs alliés au Liban, tentent de transformer en conflit interconfessionnel qui embraserait le Liban et ferait de ce pays un deuxième Irak. En effet, aussi bien l'opposition que le gouvernement, ont des alliés et des sympathisants appartenant à l'ensemble du spectre confessionnel libanais : sunnites, chiites, diverses Eglises chrétiennes, druzes, etc. Le conflit libanais n'est rien d'autre qu'une opposition d'objectifs sur le partage du pouvoir et surtout sur la place de la résistance au Liban.

Lors de la récente réunion ministérielle de la Ligue des Etats arabes consacrée au Liban, tenue au lendemain des affrontements qu'avait connu Beyrouth et à un moindre degré d'autres régions du Liban, il a été décidé la constitution d'un comité ministériel coprésidé par le chef du gouvernement du Qatar et le secrétaire général de la Ligue, et comprenant les ministres des Affaires étrangères de huit pays : Algérie, Bahreïn, Djibouti, Emirats arabes unis, Jordanie, Maroc, Oman et Yémen. Ce Decet arabe qui s'est rendu à Beyrouth a réussi en un temps record à convaincre les diverses parties en conflit à ce mettre autour de la table du dialogue. Il a même pu les faire prendre le même avion pour se rendre à Doha. Comment cet exploit a pu se produire ? Peut-être à cause de l'absence remarquée dans ce comité des représentants d'Arabie saoudite, de Syrie et d'Egypte, qui ont perdu depuis longtemps toute crédibilité pour jouer un quelconque rôle dans le dénouement de la crise libanaise.

La conférence du « dialogue national libanais » a été inaugurée hier soir par une brève allocution de l'émir du Qatar qui a souhaité la bienvenue et le succès aux participants ; les travaux commencent effectivement ce matin. Nous prions pour qu'ils aboutissent à un accord qui protègerait les Libanais de l'enfer d’un conflit violent qui ruinerait le pays et au terme duquel aucune partie ne sortira gagnante, un accord qui empêcherait à ce que le Liban ne se transforme en scène où se déroulerait une guerre par procuration entre des puissances étrangères. Ceci n'est possible que si tous les participants à la conférence de Doha prennent conscience de la lourde responsabilité nationale qu'ils portent sur leurs épaules, et des attentes et espoirs immenses de leurs concitoyens. A défaut de cette conscience, et si par malheur ils persisteraient à servir des agendas étrangers au lieu de se préoccuper du sort de leur pays, alors ils feraient mieux de ne pas retourner à Beyrouth, mais d'aller rejoindre leurs parrains respectifs. Le peuple libanais trouverait de bien meilleurs représentants.

Abbas Aroua
17 mai 2008

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08/04/2008

Johan Djourou, exemple type d’une identité complexe

Johan Agwawandre Djourou est né à Abidjan en Côte d'Ivoire le 18 janvier 1987. Il a ensuite été adopté par la seconde femme, suissesse, de son père. Passionné de foot, il a joué dans des équipes à Payerne et à Genève, avant de rejoindre en 2003 l’équipe d’Arsenal et de s’établir en Angleterre. A vingt et un ans, ce sportif qui a déjà entamé une carrière internationale, dit se sentir chez lui lorsqu’il est en Angleterre, en Suisse ou en Côte d'Ivoire (TJ 19:30 de la TSR du 7 avril 2008, Semaine de l'intégration).

Johan Djourou n’est pas un cas isolé, ni une exception. A l’ère de la mobilité, on peut être amené en l’espace d’une vie à changer plusieurs fois de pays d’attache pour des raisons estudiantines, professionnelles, politiques, économiques, amoureuses, ou par simple envie d’aller voir ailleurs.

Il s’agit d’expériences enrichissantes, mais aussi d’épreuves douloureuses, de « déchirures » provoquées par l’oscillation, selon l’humeur, entre le sentiment d’appartenir à plusieurs cultures et celui de n’appartenir à aucune. Je suis bien (dé)placé pour l’affirmer.

Mais que devrait-on considérer les Djourou de plus en plus nombreux ? Des apatrides ou des personnes à patrie plurielle et à citoyenneté multiple ? Que devrait-ton leur octroyer comme document de voyage ? Plusieurs passeports, un seul marqué de plusieurs drapeaux, ou rien du tout pour les punir de leur infidélité, leur amour partagé et leur « polypatrie » ?

Il est clair que des notions telles que « étranger », « nationalité », « naturalisation » ne sont plus opératoires dans un monde en mutation rapide ; des concepts plus adaptés doivent être pensés tenant compte de l’ensemble des identifiants nouveaux d’un individu qui vit au XXIème siècle dans un environnement de plus en plus mondialisé.

C’est le sens de ma dernière note « Passport for Aliens » et des extraits rapportés du Magazine Horizons du Fonds national suisse de la recherche scientifique. Le but des recherches menées était de savoir pourquoi les « étrangers » de Suisse « sont politiquement invisibles ». Il ne s’agissait nullement de vouloir pointer du doigt un pays qui serait particulièrement xénophobe. La xénophobie n’est pas l’exclusivité d’une communauté. Elle se manifeste chez tous les peuples et dans toutes les cultures. C’est une attitude issue du sentiment de peur, lui-même amplifié par la sensation d’obscurité. Et quelle pire obscurité que celle de l’ignorance ?

Abbas Aroua
8 avril 2008


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08/12/2007

Finkielkraut et le trouble à l'ordre public


Presque tout le monde connaît Alain Finkielkraut et son engagement pour toutes les victimes de « l'intégrisme islamique » qui veut « assassiner la liberté ».

En 2002, il défendait Oriana Fallaci sur les colonnes du Point (N°1549, 24/05/2002), à propos de son pamphlet La rage et l'orgueil. Dans un article intitulé « Fallaci tente de regarder la réalité en face » il s’étonnait que : « Nous vivons ce moment étrange de notre histoire où, pour être vertueux, pour être moral, pour être un type bien, il faut faire en sorte que la vérité n'affleure jamais ». Et d’ajouter : « Oriana Fallaci a l'insigne mérite de ne pas se laisser intimider par le mensonge vertueux. Elle met les pieds dans le plat, elle s'efforce de regarder la réalité en face. Elle refuse le narcissisme pénitentiel qui rend l'Occident coupable de ce dont il est victime. »

Dans le quotidien Libération du 9 février 2006, il écrivait au sujet de la crise des caricatures danoises, sous le titre provocateur « Fanatiques sans frontières : les intégristes islamistes sont des ennemis redoutables » :

« Quels sont les premiers responsables de cette crise ? "Les dessinateurs et les journalistes qui n'ont pas su tempérer l'exercice de la liberté d'expression par le respect des croyances", disent maintenant la plupart des chefs de gouvernement occidentaux et, avec eux, nombre d'intellectuels. Ces sages oublient que le respect des croyances et la liberté d'expression sont les deux faces d'une même médaille. Ceux qui combattent la liberté d'expression au nom du respect de leur croyance, méprisent les croyances des autres et le font très ostensiblement savoir. […] L'image qui a mis le feu aux poudres représente Mahomet coiffé d'un turban en forme de bombe. Image injurieuse, nous dit-on. Lien blessant, lien offensant, lien diffamatoire entre le Prophète et le terrorisme. Sans doute. Mais ce lien, ce ne sont pas les caricaturistes danois qui l'ont établi, ce sont les jihadistes. […] Il ne suffit pas, pour vivre dans un monde pacifique, ni même d'ailleurs pour avoir la paix, d'abjurer tout esprit de conquête, de confesser ses crimes et de proclamer urbi et orbi qu'on n'a pas d'ennemis. La preuve : nous faisons ardemment tout cela et force est de reconnaître que, malgré nos efforts, nous avons des ennemis déterminés et redoutables. »

