22/02/2017

Le désespoir des réfugiés oubliés

La situation des réfugiés en Europe est de plus en plus critique notamment en raison des conditions climatiques de ces derniers mois mais également en raison du flou résultant de la mise en place de l’accord Union européenne (UE) – Turquie, mars 2016.


Les témoignages des réfugiés du camp de Moria en Grèce (île de Lesbos), devenu, suite à l’accord du 20 mars 2016 un camp de détention, sont glaçants. Les réfugiés vivent dans des conditions ne respectant pas leur dignité et leurs droits fondamentaux. Nombreux sont ceux qui attentent à leur vie et parfois de manière répétée. Cela témoigne du désespoir d’individus, fuyant des pays en guerre et livrés à eux-mêmes alors que selon les législations internationales relatives au respect de la dignité humaine et aux réfugiés, ils devraient être pris en charge et soutenus, socialement, économiquement et psychologiquement. Interrogée par Middle East Eye, Louise Rolland Gosselin de l’ONG Médecin Sans Frontières (MSF) explique que, malgré la mise en place de l’accord, le flot de réfugiés ne s’est pas tari à Lesbos, au contraire la population sur l’île tend à augmenter alors que les conditions sanitaires et de prise en charge sont désastreuses. La plupart des individus n’ont en effet pas de quoi se chauffer et n’ont rien à faire dans ce camp de détention, ils sont alors pour beaucoup en proie à la dépression. Les tentatives de suicide sont de plus en plus fréquentes et des intoxications dues aux monoxydes de carbone, conséquence du chauffage des tentes de manière non appropriée, ont causé la mort de plusieurs individus dont un Egyptien de 22 ans, un Syrien de 26 ans et un Pakistanais de 20 ans.

La Grèce n’est pas le seul pays où la situation des réfugiés s’est dégradée ces derniers mois. Les pays des Balkans, dont la Serbie et la Hongrie, sont également concernés. Les autorités serbes sont en effet accusées par certaines organisations humanitaires dont The Belgrade Center for Human Rights, de repousser les réfugiés vers la Bulgarie et la Macédoine, alors que les températures sont glaciales et que ces personnes n’ont nulle part où aller. Le cas d’une famille syrienne ayant été abandonnée dans la forêt par la police serbe alors qu’il ne faisait que -11°C et qu’ils devaient normalement être conduits au camp de réfugiés de Bosilgrad à la frontière bulgare, a été dénoncé par de nombreuses ONG. Dans ce contexte très préoccupant le Haut-Commissariat pour les Réfugiés de l’ONU (UNHCR) tente de collaborer avec les autorités serbes afin de redonner un toit aux réfugiés. Des réfugiés qui par centaines dorment dans les rues ou dans des entrepôts enfumés derrière la gare de Belgrade, en proie aux fumées toxiques et sujets aux engelures alors que les températures sont glaciales. De nombreux morts par hypothermie ont été signalés par MSF notamment à la frontière entre la Serbie et la Bulgarie. Stéphane Mossaing, chef de mission MSF en Serbie tire la sonnette d’alarme : « on ne peut pas tout simplement s'asseoir et mettre à jour les statistiques des morts ». Enfin, c’est dans ce climat que le ministre des Affaires étrangères hongrois, Janos Lazar, a déclaré dans la presse que la Hongrie envisageait d'introduire une détention généralisée des demandeurs d'asile. Selon ce dernier, "grâce à cette mesure, personne ne pourrait se déplacer librement dans le pays, personne ne pourrait quitter le pays ou les zones de transit”, une détention qui durerait jusqu’à la finalisation de la demande d’asile.

L’UE, qui a fait le choix en 2015 de laisser les pays des Balkans gérer la situation par eux-mêmes, est aujourd’hui fortement critiquée. Le 25 octobre 2015, Jean-Claude Junker avait déclaré la mise en place d’un plan d’action en 17 points « pour faire face à l’actuelle situation d’urgence dans les pays qui bordent la route migratoire des Balkans occidentaux ». Ce plan prévoyait de répondre par des mesures opérationnelles à trois principaux défis, à savoir fournir un abri, assurer la gestion des flux migratoires de manière conjointe, et assurer la gestion des frontières. A ce jour, les pays des Balkans n’ont rempli qu’à peine 10% de leurs engagements. Dans leur article intitulé Réfugiés, l’Europe tire le rideau, publié en avril 2016 dans Le Monde Diplomatique, Jean-Arnault Dérens, rédacteur en chef du site Le Courrier des Balkans et Simon Rico, journaliste, avaient annoncé que la fermeture du corridor humanitaire que représentait la route des Balkans signifiait “la fin d’un espoir” pour les réfugiés. Le temps semble leur avoir donné raison.

Sarah Franck
Février 2017

Liens pour plus d’informations:

http://www.middleeasteye.net/news/despair-greek-refugee-camp-after-spate-deaths-spurs-authorities-action-1761930130
http://www.lemonde.fr/europe/portfolio/2017/02/02/la-serbie-impasse-de-l-union-europeenne_5073463_3214.html
https://www.rtbf.be/info/monde/detail_la-hongrie-reflechit-a-une-detention-generalisee-des-demandeurs-d-asile?id=9501201
http://www.tdg.ch/monde/calvaire-migrants-coinces-froid/story/29896976
http://www.unhcr.org/fr/news/stories/2017/1/588a24a5a/refugies-migrants-desesperes-confrontes-froid-glacial-serbie.html
http://www.middleeasteye.net/news/serbia-accused-mass-illegal-deportations-refugees-1622114455
http://www.monde-diplomatique.fr/2016/04/DERENS/55187
http://ec.europa.eu/news/2015/10/20151025_fr.htm

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