01/03/2013

Un juste nous a quittés

Stephane Hessel est décédé il y a trois jours. Il est mort trop jeune. Car dans sa tête et dans son cœur il n’a jamais perdu la flamme de la jeunesse, entretenue par l’amour de la justice et le combat ininterrompu pour les démunis, les opprimés et les agressés de la terre, de toute la terre.

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11/10/2012

Face aux caricatures de la haine, la non-violence s'impose

Les dernières semaines ont connu la résurgence des tensions occidento-islamiques autour de l'opposition apparente entre la liberté d'expression et le respect des symboles religieux. Nous espérions que le malheureux épisode des caricatures « Muhammeds ansigt » (Visage de Mohammed) publiées le 30 septembre 2005 par le journal danois Jyllands-Posten et la réaction violente dans certaines villes du monde musulman avait donné à réfléchir aux uns et aux autres sur les risques que font encourir à la paix dans le monde la provocation et la réaction violente à la provocation. La manière quasi non-violente dont fut traitée l'affaire du film « Fitna » (Discorde) diffusé sur l'Internet le 27 mars 2008 par l'homme politique hollandais d'extrême-droite Geert Wilders nous réconfortait dans cet espoir. Mais la diffusion sur le Web au début de ce mois du film « Innocence of Muslims » (Innocence des musulmans) et la publication le 19 septembre 2012 des caricatures de Charlie Hebdo sur le prophète Mohammad ainsi que la colère et les manifestations de violence suscitées dans certains pays musulmans indiquent qu'hélas, la leçon n'a pas été retenue de l'épisode précédent.

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12/02/2011

Soutenons la jeunesse algérienne

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes rassemblés ici pour soutenir nos frères et sœurs en Algérie qui ont décidé de marcher pacifiquement, dès aujourd’hui, dans les rues d’Alger, et d’autres villes du pays, pour revendiquer leurs droits à la liberté, à la dignité et à une vie décente.

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19/10/2009

Un ancien ministre algérien, présumé tortionnaire, échappe à la justice suisse

bouguerra.jpgLes journaux algériens ont révélé ce matin la tentative d’arrestation par la police suisse d’un ancien ministre de la « coalition gouvernementale », Bouguerra Soltani (photo ci-contre), accusé d’avoir torturé un citoyen algérien, mis en cause par le fils du ministre arrêté en possession de stupéfiants.

Voici ce que rapporte le quotidien algérien El Khabar :

« El Khabar a appris hier soir, de sources informées, que le leader du mouvement Hams, a échappé à une tentative d’arrestation sur le sol helvétique,  sur la base d’une plainte déposée par l’officier algérien résidant en France, Anwar Malik, qui prétend avoir été torturé dans l’un des centres de la police algérienne en présence de Bouguerra Soltani qui occupait alors le poste de ministre au gouvernement algérien. Selon nos sources, le ministère algérien des Affaires étrangères a réagit promptement dès qu’il fut informé de l’intention de la police suisse de procéder à l’arrestation de Bouguerra ; l’ambassade algérienne a réussi à l’exfiltrer de Suisse. »

Dans les forums des journaux et des sites algériens un grand débat est lancé autour de cette information, entre défenseurs et détracteurs de Soltani. Par ailleurs, une polémique commence à enfler, autour de la question : Qui a informé le ministère algérien des Affaires étrangères d’une procédure suisse censée rester confidentielle ? Un intervenant sur l’un des forums est allé jusqu’à se féliciter de la capacité du gouvernement algérien à infiltrer les autorités suisses.

On ne peut que féliciter toutes celles et tous ceux qui œuvrent  en Suisse à  lutter contre l’impunité dans le monde, à l’instar de l’ONG Trial, et leur rappeler que quelle que soit l’issue de leur démarche, leur action est utile, voire indispensable, si l’on veut donner du crédit au droit international des droits de l’homme.

Abbas Aroua
19 octobre 2009


Pour en savoir plus :

Un présumé tortionnaire algérien échappe de peu à la justice suisse
Trial – Track Impunity Always

Bouguerra échappe à une tentative d’arrestation en Suisse
Quotidien El Khabar du 19 octobre 2009

Bouguerra échappe à une arrestation, et fuit Genève par voie terrestre vers la France
Quotidien Echourouk du 19 octobre 2009

27/06/2008

Journalisme de guerre et guerre contre le journalisme

Aujourd’hui, alors que notre planète est « minée » par d’innombrables conflits entre groupes, entre Etats, et même entre sphères culturelles, nous avons un énorme besoin d’un « journalisme de la paix » qui nous offre des clés pour comprendre ces conflits, qui nous donne des éléments pour saisir les contradictions qu’ils reflètent, et qui nous propose des pistes de réflexion sur la manière de les transformer et transcender. Car, il faut l’admettre, lorsqu’il s’agit de couvrir un conflit, ce que nous avons actuellement, surtout dans les médias lourds, c’est un « journalisme de la guerre » qui confond « conflit » et « violence » et qui ne rapporte, hélas, que les symptômes, c’est-à-dire la mort la destruction, ne s’intéressant ni aux causes ni aux moyens de guérison.