Dans les colonnes du Figaro du 27 novembre 2006, sous le titre « L'affaire Redeker et la blessure de la liberté », il écrivait :

« La France était le pays de Voltaire écrasant l'Infâme. Elle n'était heureusement pas que cela, mais elle était cela aussi. Ces dernières semaines, je me suis anxieusement demandé si la France ne devenait pas le pays où l'Infâme pouvait écraser Voltaire, comme si de rien n'était ou, du moins, avec des circonstances très, très atténuantes. […] Tout le monde ou presque a répété que la liberté d'expression était un droit imprescriptible, mais le premier réflexe du ministre de l'Éducation nationale, bientôt relayé par son collègue de la culture, a été de rappeler à ce fonctionnaire effervescent son devoir de réserve. Tandis que la Ligue des droits de l'homme jugeait ses idées "nauséabondes", que Le Canard enchaîné se déchaînait contre lui et que l'islamologue Olivier Roy écrivait dans la revue Esprit qu' "on ne peut pas distinguer un mauvais racisme (l'antisémitisme de Dieudonné) d'un bon comme serait celui de Redecker", et surenchérissait en déclarant au journal Libération que "ceux qui s'amusent délibérément à chatouiller la fatwa" ne doivent pas s'étonner des réactions suscitées par leur provocation débile. Quant au journaliste et romancier Gilles Martin-Chauffier, il a lâché la bride au dégoût et écrit ceci : "Il faut être d'une malhonnêteté intellectuelle stupéfiante pour signer une chronique aussi haineuse que celle de Robert Redecker. Et c'est cracher à la figure de la liberté de pensée que de prendre la défense de ce simplet qui ne songe qu'à acquérir la notoriété ouvrant la porte des grands éditeurs." Afin de ne pas jeter de l'huile sur le feu, on a jeté, à pleines poignées, le discrédit sur le fauteur de troubles. Moins d'un an après l'affaire des caricatures, on n'a rien trouvé de mieux, de tous côtés, que de lui faire grief d'être caricatural. Il est donc temps et plus que temps de libérer le oui à Redecker du mais qui l'entrave, qui l'étouffe et qui finalement le bâillonne. Si nous ne voulons ne pas laisser s'instaurer dans l'espace public le règne de l'autocensure, notre soutien doit être inconditionnel. Il n'y a pas de mais qui tienne, car ce mais conduirait demain à expurger les librairies et les bibliothèques d'œuvres aussi islamiquement incorrectes que Jusqu'au bout de la foi de Naipaul ou Tristes Tropiques de Levi-Strauss. »

Et de conclure enfin :

« Et puis, on l'oublie trop souvent : la liberté d'expression n'est pas une sinécure. Ce droit de l'homme n'est pas seulement mon droit. L'homme, c'est moi, mais ce n'est pas que moi. L'homme, c'est aussi les autres hommes et leur droit insupportable de dire des choses que je n'ai pas envie d'entendre, des choses qui m'énervent, qui m'effraient, qui me blessent, qui m'accablent, qui m'écorchent vif, qui me font mal. Dans une société ouverte, aucune conviction n'est souveraine, ce qui fait qu'elles sont toutes en colère. "Ma liberté n'a pas le dernier mot, je ne suis pas seul", écrit Emmanuel Lévinas. Voilà sans doute pourquoi la liberté d'expression est si fragile. Il y a des gens qui ont envie d'être seuls ou, plus exactement, d'être seuls à être. Il nous incombe d'inhiber ce désir, de le vaincre en nous et hors de nous. C'est visiblement une question de vie ou de mort. »

Jusque là, Alain Finkielkraut a toujours été conséquent et cohérent. Or, récemment, j’ai écouté par hasard une partie de l’émission « Le zapping de France Inter » (10 novembre 2007), où il était l’invité ; il commentait l'interdiction faite à Bertrand Cantat à sa libération, « de publier un livre, d'écrire une chanson ou d'intervenir publiquement de quelque façon que ce soit sur le crime qu'il a commis », de façon quelque peu surprenante.

Voici un extrait de son intervention :

« Je trouve que ce moment devrait être gardé, édité, éternisé. C'est un moment monstrueux. Je dis bien absolument monstrueux. On en vient au nom de la liberté d'expression à revendiquer la barbarie pure ; il ne devrait pas y avoir besoin de loi pour interdire à Cantat d'écrire une chanson sur la mort de Marie Trintignant. Et je lui ai fait assez de crédit, pour penser que quand bien même il n'y aurait pas eu de loi, il ne l'aurait pas fait. Parce que cet homme est atteint par l'acte qu'il a commis. Non il n'est pas ce frappeur d'enfants, cet homme violent qu'on a voulu représenter ; son cas est singulier. Il n'empêche, il a tué, accidentellement ou non, une femme qu'il aimait. Et je ne pense pas qu'il aurait en tête de blesser sa mère, ses proches, ses enfants, en écrivant une chanson sur ces faits. »

Le présentateur l’interpelle alors : « Monsieur Finkielkraut, si vous me le permettez, revenons au principe même de l'interdiction et de la censure, est-ce qu'il n'y a pas une contre productivité ; on est dans le bovarysme total, et… ? » Mais il est vite interrompu par Finkielkraut :

« Non, la censure c'est la civilisation même. Quand-même, on ne peut pas mettre à égalité le vrai et le faux ! La censure c'est le droit. Le droit fixe des limites. Je pense que normalement la civilisation doit fixer des limites. Si on est à ce point obnubilé par la liberté d'expression, et qu'on ait besoin du droit, alors vive le droit ! Mais penser que c'est une nouveauté, et qu'un avocat ose dire que c'est une nouveauté, je ne sais pas quel est ce chroniqueur, il a le droit d'ignorer tout du droit et d'ignorer tout de la civilisation, tout de même quand on libère quelqu'un qui a tué quelqu'un d'autre dans le pays où cette personne a été tuée, eh bien on veut tout simplement que cette libération ne soit pas un trouble à l'ordre public. Et ça existe dans le droit. Un trouble à l'ordre public ça veut dire que si moi j'écris ceci ou cela sur Marie Trintignant, je vais blesser sa mère, je vais blesser ses anciens maris, je vais meurtrir ses enfants, c'est un trouble à l'ordre public, ce trouble ne doit pas avoir lieu. Et je le répète, il n'y a aucun rapport entre ce que ressent Cantat et ceux qui en son nom demandent qu'il n'y ait aucune limite, demandent une espèce de "lâcher tout" qui est la barbarie même. »

Résumons :

1) Lorsqu’Alain Finkielkraut est face à des propos qui heurtent la sensibilité de plus d’un milliard d’êtres humains, dont plusieurs millions en France, il affirme que :

- Nous vivons ce moment étrange de notre histoire où, pour être vertueux, pour être moral, pour être un type bien, il faut faire en sorte que la vérité n'affleure jamais.
- Oriana Fallaci a l'insigne mérite de ne pas se laisser intimider par le mensonge vertueux.
- Ceux qui combattent la liberté d'expression au nom du respect de leur croyance, méprisent les croyances des autres.
- Il ne suffit pas, pour vivre dans un monde pacifique d'abjurer tout esprit de conquête, de confesser ses crimes et de proclamer urbi et orbi qu'on n'a pas d'ennemis.
- Je me suis anxieusement demandé si la France ne devenait pas le pays où l'Infâme pouvait écraser Voltaire.
- Si nous ne voulons ne pas laisser s'instaurer dans l'espace public le règne de l'autocensure, notre soutien [à Redeker] doit être inconditionnel. Il n'y a pas de mais qui tienne.
- La liberté d'expression n'est pas une sinécure. Ce droit de l'homme n'est pas seulement mon droit. L'homme, c'est moi, mais ce n'est pas que moi. L'homme, c'est aussi les autres hommes et leur droit insupportable de dire des choses que je n'ai pas envie d'entendre, des choses qui m'énervent, qui m'effraient, qui me blessent, qui m'accablent, qui m'écorchent vif, qui me font mal.
- Dans une société ouverte, aucune conviction n'est souveraine.
- "Ma liberté n'a pas le dernier mot, je ne suis pas seul", écrit Emmanuel Lévinas. Voilà sans doute pourquoi la liberté d'expression est si fragile. Il y a des gens qui ont envie d'être seuls ou, plus exactement, d'être seuls à être. Il nous incombe d'inhiber ce désir, de le vaincre en nous et hors de nous. C'est visiblement une question de vie ou de mort.

