23/02/2017

Le mouvement perpétuel de la violence… ou pas !

L’attentat en ville de Québec du dimanche 29 janvier ouvre une nouvelle page d’Histoire, l’Histoire avec sa grande hache. En effet, après les attentats de New York, Madrid, Londres, Paris, Nice, Bruxelles, Berlin et Istanbul on craignait un contre-attentat , le voici. On pouvait l’attendre de groupes extrémistes en France ou en Allemagne, finalement il prend corps dans la Belle Province, îlot francophone en Amérique du Nord. Même si certains centres de migrants européens sont fréquemment victimes d’incendiaires, avec les évènements de Québec on retrouve ce terrible mode opératoire qui caractérise la folie des dernières années : un homme déterminé, muni d’une arme légère (AK47 ou autre) s’attaquant à des humains dans la banalité de leur quotidien.


Et voici que la tactique de Daech porte ses fruits, explicitement nommée dans ses outils de propagande, l’Etat islamique auto-proclamé veut provoquer ces contre-attaques envers la communauté musulmane afin d’attiser les braises de la haine. Et dans ce terrible jeu de balancier, devons-nous attendre la prochaine vengeance ?

Par ce jeu d’aller-retour parfois brillant, souvent tragique, l’on peut relire l’Histoire du dernier millénaire :

> Les Croisades
    < La présence des Maures dans la péninsule ibérique
> La Reconquista
    < L’expansion de l’Empire Ottoman
> La Renaissance
    < Le règne de Méhémet Ali en Egypte
> Le colonialisme
    < La lutte libératrice de l’Emir Abdel Kader
> La guerre de Suez
    < L’affirmation du nationalisme arabe
> Le soutien inconditionnel des puissances atlantiques à Israël
    < Le terrorisme palestinien
> La 1ère guerre d’Irak
    < Al-Qaïda et les attentats du 11 septembre
> La pendaison de Saddam Hussein
    < Le Hamas, le Hezbollah et la bombe iranienne
> Les assassinats ciblés des drones US
    < Daech et les attentats de Paris, Bruxelles, Berlin, Istanbul
> L’attentat de Québec…

Dans ce terrible va et vient, on voit déjà poindre les explications essentialistes et déterministes : la violence est inhérente à l’être humain et entre deux civilisations que tout oppose, il est logique qu’elle traverse les lignes avec régularité. Tel le mouvement perpétuel des marées, il est naturel que les larmes et le sang viennent se déverser périodiquement sur les rives méridionales et septentrionales et la Méditerranée. Ainsi, ne blâmons pas l’honnête citoyen, résigné devant les informations, qui préfère refermer son journal en soupirant et déclarer à ses enfants : Que voulez-vous, c’est ainsi, c’est le cycle de la violence !!!

Cependant, halte-là, le mouvement perpétuel dans notre réalité physique n’existe pas. Tout mouvement génère frottement, chaleur et donc une déperdition d’énergie, ainsi tout mouvement se doit d’être alimenter par une source d’énergie.

Dans le rapport Taylor-Bouchard, censé clore la fameuse crise des accommodements raisonnables qui déchira le Québec il y a une dizaine d’année, les auteurs soulignent dès les premières pages que les médias ont accentué la crise en propageant des informations erronées ou carrément fausses. Encore cette fois, au lendemain des attaques, tôt lundi matin, plusieurs radios québécoises (Radio-Canada, 98,5FM) ont insinué que cet attentat pouvait être le fruit d’islamistes puisqu’un suspect appréhender avait un nom à connotation arabe ! Finalement, ce jeune immigré était un simple témoin. Alors qu’il prodiguait les premiers secours aux victimes, il fuit à l’extérieur du bâtiment en prenant peur devant un homme armé, ne reconnaissant pas le premier policier à pénétrer dans la salle de prière.

Une autre source venant alimenter l’effet de balancier est de réduire les différents peuples de la Méditerranée aux événements historiques nommés plus haut. L’historiographie officiel et médiatique, obnubilé par les enjeux de puissance, néglige superbement la banalité des échanges du quotidien ; les échanges culturels, culinaires, artistiques, économiques, sportifs, scientifiques, amoureux.

La violence des livres d’Histoire se déverse peu à peu dans notre vie de tous les jours et vient affecter le simple quidam. Cantonnée longtemps aux champs de batailles, elle fut récupérée par des groupes armés afin de frapper des cibles stratégiques ou symboliques (JO de Munich, World Trade Center, etc.). Aujourd’hui, malheureusement, elle imprègne les rapports sociaux les plus simples ou comment un garçon solitaire est capable de massacrer des gens ordinaires de son quartier.

La violence des grands récits ne doit pas prendre le dessus sur le quotidien fleuri des simples citoyens.

Ainsi, il est de notre devoir de ne pas attendre la prochaine éruption de violence avec résignation, et même si le balancier semble malheureusement avoir acquis une vitesse destructrice, nous savons que nous pouvons le freiner, le démonter et le ranger définitivement dans les livres d’Histoire.

Sylvain Odier
Horizon Parrhésia
22 février 2017

Commentaires

C'est juste, ne nous laissons pas diviser par ces actes de haine isolés. Et gardons la tête froide face aux sirènes des médias!
Et ne nous laissons pas abattre par les mauvaises nouvelles. Curieusement, ce monde qui semble instable et au bord du gouffre montre aussi des signes de renouveau de prise de conscience, de sense des responsabilités élargies et de nouveaux espoirs.
Gageons que ces événements tragiques ne laisseront finalement qu'une trace infime sur le parcours un peu cahotique du développement de nos civilisations et que le quotidien des simples citoyens fleurira de plus belle :)

Écrit par : Gigus | 25/02/2017

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