Au début de la dernière décennie du siècle passé, la guerre contre l’Irak (1991) a révélé le rôle des médias comme une redoutable « arme de guerre ». La couverture de la « Tempête du désert » par la CNN donnait l’exemple type d’une information orientée, au service du Pentagone, chargée de propager le concept d’une « guerre chirurgicale ». Au début de ce siècle, les guerres contre l’Afghanistan (2001) et l’Irak (2003) ont confirmé ce rôle, et l’ont renforcé avec l’apparition du journaliste « embedded », c’est-à-dire soumis, agréé et intégré dans le dispositif militaire.

Mais ces premières guerres du XXIème siècle, menées par les Etats-Unis et leurs alliés, ont aussi révélé que la CNN et Fox News n’avaient plus le monopole de l’information sur les conflits armés. De nouveaux médias ont démontré leur capacité à présenter un « autre » point de vue. C’est le cas notamment de la chaîne qatarie Aljazeera qui, pour paraphraser Johan Galtung (Reporting Conflict), au moment où la CNN rapportait sur l’expédition des missiles et des bombes, elle rapportait sur leur réception sur le terrain et les souffrances massives causées par des attaques pas aussi chirurgicales que l’on laissait entendre.

Evidemment, l’administration américaine n’a pas apprécié cette concurrence médiatique inattendue ; elle a été dérangée par des images qui donnaient une autre description de la réalité des guerres menées au nom de la lutte antiterroriste, et qui portaient atteinte à l’image d’une armée américaine libératrice des peuples afghan et irakien. Ainsi, en 2001, en pleine invasion de l’Afghanistan, Aljazeera a attiré les foudres de Washington et son bureau à Kabul fut bombardé par les Américains. En 2003, durant l’invasion de l’Irak, c’est le bureau de Bagdad qui a essuyé une attaque similaire tuant un correspondant de la chaîne. Furieux de constater qu’il ne pouvait pas contrôler le flux des images en provenance de l’Irak, le sous secrétaire des Etats-Unis à la défense de l’époque, l’influent Paul Wolfowitz, déclarait fin juillet 2003 à Fox News qu’Aljazeera « mettait en danger la vie des troupes américaines ». Selon le journal britannique Daily Mirror du 22 novembre 2005, Georges W. Bush aurait même envisagé le bombardement du siège d’Aljazeera à Doha lors d’une rencontre à la Maison blanche avec Tony Blair tenue en avril 2004.

Dans ce contexte de guerre contre le journalisme insoumis à la volonté de l’administration US s’inscrit l’arrestation en 2001 à Peshawar du journaliste Sami El Haj, qui accomplissait son travail reporter pour Aljazeera, sa détention à Begram puis son transfert au sinistre camp de Guantanamo Bay. Il passera sept ans dans ce territoire hors droit et lieu de déshumanisation, sept longues années dans l’isolement au sein d’une cellule exiguë, ponctuées par les nombreuses séances de torture, les scènes fréquentes d’humiliation, et les grèves répétées de la faim, avant d’être libéré le 1er mai 2008 dans un état de santé dégradé, sans être inculpé ni même jugé.

Lors de la cérémonie organisée au siège d’Aljazeera il y a trois semaines pour rendre hommage à Sami El Haj, ce dernier a affirmé qu’il avait quitté Gantanamo Bay, dont les conditions de détention ont poussé certains détenus au suicide et conduit d’autres à la folie, avec la ferme volonté de se battre de toutes ses forces pour la libération non seulement des dizaines de ses codétenus, mais également des 27 000 victimes détenues arbitrairement dans diverses prisons secrètes en Irak, en Afghanistan et ailleurs, et pour la fermeture définitive de ces nouveaux Goulags. C’est dans cet état d’esprit que Sami El Haj séjourne cette semaine à Genève, invité par la Fondation Alkarama for Human Rights pour une tournée de sensibilisation des instances onusiennes et des ONGs des droits de l’homme. Puisse cette visite nous éclairer sur la nature et les opinions de ces individus habillés en orange que l’on a voulu pendant des années nous présenter comme des monstres menaçant le monde libre.