2) Mais lorsqu’Alain Finkielkraut est face à des paroles qui risquent de heurter la sensibilité de quelques êtres humains, il affirme plutôt que :

- On en vient au nom de la liberté d'expression à revendiquer la barbarie pure.
- L'espèce de "lâcher tout" qui est la barbarie même.
- On ne peut pas mettre à égalité le vrai et le faux.
- La censure c'est la civilisation même.
- La censure c'est le droit.
- Normalement la civilisation doit fixer des limites. Si on est à ce point obnubilé par la liberté d'expression, et qu'on ait besoin du droit, alors vive le droit !
- Un trouble à l'ordre public ça veut dire que si moi j'écris ceci ou cela sur Marie Trintignant, je vais blesser sa mère, je vais blesser ses anciens maris, je vais meurtrir ses enfants, c'est un trouble à l'ordre public, ce trouble ne doit pas avoir lieu.

Conclusion : Ou bien, Alain Finkielkraut a évolué dans sa réflexion sur les limites de la liberté d’expression ; après tout, on a le droit de changer. Ou bien, il a une drôle de façon de concevoir le trouble à l'ordre public.

Abbas Aroua
8 décembre 2007

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28/10/2007

La reine des connaissances


Les mathématiques sont définies par wikipédia comme étant le "domaine de connaissance construit par des raisonnements hypothético-déductifs, ou par l'absurde, relativement à des concepts tels que les nombres, les figures, les structures et les changements". Il faut rappeler qu'une structure est l'ensemble d’éléments et ensemble de relations entre les éléments. Les mathématiques couvrent des domaines variés axés sur le concept de la régularité. On peut citer :

- l’arithmétique qui étudie la régularité des nombres ;
- la géométrie qui étudie la régularité des formes ;
- le calcul qui étudie la régularité du changement ;
- la logique qui étudie la régularité de la pensée ;
- les probabilités qui étudient la régularité du hasard ;
- la topologie qui étudie la régularité de la proximité et de la position ;
- l’algèbre qui étudie la régularité des régularités ;
- le chaos qui étudie la régularité de la non-régularité.

Les deux premiers domaines, statiques, ont été longtemps – et le sont encore souvent – dominants dans les systèmes éducatifs, qui form(ai)ent les citoyens à compter et à mesurer leurs biens.

Il est vrai que les mathématiques, par leur capacité d’abstraction, fournissent un outillage intellectuel solide pour maitriser toutes les sciences et les techniques et pour aborder la plupart des activités humaines de la physique et l'astronomie jusqu’à l’analyse financière et la musique.

Mais on peut se demander s'il est valable d’appliquer cette discipline, où la contradiction n’est pas admise, à des branches de la connaissance qui traitent d’une réalité souvent chargée de contradictions comme les sciences humaines.

C’était en tout cas mon questionnement avant de participer il y a quelques semaines à un atelier en Norvège sur le thème de « Mathématiques de, par et pour la paix » où j’ai pu avoir, entre montagnes et fjords, un aperçu limpide sur l’application des mathématiques aux études de la paix.

J’ai été enchanté d’assister à des présentations sur les théories des nombres, des ensembles, des graphes, des relations, des matrices, des jeux, des systèmes, du changement, du chaos, de la catastrophe, etc. appliquées à la paix et au conflit, ces deux concepts étant par définition des relations.

Décidément, Carl Friedrich Gauss avait raison d’appeler les mathématiques « reine des connaissances ».

Abbas Aroua
28 octobre 2007

10:43 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)

01/10/2007

Cheikh Mahmoud Bouzouzou n’est plus


Nous disons adieu à un père et un frère qui nous est cher. Un instructeur et un guide qui nous quitte. Nous saluons Cheikh Mahmoud Bouzouzou qui a rendu l’âme à l'Hôpital cantonal de Genève ce jeudi 27 septembre 2007 en début d’après midi, au milieu du mois du Ramadhan.

Cheikh Bouzouzou est né le 22 février 1918 à Bejaïa, une ville algérienne de science dont il était fier et n’a cessé d’avoir la nostalgie. Il a d’ailleurs choisi d’être inhumé en son sein. Il a passé une partie de sa jeunesse à Constantine sous l’œil attentif de cheikh Abdelhamid Benbadis et en compagnie d’autres membres de l’Association des Oulémas algériens. Après avoir terminé ses études, il s’est consacré à l’enseignement dans une Algérie que l’occupant français voulait noyer dans l’analphabétisme. Il a ainsi contribué à la fondation de mosquées et d’écoles privées pour enseigner l’arabe, langue combattue à l’époque coloniale.  

Il était l’un des pionniers du Mouvement des scouts musulmans algériens au milieu des années 1940. En tant que Guide Général il a contribué à la formation de toute une génération de militants de la cause nationale, dont certains ont été les initiateurs de la Révolution algérienne, et dont la plupart l’ont rejointe, beaucoup d’entre eux y ont d’ailleurs trouvé le martyre. Il était aussi l’un des pionniers du journalisme algérien engagé à travers ses écrits dans « al-Bassaïr » et « al-Manar ». Cette dernière publication qu’il dirigeait était au début des années 1950 une tribune remarquable dans la lutte contre l’occupation française et le dévoilement de crimes coloniaux, notamment les massacres de mai 1945. « al-Manar » était un outil efficace de conscientisation politique.

Cheikh Bouzouzou était incontestablement l’un des pionniers du Mouvement national algérien, appelant à l’unification de ses diverses composantes. Les autorités coloniales le considéraient d’ailleurs comme l’un des pères spirituels de la Guerre de libération nationale et le classaient comme « un dangereux élément subversif ». C’est ce que révèlent les notes des services de renseignement français découvertes dans les archives françaises récemment déclassées. Ses positions nationalistes lui ont valu beaucoup d’ennuis : la prison et la torture, puis l’expatriation. Il s’est exilé d’abord au Maroc, ensuite en Europe, où il s’est rendu dans plusieurs villes avant de s’établir à Genève.

A Genève, il s’est dédié au service de la communauté musulmane, à l’enseignement de la langue arabe et à la présentation de la religion et la civilisation islamiques. Il a été l’un des fondateurs du Centre islamique en 1961 et a contribué à la constitution de la Fondation culturelle islamique en 1975. Il a occupé dans ces deux institutions la fonction d’imam. Il a aussi été membre du Conseil de la Fondation Cordoue dont il a bien voulu héberger son premier siège chez lui. Il a été professeur de langue arabe pendant une vingtaine d’années à l’Ecole d’interprétariat de Genève et à l’ONU. Il accordait une attention toute particulière aux jeunes. Il les accueillait dans son bureau ou à son domicile. Il les écoutait et leur prodiguait des conseils. Il veillait à leur conscientisation.