Abbas Aroua
27 juin 2008

Pour en savoir + :

Alkarama for Human Rights


Une conférence publique animée par M. Sami El Haj aura lieu ce soir à 19h au Centre International de Conférences de Genève (CICG) de Varembé



Kriegsjournalismus und Krieg gegen den Journalismus

Heute haben wir, während unser Planet durch zahllose Konflikte innerhalb von Gruppen, zwischen Staaten und selbst innerhalb von kulturellen Sphären „vermint" ist, einen gewaltigen Bedarf nach « Friedensjournalismus», der uns die Schlüssel bietet, um diese Konflikte zu verstehen, der uns Materien verschafft um die Widersprüche zu erfassen, die diese Konflikte reflektieren und der uns Hinweise zum Nachdenken über die Art und Weise bietet, wie man diese Konflikte verwandeln und transzendieren kann. Wenn es um Konfliktberichterstattung geht, verfügen wir heute- denn man muss es zugeben- vor allem in den «Grossen Medien» über einen «Kriegsjournalismus», der «Konflikt» und «Gewalt» verwechselt und der leider nur über die Symptome berichtet, d.h. über den Tod, die Zerstörung und der sich weder für die Konfliktursachen noch für die Mittel einer Lösung interessiert.

Am Anfang vom letzten Jahrzehnt des vergangenen Jahrhunderts hat der Krieg gegen den Irak (1991) die Rolle der Medien, als eine äusserst gefährliche «Kriegswaffe» enthüllt. Die CNN-Berichterstattung während der «Operation Wüstensturm» gab uns das Musterbeispiel einer einseitigen Information, die im Dienst des Pentagons steht um das Konzept vom «chirurgischen Krieg» zu propagieren. Am Anfang von diesem Jahrhundert haben uns die Kriege gegen Afghanistan (2001) und gegen den Irak (2003) diese Rolle bestätigt und sie wurde durch das Auftreten vom «embedded» Journalisten, d.h. der der Militäreinheit ergeben, von ihr zugelassen  und dort aufgenommen ist, noch intensiviert.

Diese ersten Kriege des 21. Jahrhunderts, die von den Vereinigten Staaten und ihren Verbündeten geführt werden haben uns aber auch enthüllt, dass CNN und Fox News nicht mehr das Nachrichtenmonopol über die bewaffneten Konflikte besitzen. Neue Medien haben uns ihre Fähigkeit bewiesen einen «anderen» Standpunkt darzubieten. Es ist besonders der Fall des katarischen Nachrichtensenders Al-Dschasira - um Johan Galtung (Reporting Conflict) zu paraphrasieren - der in dem Moment wo CNN über den Abschuss von Raketen und Bomben berichtete, einen Bericht über deren Aufschlag auf dem Gebiet sendete und über die verursachten, verheerenden Folgen dieser Angriffe, die nicht so chirurgisch sind, wie sie es uns sagen wollen.

Natürlich hat die US-amerikanische Administration diese unerwartete Medienkonkurrenz nicht geschätzt; denn sie ist von den dort gezeigten Bildern durchkreuzt worden, die eine andere Beschreibung der Realität dieser Kriege, die im Namen des Anti-Terror-Kampfs geführt werden, wiedergaben und die das Bild der US-amerikanischen Armee, als Befreierin der afghanischen und irakischen Völker beeinträchtigten. So hat Al-Dschasira, im Jahre 2001, während der Invasion von Afghanistan, den Zorn Washington verursacht, worauf sein Büro in Kabul von den US- Amerikanern bombardiert wurde. Während der Invasion vom Irak, im Jahre 2003, war es das Büro in Bagdad, das einen gleichartigen Angriff hinnehmen musste und wobei ein Korrespondent des Senders getötet wurde. Ende Juli 2003 erklärte bei Fox News der einflussreiche Paul Wolfowitz, damals stellvertretender Verteidigungsminister,  der verärgert durch die Flut der Bildern aus dem Irak war, die er nicht kontrollieren konnte, dass Al-Dschasira «das Leben der US-amerikanischen Truppen in Gefahr setzen würde». Georges W. Bush hätte sogar, laut der britischen Tageszeitung Daily Mirror vom 22. November 2005, bei seinem Treffen im Weissen Haus mit Tony Blair, im April 2004, die Bombardierung des Hauptsitzes von Al-Dschasira in Doha in Betracht gezogen.
 
Im Rahmen von diesem Kontext des Kriegs gegen den Journalismus, der nicht dem Willen der US-amerikanischen Administration unterliegt, geschah in Peshawar, im Jahre 2001, die Verhaftung des Journalisten Sami Al- Haj, der dort für Al-Dschasira Bericht erstattete, seine Inhaftierung in Bagram und dann seine Überführung in das grauenhafte Lager von Guantanamo Bay. Er verbrachte sieben Jahre auf diesem aussergerichtlichen Gebiet, ein Ort der Entmenschlichung, sieben lange Jahre in Isolation, in einer winzigen Zelle, akzentuiert durch zahlreiche Folterungen, durch häufige Szenen der Demütigung und durch wiederholte Hungerstreiks, bevor er am 1. Mai 2008, in einem dramatischen Gesundheitszustand befreit wurde, ohne dass jemals eine Anklage gegen ihn erhoben, noch ein Urteil ausgesprochen worden ist.