Cheikh Bouzouzou était adepte du juste milieu et détestait les positions extrêmes. Il était sage dans ses rapports avec les autres. Sa conduite exemplaire et ses qualités humaines étaient la meilleure carte de visite qu’il pouvait offrir de l’islam. Il s’est distingué par une vaste culture et une ouverture à l’Autre. En est preuve sa bibliothèque offerte à la ville de Genève qui contient des milliers de volumes en diverses langues couvrant les sciences de la religion, les lettres, les arts, l’histoire, la philosophie, le droit et les sciences politiques, économiques et sociales. Ce que je retiendrai de Cheikh Bouzouzou en particulier, c’est l’importance qu’il accordait à la science et à l’action. La science utile intimement liée à l’action bénéfique, ainsi que son amour pour le livre.

Dans sa dernière intervention dans les médias, l’année passée, à l’occasion de « l’Affaire des caricatures », il déclarait que « cette crise révèle deux fléaux qui menacent l’humanité : l’injustice envers l’Autre et l’ignorance de l’Autre » et affirmait que « la sagesse commande de rappeler et de souligner que nos différences constituent un trésor nous offrant la chance unique de nous enrichir mutuellement. Et par là, de construire des ponts en vue de nous rapprocher les uns des autres », avant de conclure qu’ « il est du devoir de chacun de nous, quelles que soient nos convictions, de faire l’effort nécessaire non seulement de connaître l’Autre, mais aussi de le reconnaître et de lui faire justice en toutes circonstances. »

Avec le décès de Cheikh Bouzouzou, l’Algérie perd l’un de ses enfants qui n’ont cessé d’œuvrer pour son indépendance et son émancipation, Genève perd une voix de sagesse qui avait l’éminente capacité d’apaiser et de concilier.


Scheich Mahmoud Bouzouzou ist verschieden

Wir verabschieden uns heute von einem Vater, von einem Bruder, einem von uns geliebten Menschen. Einem Wegweiser und Begleiter, der uns verlässt. Wir loben Scheich Mahmoud Bouzouzou, dessen Seele an diesem Donnerstag, den 27. September 2007, am frühen Nachmittag, mitten im Monat Ramadhan, verschieden ist.

Scheich Bouzouzou wurde am 22. Februar 1918 in Bejaïa geboren, einer algerische Stadt der Wissenschaft, auf die er sehr stolz war und nach der er sich unaufhörlich sehnte. Er hat im Übrigen gewählt dort beigesetzt zu werden. Einen Teil seiner Jugend verbrachte er in Constantine, unter der sorgfältigen Aufsicht von Scheich Abdelhamid Benbadis, in Begleitung von anderen Mitgliedern der algerischen Association des Oulémas.[1] Nach seinem Studium widmete er sich, in einem Algerien, das durch den französischen Besatzer im Analphabetismus versinken sollte, dem Lehramt. Er hat zur Gründung von Moscheen beigetragen und von Privatschulen, die Arabisch lehrten, die Sprache, die während der Kolonialzeit bekämpft wurde.

Mitte der vierziger Jahre war er einer der Pioniere vom Muslimischen Algerischen Pfadfinderverband. Als Generalleiter hat er zur Ausbildung einer ganzen Generation von aktiven Mitgliedern der «cause nationale» beigetragen, von denen einige Initiatoren der algerischen Revolution gewesen waren und deren Mehrheit sich ihr angeschlossen hat. Viele unter ihnen wurden zu Märtyrern. Er war auch durch seine Texte in "al-Bassaïr" und "al-Manar", einer der Pioniere des engagierten, algerischen Journalismus. Die Publikation "al-Manar", die er leitete, war Anfang der fünfziger Jahre eine bemerkenswerte Tribüne für die Bekämpfung der französischen Besatzung und der Bekanntmachung der Kolonialverbrechen, besonders über die Massaker vom Mai 1945. "Al-Manar" war ein kompetentes Instrument politischer Bewusstseinsbildung.

Scheich Bouzouzou war unumstritten einer der Pioniere der Algerischen Nationalbewegung, die zur Vereinigung ihrer unterschiedlichen Strömungen aufrief. Die Kolonialbehörden betrachteten ihn im Übrigen als einen der geistigen Vorbilder des nationalen Befreiungskrieges und stuften ihn als «ein gefährliches, subversives Element» ein. Das enthüllen die vor kurzem gefundenen Notizen der französischen Geheimdienste, in den französischen Archiven. Wegen seinen nationalistischen Standpunkten hatte er viele Probleme: Gefängnis und Folter, dann das Exil. Er emigrierte zuerst nach Marokko, dann nach Europa, wo er sich in mehreren Städten aufhielt, bevor er sich in Genf niederließ.

In Genf widmete er sich der muslimischen Gemeinschaft, der Lehre der arabischen Sprache, so wie der Darstellung der islamischen Religion und Zivilisation. Er war, im Jahre 1961, einer der Gründer des Islamischen Zentrums und hat, im Jahre 1975, zur Bildung der Fondation culturelle islamique [2] beigetragen. In beiden Institutionen hatte er das Amt des Imams. Er war auch Ratsmitglied der Fondation Cordoue, deren ersten Sitz er bei sich beherbergte. Er war zwanzig Jahre lang Professor für Arabisch an der Dolmetscherschule der Universität Genf und bei der UNO. Den Jugendlichen schenkte er ganz besondere Beachtung. Er empfing sie in seinem Büro oder in seinem Wohnsitz. Er hörte ihnen zu und überhäufte sie mit Ratschlägen. Er achtete auf ihre Bewusstseinsbildung.

Scheich Bouzouzou war ein Anhänger der Bewahrung des Mittelmaßes, er verabscheute Extrempositionen. Er war weise in seinen Beziehungen mit Anderen. Sein beispielhaftes Verhalten und seine menschlichen Eigenschaften waren die beste Visitenkarte, die er vom Islam zeigen konnte. Er besaß ein umfassendes Kulturverständnis und zeichnete sich durch die Öffnung gegenüber dem Anderen aus. Der Beweis dafür ist seine Bibliothek mit tausenden von Büchern in mehreren Sprachen über Religionswissenschaft, Geisteswissenschaft, Kunst, Geschichte, Philosophie, Jura, Politologie, Wirtschafts- und Sozialwissenschaften, die er der Stadt Genf vermachte. Was ich von Scheich Bouzouzou besonders im Gedächtnis behalten werde, ist die Bedeutung, die er der Wissenschaft und der Tat beimaß. Die nützliche Wissenschaft, die sehr eng mit der guten Tat verbunden ist, sowie seine Liebe zu dem Buch.

In seinem letzten Beitrag in den Medien, im vergangenen Jahr, erklärte er anlässlich « der Affäre der Karikaturen », dass « diese Krise zwei Plagen enthüllt, die die Menschheit bedrohen: Ungerechtigkeit gegenüber dem Anderen und Ignoranz über den Anderen » und er betonte, dass « die Weisheit anordnet daran zu erinnern und zu unterstreichen, dass unsere Unterschiede einen Reichtum bilden, der uns die einmalige Chance anbietet uns gegenseitig zu bereichern und so mit Brücken zu bauen, die uns einander nähern » bevor er schlussfolgernd sagte, dass « es die Pflicht von jedem von uns ist, ungeachtet unserer Überzeugungen, die nötige Bemühung zu unternehmen, um nicht nur den Anderen kennen zu lernen, sondern um ihn auch anzuerkennen und ihm unter allen Umständen Gerechtigkeit widerfahren zu lassen. »

Mit dem Ableben von Scheich Bouzouzou verliert Algerien eines seiner Kinder, die nie ihre Bemühungen für die Unabhängigkeit und die Emanzipation von Algerien eingestellt haben. Genf verliert eine Stimme der Weisheit, die das hervorragende Vermögen hatte, zu schlichten und zu versöhnen.