Bei der Ehrenzeremonie, die vor drei Wochen im Hauptsitz von Al-Dschasira für Sami Al-  Haj organisiert worden war, hat er bestätigt, dass er Guantanamo Bay mit dem festen Willen verlassen hat, sich nicht nur mit all seinen Kräften für die Befreiung seiner Duzenden von Mitgefangenen einzusetzen, von denen einige, durch die Haftbedingungen, zum Selbstmord getrieben wurden oder in den Wahnsinn verfallen sind, sondern dass er sich auch für die 27 000 inhaftierten Opfer einsetzen wird, die willkürlich in Geheimgefängnissen im Irak, in Afghanistan und anderswo inhaftiert sind, sowie für die definitive Schliessung dieser neuen Zwangslager. Sami Al-Haj, den die Fondation Alkarama for Human Rights für eine „Sensibilisierungstour" innerhalb der UNO-Instanzen und der NGOs der Menschenrechte eingeladen hat, hält sich in dieser geistigen Verfassung in Genf auf. Möge dieser Besuch uns über die wahre Natur und über die Ansichten dieser orangegekleideten menschlichen Wesen aufklären, die man uns Jahre lang als Monster beschrieben hat, die die freie Welt bedrohen.

Abbas Aroua
27. Juni 2008

Siehe: Alkarama for Human Rights


Heute Abend, um 19 Uhr, wird im Centre International de Conferences de Genève (CICG) eine öffentliche Konferenz stattfinden, die von Herr Sami Al-Haj geleitet wird.

Übersetzung aus dem Französischen: Monica Hostettler

31/03/2008

Passport for Aliens

En parcourant l’avant dernière édition d’Horizons, le Magazine suisse de la recherche scientifique (No 75, décembre 2007), je me suis arrêté sur un article intitulé « Attention, étrangers ! »*, par Urs Hafner. On y apprend qu’« en Suisse, la xénophobie est  une réalité quotidienne. Elle est encouragée par les partis populistes qui ont aujourd’hui le vent en poupe. Mais ces formations politiques n’ont pas le monopole de la méfiance à l’égard des étrangers. Cette dernière est aussi répandue dans de larges couches de la population qui jugent les étrangers menaçants ou leur accordent une moindre valeur. » Et l’auteur d’ajouter : « Aujourd’hui, ce sont les gens venus d’Afrique et des Balkans qui incarnent par excellence cette dimension négative de l’étranger. Ils sont considérés par une large part de l’opinion comme des gens de deuxième rang, criminels, perfides et violents. Pourtant, l’image propagée par les partis populistes de droite n’a rien à voir avec la vie réelle de la plupart des migrants en Suisse. »

Ce qui m’a paru intéressant c’est que pour Urs Hafner, « le terme même d’étrangers est emblématique de cette xénophobie. Il signale que la place de ces personnes n’est pas vraiment ici, qu’elles viennent d’ailleurs et sont censées y retourner un jour. En France ou en Grande-Bretagne, aucune des dénominations officielles utilisées pour désigner des personnes d’une autre nationalité ou leurs parents n’exprime aussi fortement l’exclusion. De manière bien plus sobre et plus pertinente, on parle en France d’immigrants, en Angleterre et aux Pays-Bas de minorités ethniques, en Amérique du Nord et en Nouvelle-Zélande de migrants. »

Ceci m’a rappelé cet ami venu il y a quelques années de Grande-Bretagne pour s’installer en Suisse. Quel fût son étonnement d’y découvrir une « Police des étrangers » et des services de « Contrôle des habitants » ou de « Contrôle de la population » ! « Georges Orwell est passé par là pour écrire son « 1984 » ! » s’est-il exclamé une fois.

L’article m’a rappelé également cet autre ami qui, après vingt années passées en Suisse, n’est pas jugé « bon » pour devenir citoyen. Il est toujours considéré comme « étranger ». Il se demande souvent pour quelle raison ses étudiants de 18-19 ans sont plus citoyens suisses que lui. Un  jour il m’a raconté avec beaucoup d’amertume et d’humour se qui lui était arrivé une fois à l’aéroport de Heathrow à Londres. Il voyageait avec un « Passeport pour étrangers » ; en anglais ce document suisse, de couleur verte fluorescente, ne s’appelle pas « Passport for foreigners », mais « Passport for aliens ». L’hôtesse qui procédait à l’enregistrement, en voyant ce passeport, est tombée par terre – littéralement – de rire. Elle s’est adressée à son collègue : « Alien ! ». Pour détendre l’atmosphère, cet ami a rétorqué : « Désolé d’interrompre votre joie de rencontrer un « ET ». Je suis bel et bien un être humain ; mon passeport était rouge, mais je l’ai mis par inadvertance dans la machine à laver ». Et ce qui est amusant c’est qu’elle a cru à cette histoire.