Fußnoten :
[1] Association des Oulémas : Vereinigung der Ulama / Vereinigung der Gelehrten
[2] Fondation culturelle islamique / Kulturelle Islamische Stiftung in Genf

Übersetzung aus dem Französischen :
Monica Hostettler



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23/07/2007

Peuple turc, sois intelligent !


Parmi les règles élémentaires de la communication courtoise, respectueuse de l’interlocuteur, il y en a une qui recommande en cas de malentendu, de dire « je n’ai pas entendu » ceci ou cela, au lieu de dire « vous n’avez pas dit » ceci ou cela. Car après tout, comme le notait un ami, celui qui parle est responsable de ce qu’il dit, et celui qui écoute est responsable de ce qu’il entend.

Il y a une autre règle de base qui recommande, toujours en cas de malentendu, de dire « je me suis peut-être mal exprimé » au lieu de dire « vous ne m’avez pas compris », et ce, bien entendu, pour ne pas heurter la sensibilité de l’interlocuteur en faisant douter de ses capacités cognitives.

Or, certains non seulement ne respectent pas cette dernière règle mais utilisent un ton insultant en rétorquant à l’Autre : « Vous êtes décevant, car vous ne disposez pas d’assez d’intelligence pour me comprendre ».

C’est exactement de cette façon que s’est exprimée ce matin une militante du parti turc CHP de centre gauche, sur l’antenne d’Euronews. Commentant les résultats des élections législatives de la veille, gagnées par l’AKP, elle a affirmé que : « Pour moi, ce résultat est une déception. Je pensais que le peuple serait plus intelligent ; nous n’en sommes pas encore là. Ce n’est pas bon pour la Turquie. » Et une autre militante du MHP ultranationaliste d’ajouter d’un ton amer : « Le pays a bien mérité ce qui lui arrive ! »

On a le droit de ne pas voter pour l’AKP. On a le droit de le détester, de le combattre politiquement. On a le droit d’être triste à perdre une élection. Mais a-t-on le droit d’insulter l’intelligence de tout un peuple – c'est-à-dire 80 millions d’êtres humains – parce qu’on a été incapable de le convaincre de faire un autre choix ?

Dans la presse de ce matin, certains analystes politiques prévoient l’intervention prochaine de l’Armée et des syndicats pour « faire face » à la victoire de l’AKP. Peut-être que les hiérarchies militaire et syndicale ont effectivement des projets au point, pour distiller leur « intelligence » au peuple turc. Je dis bien hiérarchies, car la base de ces institutions est formée d’enfants du peuple turc, et il n’y a pas de raisons pour que son choix politique diffère de celui de la population générale.

Si les galonnés turcs venaient à s’aventurer sur le terrain politique, ce serait une grave erreur qui coûterait cher à la Turquie. Et je dis cela en me basant sur un cas semblable dans l’histoire récente du monde musulman : celui de l’Algérie.

Il y a quinze ans, il y eu dans ce pays du Maghreb des élections législatives libres et transparentes. Elles ont donné une forte majorité au FIS, un parti de la même orientation idéologique que l’AKP. Entre les deux tours, le chef d’un parti algérien dit « pour la Démocratie » a commenté les résultats par une expression devenue célèbre : « Je me suis trompé de peuple. » Les socialistes algériens ont sorti leurs troupes à la rue pour prévenir contre le danger que représentent les « intégristes » pour l’Algérie, des intellos nourris par le pouvoir et des barons de la centrale syndicale se sont rassemblés pour la sauvegarde de la république. La hiérarchie militaire a répondu présente pour « faire barrage au péril vert ». Le second tour des élections n’aura pas lieu.

Cet acte a-t-il sauvé l’Algérie ? Hélas non. Ce fut la « première violence » qui allait ouvrir les portes de l’enfer de la violence et de la contre-violence qui durera plus d’une décennie et dont le bilan, je ne me lasserai pas de le réitérer – la répétition ayant des vertus pédagogiques –, est de près d’un quart de million de victimes, des dizaines de milliers de torturés, des milliers de disparus, des centaines de milliers de déplacés et d’exilés et des dizaines de milliards de dollars de dégâts matériels.

Abbas Aroua
23 juillet 2007
 
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Türkisches Volk ! Seid intelligent !

Unter den Basisregeln der taktvollen Verständigung, die den Gesprächspartner achten, gibt es eine, die im Falle eines Missverständnisses empfiehlt zu sagen « ich habe nichts gehört » anstatt zu sagen « Sie haben nichts gesagt ». Wie es ein Freund feststellte, ist letztendlich derjenige, der redet, verantwortlich für das, was er sagt und derjenige der zuhört, ist verantwortlich für das, was er hört.

Es gibt eine andere Regel, die im Falle eines Missverständnisses empfiehlt zu sagen « ich habe mich vielleicht schlecht ausgedrückt » anstatt zu sagen « Sie haben mich nicht verstanden», selbstverständlich um nicht die Empfindlichkeit des Gesprächspartners zu verletzen, indem man an seinen kognitiven Möglichkeiten zweifelt.

Einige respektieren diese Regeln nicht und sie verwenden dazu noch einen beleidigenden Ton, indem sie dem Anderen erwidern: « Sie sind enttäuschend, denn Sie verfügen nicht über genug Intelligenz, um mich zu verstehen ».

Auf diese Art und Weise hat sich heute Morgen ein den Interessen des Militärs unterstehendes Mitglied der türkischen Partei CHP [1] in der Sendung von Euronews geäußert. Sie kommentierte die Ergebnisse der Parlamentswahlen vom Vorabend, die von der AKP [2] gewonnen wurden und behauptete: « Für mich ist dieses Ergebnis eine Enttäuschung. Ich dachte, dass das Volk intelligenter sei, so weit sind wir aber noch nicht. Das ist nicht gut für die Türkei.» Und eine andere der MHP [3] fügte in einem bitteren Ton hinzu: « Das Land hat wohl verdient, was auf es zukommt!»

Man hat das Recht, nicht für die AKP zu stimmen. Man hat das Recht, die AKP nicht zu bevorzugen und sie politisch zu bekämpfen. Man hat das Recht unglücklich zu sein, wenn man eine Wahl verliert. Aber hat man das Recht die Intelligenz eines ganzen Volkes zu beleidigen - das heißt von 80 Millionen Menschen - weil man unfähig gewesen ist, dieses Volk zu überzeugen eine andere Wahl zu treffen?

In der heutigen Presse ahnen einige politische Analytiker die baldige Intervention der Armee und der Gewerkschaften, um den Sieg der AKP « zu bewältigen ». Vielleicht haben die Militär- und Gewerkschaftshierarchien tatsächlich Projekte parat um ihre « Intelligenz » dem türkischen Volk einzutröpfeln. Ich sage allerdings Hierarchien, denn die Basis dieser Einrichtungen besteht aus den Kindern des türkischen Volkes und es gibt keine Gründe zu glauben, dass ihre politische Wahl sich von der allgemeinen Bevölkerung unterscheidet.