* http://www.snf.ch/SiteCollectionDocuments/horizonte/75/75_09_10_11_12_13_f.pdf


01/01/2008

Bienvenue à l’an sept* de l’ère de l’abrutissement du citoyen !


A un jour du début de l’année 2008 on nous a appris la mort d’un détenu du camp de détention de Guantánamo Bay. Après quatre « suicides » dans ce camp de sinistre réputation (1), trois simultanés (un Yéménite et deux Saoudiens) le 10 juin 2006 et un quatrième le 30 mai 2007 (un Saoudien), nous voilà avec une cinquième victime (un Afghan). Abdul Razzak, âgé de 68 ans, ne s’est pas, lui, suicidé ; il est décédé le 30 décembre d'un cancer colorectal après avoir subi une chimiothérapie depuis le mois d’octobre. Arrêté en janvier 2003, Abdul Razzak est présenté par les autorités américaines comme « ayant eu de nombreux liens avec des forces hostiles à la coalition ».

À Guantánamo près de 300 détenus croupissent encore dans des conditions inhumaines, certains d’entre eux souffrant de graves pathologies, sans être jugés ni même inculpés. Ils sont pris dans un véritable piège. Ils ne veulent pas être remis aux autorités de leurs pays d’origine où ils risquent de subir un traitement pire qu’à Guantánamo, les autorités américaines qui ne cherchent qu’à s’en débarrasser leur refusent l’accès au sol américain de peur qu’ils n’intentent des procès contre le gouvernement étatsunien, et aucun pays tiers n’est disposé à les accueillir.

La fin de l’année 2007 a aussi été une période où l’épouvantail « Al-Qaïda » à été agité à outrance.

Deux explosions endeuillent le 11 décembre deux quartiers d’Alger (Benaknoun et Hydra), et le ministre de l’intérieur algérien, Yazid Zerhouni, livre immédiatement à la presse sa « conviction » que c’est l’œuvre d’« Al-Qaïda », alors que beaucoup d’observateurs y voient l’expression habituelle en Algérie d’une lutte inter clanique au sommet du pouvoir, cette fois-ci vraisemblablement au sujet du troisième mandat présidentiel d’Abdelaziz Bouteflika. Et lorsqu’on lui a reproché de ne pas attendre le déroulement et les résultats d’une enquête, les médias algériens « libres et indépendants » produisent dans les heures qui suivent un communiqué de la « Branche d'Al-Qaïda au Maghreb islamique » revendiquant les attentats.

Quatre Français sont tués, et un cinquième grièvement blessé par balles, le 24 décembre en Mauritanie, dans une attaque d'hommes armés non identifiés sur une route près d'Aleg, à l'est de Nouakchott. Les médias, notamment français, ont d’abord parlé d’un crime crapuleux et d'une « tentative de vol à main armée par trois hommes circulant à bord d'une berline », mais le ministre de l’intérieur mauritanien, Yall Zakaria Alassane, est venu affirmer deux jours plus tard qu’il s’agit d’un « acte terroriste » commis par des groupes affiliés à Al-Qaïda. Ce sera l’occasion d’opérer des purges dans les rangs de la mouvance islamique en Mauritanie, dont de nombreux membres n’ont été libérés que récemment suite à la pression internationale. Le porte-parole de Yall Alassane expliquera que les actes terroristes, c’est le prix que la Mauritanie doit payer par avoir accédé à l’ère de la mondialisation.

Un attentat à Rawalpindi près d’Islamabad coûte la vie le 27 décembre à l’ancien Premier ministre Benazir Bhutto. Beaucoup de Pakistanais suspectent les services de renseignement de son adversaire farouche Pervez Musharraf, mais le ministre pakistanais de l’intérieur, Hamid Nawaz, s’empresse de déclarer : « Nous avons la preuve qu’Al-Qaïda et les talibans sont derrière l’attentat-suicide contre Benazir Bhutto ». En quoi consistent ces preuves ? En une communication téléphonique interceptée par ses services dans laquelle le chef présumé d’Al-Qaïda au Pakistan, Baïtullah Mehsud, « félicitait un de ses hommes après l'attentat ». Ce dernier démentira de suite cette version des faits et niera toute implication dans ce meurtre.