Wenn die türkischen Betressten sich auf die politische Ebene wagen würden, wäre es ein schwerwiegender Fehler, der der Türkei viel kosten würde. Und ich sage es, weil ich mich auf einen ähnlichen Fall in der jüngsten Geschichte der muslimischen Welt, beziehe: auf den von Algerien.

Vor fünfzehn Jahre haben in diesem Maghrebland freie und transparente Parlamentswahlen stattgefunden. Die FIS, eine Partei derselben ideologischen Orientierung wie der AKP, erhielt die große Mehrheit. Der Leiter einer algerischen Partei « für die Demokratie» hat, zwischen den zwei Wahlgängen, die Ergebnisse mit dem berühmt gewordenen Ausdruck kommentiert: « Ich habe mich wohl im Volk getäuscht. » Die algerischen Sozialisten haben ihre Truppen auf die Strasse gerufen, um vor den « Integristen » zu warnen, die eine Gefahr für Algerien verkörpern. Die von der Macht ernährten Intellektuellen und die Freiherren der Zentralgewerkschaften haben sich für den Schutz der Republik versammelt. Die Militärhierarchie war sofort anwesend, um « der grünen Gefahr den Weg zu sperren ». Der zweite Wahlgang fand nicht statt.

Hat dieser Akt Algerien gerettet? Leider nicht. Es war der « erste Akt der Gewalttat », die die Türen zur Hölle der Gewalt und der Gegengewalt öffnete, die mehr als ein Jahrzehnt andauern wird und deren Bilanz ungefähr eine viertelmillionen Opfer, zehntausende Gefolterte, tausende von Verschwundenen, hunderttausende Zwangsvertriebene und im Exil lebende Personen, sowie mehrere Milliarden Dollar Sachschäden ist.

Da Wiederholung eine pädagogische Wirkung hat, werde ich nie ermüden, es immer und immer wieder zu wiederholen.
 
Abbas Aroua
23. Juli 2007
 
[1] CHP - Republikanische Volkspartei – ultrakemalistisch, linksnationalistisch (Cumhuriyet Halk Partisi)
[2] AKP - Gerechtigkeits- und Entwicklungspartei (Adalet ve Kalkınma Partisi)
[3] MHP - Nationalistische Aktionspartei - rechtsnationalistisch (Milliyetçi Hareket Partisi)

Übersetzung : Monica Hostettler

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11/07/2007

Halte à la culture de la facilité !



Dans son essai « poésie et culture apolitique » publié dans From Pages of Day and Night (Northwestern University Press, 2000), le poète syrien Adonis écrit : « La culture arabe a supprimé tout questionnement. Basée sur la Réponse, elle a institué une poésie qui ne peut dire que ce qui est connu, une poésie de l’explicite. Ainsi, la première difficulté à laquelle se trouve confrontée la poésie arabe réside, paradoxalement, dans la culture de la facilité. »

Je trouve que cette constatation ne s’applique pas uniquement à la poésie arabe, ou à la poésie tout court, mais touche divers aspects de la vie moderne : politique, économie, médias, art, etc. au point que l’on peut parler à juste titre d’une « culture de la facilité ». Une culture dans laquelle l’effort, la discipline, la rigueur, semblent être relégués au rang de l’archaïsme.

Depuis la plus tendre enfance, on inculque aux jeunes que le succès ne passe plus forcément par le dépassement. On les encourage à prendre un autre chemin qui y mène sans peine : celui du moindre effort. Pour certains pédagogues, l’éducation doit être avant tout divertissement ; demander à l’enfant d’apprendre par cœur les tables de multiplication ou de mémoriser un poème, relève, à leurs yeux, de la pédo-torture.

Dehors tout incite l’enfant à la facilité dans une société de l’abondance. Il n’a qu’à claquer des doigts et il a le dernier modèle de la poupée Barbie ou la version la plus récente de son jeu électronique préféré. En grandissant, il se trouve naturellement attiré par l’argent facile, la célébrité facile, le discours facile, le sexe facile. Ceci produit la génération de la « star-académisation » artistique, de la « sms-isation » linguistique, de la spéculation boursière, du « dopage » sportif et de la « people-isation » politique. Mais il y a en particulier deux domaines touchés par cette culture de la paresse que j’aimerais évoquer ici : la science et l’information.

Près de 2000 publications scientifiques sont produites par jour à travers le monde. Dans la montagne de papiers publiés chaque année, quelle est la fraction originale ? Combien valent plus que la quantité de bois sacrifiée pour les imprimer ? Très peu. C’est d’ailleurs le cas également de la production littéraire. La recherche ne rime plus avec innovation. Elle a été « castrée » depuis qu’elle a été formatée et « protocolée ».

Dans la majeure partie des cas, les chercheurs d’aujourd’hui savent au préalable ce qu’ils trouveront à l’issue de leur recherche. Les chefs de labos savent à l’avance le nombre de thèses qui seront défendues à la fin de l’année académique, puisqu’ils doivent en rendre compte, ou des comptes, à leurs sponsors. Dans les labos modernes, le souci de la rentabilité fait peu de place à l’imprévu et au suspense. Tout comme dans les autres domaines de l’activité économique, on doit produire le plus de résultats, le plus vite, au moindre coût. On évite donc les chemins incertains et les pistes risquées. A part les rares découvertes fortuites, le résultat d’un travail de recherche est minuté, comme un bébé, de sa conception à sa naissance.

Désormais la recherche se pratique « à la chaîne » ; chacun s’occupe dans son coin d’un petit détail. Dans ce « taylorisme scientifique » effréné, qui fait perdre la vue d’ensemble, l’intelligence humaine cède souvent la place à des logiciels détecteurs de corrélations. Certains chercheurs, notamment en sciences de la vie, se fient à des artifices mathématiques pour faire la recherche à leur place, comme l’outil statistique souvent mal compris et donc mal utilisé. Et l’on se retrouve dans des situations absurdes ou l’on apprend qu’une équipe scientifique a « prouvé », au moyen d’un « t » ou d’un « Chi-2 », que le paramètre X a un effet bénéfique sur le phénomène Y, et quelques semaines plus tard on découvre qu’une autre équipe scientifique a « démontré », par le même « t » ou « Chi-2 », tout le contraire.

Le monde de l’information souffre aussi de la culture du moindre effort. De plus en plus de journalistes ne réalisent pas des enquêtes pour apprendre, connaître, découvrir, vérifier, confronter, comparer, en vue de rédiger, mais semblent le faire pour rassembler des éléments factuels et remplir un canevas préalablement élaboré et pour étayer une thèse et des conclusions déjà établies. Ils recourent souvent aux solutions faciles qui consistent à « forcer la main » à un propos pour lui faire dire ce qui qu’il n’était pas censé exprimer, ou à instrumentaliser des faits afin de fabriquer une pseudo-réalité qui arrange leurs propres convictions et certitudes.

Combien de journalistes ont une conscience aigue de la nécessité de se libérer idéologiquement et intellectuellement si l’on se fixe comme quête la recherche de la vérité et sa transmission au plus grand nombre ? Combien se rendent compte que l’on ne croise pas la vérité sur les sentiers battus de la pensée dominante, mais qu’on la cherche ailleurs, et qu’on la rencontre souvent sur les pistes accidentées par la détresse humaine ? Combien savent que les meilleures plumes dans l’histoire du journalisme sont celles qui ont appris à « nager » à contre-courant, et que toute autre approche du journalisme ne produit qu’un élément de plus dans la masse de propagateurs de la pollution médiatique qui encombrent les rédactions à travers le monde et qui ne laissent à la fin aucune trace de leur passage ?