A part leur atrocité, ce que ces événements ont en commun, c’est qu’ils représentent des « opportunités politiciennes » pour des régimes répressifs et corrompus qui, désormais, ne jurent que par Al-Qaïda pour être agréés par leur maître locataire de la Maison blanche. Le régime algérien, au bord de l’écroulement en 2001, a provisoirement retrouvé un second souffle après les événements du 11 Septembre et a même réussi à « se vendre » outre Atlantique comme étant « l’Expert » en matière de lutte antiterroriste, moyennant soutien multiforme.

Pour faire croire à leurs thèses, les autorités de ces pays nous produisent des « communiqués », des « appels téléphoniques », impossibles à authentifier, et d’autres « indices » impossibles à vérifier. Ceci me rappelle les années 90 lorsque le GIA sévissait en Algérie. Des communiqués se déversaient d’Alger sur les rédactions mondiales, sans que personne ne puisse les authentifier, et des porte-paroles du GIA à l’étranger étaient branchés sur des casernes militaires en Algérie pour prendre leurs instructions (voir Paris-Match du 9 octobre 1997).

Pour les Algériens qui ont vécu les événements tragiques des années 90, et qui ont découvert par la suite comment certains cercles du régime militaire algérien avaient instrumentalisé la violence, les attentats, les massacres et autres crimes contre l’humanité, à des fins stratégiques et politiques – dans le cadre de la lutte contre insurrectionnelle – Al-Qaïda ne représente que le mutant du GIA à l’échelle mondiale.

Et si Al-Qaïda n’était qu’un fantôme fabriqué par des experts de la stratégie COIN (COunter INsurgency), outil bien rôdé, et discipline bien établie dans la plupart des académies militaires du monde, notamment occidentales, car plusieurs fois éprouvée dans les continents du Sud durant la seconde moitié du 20ème siècle ? Pourquoi ce fantôme épouvantable ? Afin de faire diversion sur ce qui se passe dans les nombreux Guantánamo érigés dans les quatre coins du monde, afin de faire oublier la guerre menée contre l’Humanité (répression, humiliation, pillage, etc.), dans les Etats de non droit, de plus en plus nombreux.

Je sais que c’est une question qui dérange. Elle met mal à l’aise parce qu’on refuse d’admettre, en tant que citoyen vivant au 21ème siècle, à l’ère d’Internet et du téléphone portable, que l’on puisse être une victime malheureuse d’une grosse « escroquerie intellectuelle » ? Parce qu’on porte en soi l’assurance, voire l’arrogance, de celui qui a perdu la capacité de questionner les choses et d’interroger les événements. C’est le mal de ce siècle naissant, l’absence de sens critique, non pas chez le commun des mortels, mais chez les « élites », formées pourtant pour chercher à démêler le vrai du faux.

Autrement, comment peut-on expliquer que les citoyens fassent une confiance aveugle aux discours officiels dominants ?

En réalité, si on « avale » si facilement ces discours, sans avoir le temps de les « mâcher » convenablement, c’est parce qu’on est soumis à une machine médiatique redoutable qui les propage en continu, une machine directement ou indirectement aux ordres, qui fait appel pour les « valider », à des « experts », autoproclamés, es terrorisme, es monde arabe, es Maghreb, es islam, etc. qui viennent nous livrer leurs exégèses fumeuses des thèses décrétées par des régimes criminels à l’échelle nationale ou mondiale. Le dernier scoop émis récemment par un prétendu « expert es Al-Qaïda » invité sur le plateau de la chaîne France 24, est que la « Branche d'Al-Qaïda au Maghreb islamique » vient d’instituer un diplôme en « sciences du jihad » pour concurrencer les branches traditionnelles ! Cette nouvelle lui a permis évidemment d’expliquer pourquoi un bus d’étudiants était près du site de l’une des explosions d’Alger.

Si on « avale » si facilement ces discours, à en subir une « indigestion intellectuelle », c’est parce qu’ils sont accrédités par le silence compréhensible des services de renseignement, au fait de ce qui se trame derrière la scène, et surtout le silence complice des chancelleries qui taisent ce qu’elles savent pour préserver des intérêts politiques et/ou économiques. A ce sujet, je me rappelle les propos de cet officier de la DST française, que j’ai rencontré il y a plus de dix ans, au sujet des attentats commis à Paris en 1995 : « Notre police scientifique a fait son boulot. Nous avons pu identifier des pistes qui mènent aux services algériens. Nous avons établi un rapport d’enquête, mais les autorités politiques ont préféré le mettre dans le tiroir. »

Puisse l’année 2008 nous ouvrir les yeux et le cœur pour y voir plus clair afin de ne pas mourir idiots.

Abbas Aroua
1er janvier 2008


* Le calendrier de l’abrutissement a comme date d’origine un 11 Septembre 2001.

(1) A Guantanamo Bay, « suicider » n’est pas exclusivement pronominal

30/11/2007

La Chine au coeur de nos cités


Je découvre Barcelone pour la première fois et elle me séduit. La beauté de son architecture, ses grandes avenues, son front de mer, la douceur de son climat, la gentillesse des ses habitants, tout cela doit rendre la vie agréable dans cette ville catalane.

En me promenant dans Barcelone, j’ai été surpris par le nombre de magasins chinois qui s’étalent sur des centaines et des centaines de mètres dans des avenues de haut standing. Un quartier entier a les allures d’un grand bazar du textile chinois, à quelques dizaines de mètres du centre touristique de la ville. Une mention apparaît sur l’enseigne des tous les magasins : vente en gros. Un ami m’a expliqué que cette transformation du quartier date d’une dizaine d’années avec une accélération les cinq dernières années. Toujours le même scénario : un Chinois de condition modeste débarque ; il s’adonne à de petits boulots tels que la vente au trottoir. Du jour au lendemain, il fait l’acquisition d’un magasin en offrant un prix si fort qui ne laisse aucune chance aux autres prétendants. En fait, c’est exactement le même scénario constaté partout dans les villes d’Europe, du Maghreb, d’Afrique, etc.

Beaucoup de gens se posent des questions au sujet du pouvoir d’achat de ses Chinois qui ne lésinent pas sur les moyens pour occuper des quartiers entiers des principales villes du monde.

Et s’ils étaient soutenus par leur gouvernement qui détient la plus importante réserve en dollars ? Et si cette sinisation progressive de nos cités était une politique coordonnée à Pékin visant à implanter des communautés de commerçants partout dans le monde, à s’assurer des lobbies afin de veiller sur les intérêts de la Chine à l’étranger. En considérant ce phénomène du point de vue purement libéral, on ne peut qu’admettre qu’il s’agit d’une conséquence de la mondialisation et des règles de l’OMC. Mais lorsqu’on pense que les produits chinois vendus en gros chez nous ont été manufacturés selon des normes de travail qui laissent à désirer, on se demande à quel point acheter chinois à Barcelone, à Paris ou à Alger contribue à pérenniser ces normes et les rendre acceptables.

Les gouvernements ont peu de moyens d’action pour changer les conditions de travail en Chine : trop d’intérêts économiques en jeu. C’est peut-être le rôle du citoyen consommateur de mener de petites actions visant à influencer les choses. Que dire par exemple de la constitution dans les villes où il y a une forte implantation chinoise d’associations mobilisant les consommateurs sur le slogan « consommons chinois responsable ! », exerçant ainsi une pression simultanée sur l’ensemble des China Town, une pression qui se fera surement sentir à Pékin ?

26/09/2007

De la compassion sélective ?


Les bonzes de Birmanie ont faim. Dépendant pour leur nourriture quotidienne essentiellement des offrandes, ces moines bouddhistes qui consacrent leur vie à la méditation, ont senti dans leur chair l’effet de la dégradation sensible des conditions de vie dont souffre le citoyen birman. Bravant la mousson et défiant les militaires, ils sortent depuis plusieurs jours de leur retraite pour se déverser dans les rues de Rangoon et des autres grandes villes de Myanmar.

Hier, ils étaient 30 milles à la tête d’une marche qui a regroupé jusqu’à 100 milles personnes manifestant leur colère contre la vie chère. Les manifestants birmans sont relayés par tous les médias occidentaux ; ils font la une des journaux. Les chancelleries occidentales s’agitent. Les hommes politiques se bousculent pour témoigner de leur compassion et afficher leur soutien à la révolte « couleur cannelle ». Maxime Bernier, chef de la diplomatie canadienne demande à la Birmanie d'engager un dialogue avec l'opposition démocratique, George W. Bush annonce de la tribune de l'ONU de nouvelles sanctions étatsuniennes contre la junte militaire birmane. Gordon Brown appelle l'UE à durcir sa position contre le régime birman. Nicolas Sarkozy promet de recevoir une délégation de l’opposition birmane à l’Elysée dès son retour de New York.

On ne peut que se réjouir de cet élan d’humanité, de cette conscience de la misère de l’Autre. Si seulement cette compassion s’étendait un peu plus pour couvrir d’autres peuples misérables de la planète, des peuples tout aussi opprimés que le peuple du Myanmar !

Par exemple, les plus d’un million de Palestiniens affamés dans la Bande de Gaza, soumis à un embargo illégitime et inhumain. Un embargo voulu non seulement par les Israéliens, mais aussi par de nombreuses capitales occidentales, voire même par le gouvernement Mahmoud Abbas, qui par la voie de son ambassadeur à l’ONU a demandé il y a quelques semaines le maintien de cet embargo.