Je ne suis pas un adepte du « bonheur par la douleur », mais je constate que les œuvres qui ont marqué l’humanité, ont souvent été produites dans la souffrance créative. Et je crois, comme le pasteur canadien Eric Lanthier, qu’à défaut d’enfanter des êtres créatifs, « la culture du moindre effort produit des décrocheurs », qui jugent une œuvre non pas par sa valeur intrinsèque, mais par sa valeur marchande et surtout par l’accueil que lui réserve le public, mesuré par un audimat, par un facteur d’impact, ou par le résultat d’un sondage.

Le lecteur trouvera peut-être ce billet excessif et le jugera éventuellement comme caricatural, manquant une certaine profondeur d’analyse. Ne serait-ce pas là une preuve qu’aujourd’hui nul n’est à l’abri de la culture de la facilité ?

Abbas Aroua
11 juillet 2007

11:59 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3)

22/05/2007

Le minaret en Suisse : générateur de tension ou source de lumière


Le minaret soulève en Suisse un débat de plus en plus passionné. Cela fait plusieurs mois que je me retiens d’écrire au sujet de cet objet architectural qui orne la mosquée en pensant que la polémique qu’il suscite allait s’apaiser au bout d’un certain temps. Hélas ce n’est pas le cas. La semaine dernière des politiciens de la droite nationaliste ont lancé une initiative populaire fédérale « contre la construction de minarets ». J’estime donc utile de verser au débat quelques clarifications concernant les minarets.

Que d’interprétations ont été avancées sur la symbolique du minaret !

Ses défenseurs affirment qu’il symbolise le chiffre 1, faisant référence à l’unicité divine, ou qu’il a la forme de la lettre alif, première de l’alphabet arabe, soulignant la place du savoir dans la mosquée. D’autres y voient un indicateur qui pointe vers le Ciel et rappelle constamment la présence de l’Unique.

Ses détracteurs voient en lui un signe de puissance indiquant le caractère agressif de l’Islam ou un symbole phallique reflétant une culture patriarcale qui pérennise la soumission de la femme ; certains caricaturistes y voient même un missile pointé en direction de l’Occident.

Le Conseiller fédéral Christoph Blocher a jugé opportun d’intervenir dans le débat sur les minarets en les qualifiant, dans les colonnes du Matin Dimanche (6 mai 2007), de « signes de domination » et en s’interrogeant sur « leur place dans un pays chrétien comme la Suisse », en précisant toutefois que « la Confédération ne reconnaît aucune religion comme religion d'Etat. »

M. Blocher a raison de penser que le gigantisme et la surélévation excessive d’un ouvrage peut porter le message de puissance écrasante et de domination. Les historiens de l’architecture expliquent comment la taille imposante des édifices officiels dans les différentes civilisations, de l’Antiquité à l’ère moderne, a pour but d’impressionner l’individu et lui inculquer la soumission à l’ordre politique ou religieux. Cependant, M. Blocher se trompe manifestement en faisant une inférence concernant le minaret sans prendre la peine de s’informer sur son histoire et ses fonctions dans la cité.

Il convient de remarquer que le minaret n’existait pas dans les mosquées durant presque tout le premier siècle de l’Islam. Lorsque la construction de la première mosquée de l’histoire musulmane fut achevée à Médine, une discussion eut lieu entre le Prophète et ses compagnons sur le moyen de faire l’appel à la prière (adhaan). Plusieurs solutions furent suggérées, dont la cloche des chrétiens et la corne des juifs. C’est finalement la voix humaine qui fut adoptée. Bilal l’abyssin, fraichement affranchi de sa condition d’esclave, fut honoré en étant désigné par le Prophète pour prononcer le premier adhaan du toit de la mosquée. Ce fut le premier muezzin de l’Islam.

Les historiens datent l’apparition des premiers minarets à environ 80 ans après le décès du Prophète, notamment à Damas où régnait la dynastie omeyade. Les spécialistes de l’architecture islamique évoquent l’influence des églises byzantines de Syrie sur la conception des mosquées, le minaret étant le pendant du clocher. C’est peut-être pour cette raison que dans certaines régions du Monde arabe, notamment au Maghreb, le minaret est appelé saoumaa, un terme désignant aussi un ermitage ou couvent.

A l’origine, munis de torches, les premiers minarets servaient à l’éclairage des alentours des mosquées. Le terme Minaret vient en fait du mot arabe manaara, dérivé de nour (lumière), le minaret signifie donc littéralement phare. En outre, tel une tour de guet ou de crieur, le minaret offrait au muezzin une position avantageuse pour porter sa voix le plus loin possible dans des agglomérations urbaines de plus en plus étendues. Ainsi le minaret est aussi appelé en arabe mi’dhana : lieu de l’appel à la prière.

Il est évident qu’à l’apparition des hauts parleurs, le muezzin n’avait plus besoin de monter en haut du minaret. Ce dernier a perdu davantage de son utilité fonctionnelle avec le développement des réseaux d’éclairage urbain et les moyens techniques permettant au croyant d’être avisé du temps de la prière de manière très personnalisée (ordinateur, téléphone cellulaire, montre à quartz, etc.).

Cependant, le minaret garde toute sa dimension esthétique. Mince et élégant, intégré de façon harmonieuse dans les traditions architecturales locales du monde entier, loin d’inspirer un sentiment de domination, il est perçu comme une source de lumière à la fois physique et spirituelle. Il est associé à la prière ou salaat (de Sila) signifiant le lien permanent entre l’être humain et la Source de Lumière (an-Nour) qui est l’un des attributs du Créateur. C’est ce lien qui permet le ressourcement spirituel.

Les conflits générés par les projets de construction de mosquées en Suisse devraient être traités au niveau local dans un climat de confiance et de bon voisinage, loin de toute passion. La religion musulmane n’impose pas la présence d’un minaret dans une mosquée, ni encore moins sa taille ou sa forme. Ceux qui souhaitent édifier une mosquée avec minaret pourront concevoir l’architecture la plus appropriée et tenant bien entendu compte des impératifs urbanistiques et des souhaits de leurs voisins et concitoyens.

Si la laïcité ne permet pas, à juste titre, l’ingérence du culte dans les affaires de l’Etat, elle n’autorise pas davantage l’Etat de s’immiscer dans la gestion du culte dans ses moindres détails. Quant à ceux qui s’interrogent sur la place du minaret « dans un pays chrétien comme la Suisse », que dirons-nous alors si, par réciprocité, des pays musulmans en venaient à interdire les églises sur leurs sols, certaines d’entre elles étant par ailleurs des chefs d’œuvre architecturaux ?

Certains veulent hélas transformer un sujet banal en question de « sécurité nationale », à des fins souvent politiciennes. Par leurs attitudes et comportements irresponsables, ils excitent chez les non-musulmans l’instinct de peur et de rejet, et renforcent chez les musulmans le sentiment de déni et de frustration. Mesurent-ils seulement le risque qu’ils font encourir à l’harmonie sociale dans ce pays ? Quand prendront-ils conscience que ni la peur, ni la frustration n’est souhaitable si l’on a le souci de préserver un modèle de société fondé sur le respect, la cohésion, et la solidarité entre les citoyens ?

Abbas Aroua
 
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Das Minarett in der Schweiz: Konflikterzeuger oder Lichtquelle? 
 