Par exemple, les plus de 30 millions d’Algériens, dont la moitié vit au dessous du seuil de pauvreté. Un peuple réduit à la misère par un régime militaire répressif et corrompu, incapable, en 2007 et avec des réserves dépassant les 100 milliards de dollars, de garantir l’approvisionnement de la population en lait, qui importe… des pommes de terre du Canada, et qui pousse les jeunes Algériens désespérés – garçons et filles – vers la voie mortelle de la harga (traversée de la Méditerranée sur des embarcations précaires). Ce pouvoir règne en Algérie depuis 45 ans, exactement comme c’est le cas au Myanmar, dirigé par une junte depuis 1962. Mais ce n’est pas là la seule similitude entre les deux pays. Le peuple algérien, tout comme le peuple birman, s’est révolté en 1988 pour se libérer et s’est vu réprimé sauvagement par les blindés de l’armée nationale qui ont fait des centaines de victimes. Il a aussi tenté au début des années 90, comme au Myanmar encore, l’expérience des urnes, mais la volonté de la junte y aura mis fin brutalement, en annulant les seules élections libres et transparentes qu’a connu le pays. Le bilan de la répression en Algérie est cependant sans commune mesure avec celui de la junte birmane, mais il vrai que les victimes ne sont pas tout à fait les mêmes… Enfin l’Algérie et la Birmanie ont en commun des richesses en hydrocarbures, très convoitées d’ailleurs par les puissantes multinationales du pétrole et du gaz.

Alors quand verrons-nous les chancelleries occidentales, qui considèrent les régimes illégitimes d’Alger et de Ramallah comme des « gouvernements amis », traiter les populations de Gaza et d’Algérie avec la même compassion que celle de Birmanie ?

Et quand aurons-nous enfin un message clair et fort que, contrairement à la perception qui se propage et se renforce de plus en plus chez les populations musulmanes, pour l’Occident, être musulman n’exclut pas nécessairement du domaine de la compassion universelle ?

31/08/2007

Lamari et Basri échappent à la justice des hommes

 

A un jour d'intervalle, deux piliers du système répressif maghrébin ont trouvé la mort suite à de lourdes maladies. Driss El Basri, ancien chef de la DST marocaine et ancien ministre de l'Intérieur, connu pour son rôle dans les exactions (exécutions sommaires, disparitions) à grande échelle qu'a connu le peuple marocain sous Hassan II, est décédé lundi à l'âge de 69 ans à Paris où il s'était réfugié. Il souffrait d'une cirrhose du foie.

Mardi matin, c'est au tour du général-major algérien Smaïn Lamari (66 ans), numéro 2 du Département de renseignement et de sécurité qui souffrait depuis des années d'un cancer, de succomber à une attaque cardiaque. Chargé du renseignement extérieur, Lamari a joué un rôle majeur dans la répression et les crimes contre l'humanité perpétrés après le coup d'état de 1992. Surnommé Hadj Smaïn, c'est lui l'architecte de l’infiltration des maquis et des groupes armés transformés en instrument de terreur contre la population civile, et notamment contre la base sociale du FIS.

Dans son témoignage "Chronique des années de sang", l'ex-officier algérien du DRS, col. Mohammed Samraoui, rapporte qu'en mai 1992, Lamari avait affirmé en présence de plusieurs officiers : "je suis prêt à éliminer trois millions d’Algériens s’il le faut pour maintenir l’ordre que les islamistes menacent". Ami intime du général Rondot, Lamari était, selon le témoignage d'agents transfuges, le commanditaire d'assassinats et de tentatives d'assassinats politiques contre des opposants algériens vivant en Europe, notamment en France et en Allemagne. Il était aussi fortement soupçonné d'être derrière la vague d'attentats perpétrés à Paris en 1995.

En Suisse, Lamari est bien connu pour ses visites régulières et demandes incessantes au gouvernement fédéral pour lui livrer des opposants algériens résidant en Suisse, ainsi que pour son implication dans "l'affaire de la liste" de ressortissants algériens transmise à Alger par un agent double algérien et un collaborateur de la Police genevoise.

Lors de son enterrement, une foule immense de personnalités influentes du régime algérien étaient présentes : hommes politiques de divers horizons, officiers supérieurs de l’armée, hommes d’affaires puissants. Les journalistes ont reçu l’ordre formel de ne pas prendre de photos. Au lendemain des funérailles, la presse algérienne dite indépendante saluait en Lamari un grand patriote qui « a su infiltrer l’armée française à l’âge de huit ans » et qui a infiltré les « groupes islamistes » dans les années 90. Elle considérait sa mort comme une perte pour l’Algérie.