Das Minarett ruft in der Schweiz eine immer leidenschaftlicher werdende Debatte hervor. Seit Monaten halte ich mich zurück über dieses Architekturobjekt, welches die Moschee schmückt, zu schreiben, da ich dachte, dass die Polemik, die es verursacht hat, sich nach einiger Zeit dämpfen würde. Leider ist dies nicht der Fall. Letzte Woche haben Rechtsaussen-Politiker eine eidgenössische Volksinitiative « Gegen den Bau von Minaretten » lanciert. Ich halte es also für nötig an der Debatte teilzunehmen und Einiges bezüglich der Minarette zu erläutern.

Welche Interpretationen doch über die Symbolik des Minaretts vorgebracht worden sind!

Seine Verteidiger behaupten, es würde die Ziffer 1 symbolisieren, das göttliche Einssein oder dass es auf die Form des Buchstaben alif verweist, der Erste im arabischen Alphabet, der den Platz des Wissens in der Moschee unterstreicht. Andere sehen darin einen Indikator, der stetig die Richtung des Himmels anzeigt und an die Anwesenheit des Einzigen erinnert.

Seine Gegner sehen in ihm ein Machtsymbol, welches den aggressiven Charakter des Islams darstellt oder ein Phallus-Symbol, welches eine patriarchalische Kultur widerspiegelt, die die Unterwerfung der Frau verewigt und einige Karikaturisten sehen im Minarett sogar eine Richtung Westen ragende Rakete.

Bundesrat Christoph Blocher hat es für nötig gehalten, in die Debatte über die Minarette einzugreifen, indem er die Minarette in der Westschweizer Sonntagszeitung Matin Dimanche (vom 6. Mai 2007) als ein “Zeichen von Beherrschung“ bewertete und er sich Gedanken mache “ob sie in einem christlichen Land wie der Schweiz einen Platz haben?” Allerdings erklärte er, dass ”der Bund keine Religion als Staatsreligion anerkennt.“

Herr Blocher denkt zu Recht, dass gigantische Ausmasse und extreme Erhöhung eines Bauwerkes die Botschaft von erdrückender Macht und Beherrschung überbringen kann. Die Architekturhistoriker erklären, dass die eindrucksvolle Höhe der offiziellen Gebäude in den verschiedenen Zivilisationen, vom Altertum bis zur modernen Ära, das Ziel hat, den Menschen zu beeindrucken und ihm die Unterwerfung zur politischen oder religiösen Macht einzuschärfen. Herr Blocher täuscht sich jedoch ganz offensichtlich, wenn er diese Folgerung im Bezug auf das Minarett zieht, ohne dass er sich bemüht, sich über seine Geschichte und seine Aufgabe in der Stadt zu informieren.

Es empfiehlt sich auch darauf hinzuweisen dass es während des 1. Jahrhundert des Islams in den Moscheen fast keine Minarette gab. Als der Bau der ersten Moschee der islamischen Geschichte in Medina vollendet war, fand zwischen dem Prophet Muhammad und seinen Gefährten eine Diskussion statt, wie man den Gebetsruf [adhan] machen könnte. Mehrere Lösungen wurden vorgeschlagen, darunter die Glocke der Christen und das Horn der Juden. Schliesslich wurde für die menschliche Stimme entschieden. Bilal der Abbessinier, der gerade aus seiner Versklavung befreit worden war, wurde von Prophet ernannt den ersten Gebetsruf des Islams vom Dach der Moschee auszurufen. Er war der 1.Gebetsrufer [muadhin] des Islams (auch Muezzin genannt).

Die Historiker geben den Bau der ersten Minarette ungefähr 80 Jahre nach dem Tod des Propheten an, besonders in Damaskus, wo die Umayyaden-Dynastie herrschte. Spezialisten der islamischen Architektur erwähnen den Einfluss auf die Konzeption der Moscheen von den byzantinischen Kirchen von Syrien, das Minarett ist das Pendant des Kirchturms. Vielleicht wird aus diesem Grund in einigen Regionen der Arabischen Welt, besonders im Maghreb, das Minarett auch suumah genannt, ein Wort das auch eine Einsiedlung oder ein Kloster bezeichnet.

Ursprünglich dienten die ersten Minarette, die mit Fackeln versehen waren, dazu die Umgebung der Moscheen zu beleuchten. Der Begriff Minarett stammt in der Tat vom arabischen Wort manaara, ein abgeleitetes Wort von nur (Licht) ab. Minarett bedeutet also wortwörtlich Leuchtturm. Ausserdem boten diese Wach- oder Ausrufertürme dem Muezzin eine vorteilhafte Position, seine Stimme konnte somit, in den immer zunehmenden städtischen Ballungsräumen, so weit wie möglich gehört werden. Folglich wird das Minarett auch im Arabischen mi' dhana genannt: Der Ort, von dem aus der Ruf zum Gebet erfolgt.

Es ist offensichtlich, dass seit der Existenz der Lautsprecher der Muezzin nicht mehr nach oben ins Minarett muss. Es verlor noch mehr von seiner funktionellen Nützlichkeit durch den Fortschritt in der Stadtbeleuchtung und durch die technischen Mittel, die dem Gläubigen erlauben persönlich über die Gebetszeit informiert zu werden, (über Rechner, Handy, Quarzuhr usw.).

Das Minarett bewahrt jedoch seine ästhetische Dimension. Schlank und elegant passt es sich harmonisch den örtlichen architektonischen Traditionen in der ganzen Welt an. Es ist weit davon entfernt einen Machtanspruch zu erheben, sondern wird als physische, wie auch geistige, Lichtquelle angesehen. Das Minarett ist mit dem Ritualgebet oder salah (von silah) verbunden, welches die ständige Beziehung zwischen dem menschlichen Wesen und der Lichtquelle (an-Nuur), ein Attribut des Schöpfers, symbolisiert. Diese Bindung erlaubt die innere Läuterung.

Die Konflikte, die durch die Bauprojekte von Moscheen in der Schweiz entstanden sind, müssten auf örtlichen Ebenen in einem Vertrauensklima und unter Rücksichtnahme der Umgebung angegangen werden, ohne jede Leidenschaft. Die islamische Religion verlangt nicht die Präsenz eines Minaretts in einer Moschee und noch weniger die Höhe, noch die Form. Jene, die wünschen eine Moschee mit Minarett zu bauen, können die passende Architektur planen, die selbstverständlich die urbanistischen Forderungen und die Wünsche der jeweiligen Umgebung und der Mitbürger berücksichtigt.

Wenn Laizismus, zu Recht, die Einmischung von Religion in die Staatsangelegenheiten nicht erlaubt, erlaubt sie aber auch nicht dem Staat sich in Religionsführung weitgehend einzumischen. Was jene betrifft, die sich über den Platz des Minaretts ”in einem christlichen Land wie die Schweiz” Gedanken machen, was würden wir denn sagen, wenn aus Gegenseitigkeit, in den islamischen Ländern, die Kirchen, wovon einige ausserdem architektonische Meisterwerke sind, verboten werden.

Manche wollen leider, oft zu politischen Zwecken, ein banales Thema in “nationale Sicherheit” verwandeln. Durch ihre unverantwortlichen Einstellungen und Reaktionen fördern sie bei den Nichtmuslimen den Angst- und Ablehnungstrieb und verstärken bei den Muslimen das Gefühl der Verweigerung und der Frustration. Ermessen sie aber das Risiko, welches sie der gesellschaftlichen Harmonie in diesem Land aussetzen? Wann werden sie sich dessen bewusst werden, dass weder Angst noch Frustration wünschenswert sind, wenn man danach strebt, ein Gesellschaftsmodell zu bewahren, das auf Respekt, dem Zusammenschluss und der Solidarität zwischen den Bürgern basiert?

Abbas Aroua

Übersetzung aus dem Französischen : Monica Hostettler

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