28/06/2016

Après le vote pro-Brexit, l’UE arrivera-t-elle à se réformer et à remettre l’humain au centre de sa politique ?

Le Brexit vient chambouler voire dramatiquement transformer la structure européenne, alors que le contexte semblait déjà peu favorable à l’équilibre et à la stabilité européenne. Ce nouveau coup dur vient donc rejouer les cartes de l’avenir européen qui, semble-t-il, tendrait à plus de populisme et de replis sur soi. En effet, à l’issue de ce vote, certains partis nationalistes, dont le Front National de Marine Le Pen, ont appelé à des référendums nationaux afin de remettre en question l’appartenance à l’Union Européenne de leurs pays respectifs.


Pour la BBC, c’est le rôle de meneur qu’aurait joué l’Allemagne ces dernières années et notamment son positionnement vis-à-vis du conflit en Ukraine et vis-à-vis de la crise migratoire, qui aurait inquiété Outre-Manche.

De plus, la rhétorique anti-immigrant sur laquelle les partisans du Brexit ont joué durant la campagne semble avoir eu une influence significative. Cela a notamment poussé le quotidien The Guardian a mener une enquête d’opinion afin de recueillir les témoignages des immigrés au Royaume-Unis et leur sentiment vis-à-vis du vote pro-Brexit.

Sur un plan international, le désengagement britannique de l’Union Européenne risque d’avoir un impact conséquent sur les projets humanitaires et sécuritaires en Afrique. En effet, de nombreux projets de développement britannique sont directement financés par le Fond Européen de Développement (FED) et il n’a pas encore été décidé de réallouer ces fonds auprès du Département britannique pour le développement international. Cette dynamique de désengagement tendrait à fragiliser des projets européens qui, justement, visent dans le long terme à contenir les flux de réfugiés. Par exemple, l’Initiative pour la route migratoire UE-Corne de l'Afrique.

La fragilité de l’UE se fait également ressentir dans le processus de mise en œuvre de l’accord UE-Turquie de mars dernier. Il semblerait en effet que la politique européenne en matière de respect des droits de l’homme et des libertés individuelle ne fasse pas autorité sur les décisions actuelles prises par Ankara en la matière. En effet, trois journalistes Sebnem Korur Fincanci, Erol Onderoglu, et Ahmet Nesinde accusés de « propagandes terroriste » ont été placés le 20 juin dernier en détention préventive. Il semblerait donc que le gouvernement turc ne tienne pas compte des pressions européennes en matière de respect de la liberté d’expression et de la presse. Pourtant, le respect du critère 65 (/72) est une condition nécessaire de la politique de libéralisation des visas pour ressortissants turcs (pour plus d’informations : « Turkey’s progress on the visa liberalisation roadmap » et le Cordoba Update 8/2016).

Comme le souligne Foreign Policy dans son article « It’s Time for Europe to Walk Away From Its Refugee Deal With Turkey », le système européen dans son ensemble et vis-à-vis de la question des réfugiés, doit être réformé. Selon l’auteur de cet article Nate Schenkkan, les nouvelles arrestations de journalistes qui ont eu lieu en Turquie devrait être une occasion pour l’Europe de se rétracter vis-à-vis de l’accord, ce qui pourrait permettre la mise en place de mécanismes plus adaptés, plus pratiques et plus humains (pour plus d’informations sur ces alternatives : le Cordoba Update 11/2016 et 12/2016).

Enfin, afin de prévenir une désintégration de l’UE, fragilisée de toutes parts, le ministre français de l’économie, Emanuel Macron, a plaidé pour un débat démocratique autour de l’avenir de l’Union. Selon lui en effet « un projet de refondation, ça doit se construire avec les gens ». Il a en outre plaidé pour une « consultation transeuropéenne », afin d’éviter un éventuel effet de contagion et la mise en place de 27 référendums européens différents. Il a aussi souligné que la question de Calais se posait à nouveau et qu’elle devra donc être « immanquablement rediscutée ».

Sarah Franck
28 juin 2016


Liens pour plus d’informations :

http://www.bbc.com/news/uk-politics-eu-referendum-36619129

http://foreignpolicy.com/2016/06/26/its-time-for-europe-to-walk-away-from-its-refugee-deal-with-turkey/

https://www.hrw.org/news/2016/04/08/eu-asylum-proposals-go-wrong-direction

http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2016/06/turkey-european-union-relations-slow-death.html

http://www.liberation.fr/planete/2016/06/26/l-ue-en-desordre-de-bataille_1462249

http://www.theguardian.com/politics/2016/jun/26/brexit-intolerance-ethnic-minorities-immigrants-uk

http://ec.europa.eu/dgs/home-affairs/what-we-do/policies/european-agenda-migration/background-information/docs/20160504/turkey_progress_visa_liberalisation_roadmap_en.pdf

http://www.cordoue.ch/the-cordoba-update/item/428-the-cordoba-update-8-2016

http://foreignpolicy.com/2016/06/27/brexit-is-bad-news-for-africa-period/?utm_source=Sailthru&utm_medium=email&utm_campaign=New%20Campaign&utm_term=%2AEditors%20Picks

http://www.cordoue.ch/the-cordoba-update

http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2016/06/25/25001-20160625ARTFIG00177-apres-le-brexit-emmanuel-macron-propose-un-nouveau-projet-europeen.php
 

17:31 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

L'Europe n'a jamais vraiment été "vivante", pas vivante telle que ses ambitions l'auraient souhaitées, cette Europe qui se dessinait en se basant sur les plans conquérants allant des romains aux nazis, ne se fera ni militairement ni "démocratiquement", en fait l'union-européenne s'est faite ailleurs et depuis des siècles, les européens ont dû fuir ce corps inerte pour créer une union résistant à l'épreuve des divisions, en fait l'UE, ce sont les USA et éventuellement l’Australie.

Les USA, une terre toute neuve, une terre sans miasmes de fausse culture, et pour qu'une UE soit crée, elle doit en premier rassembler ses anciennes colonies, c'est à dire, intégrer en premier lieu, la seule union dont elle peut revendiquer une paternité, c'est à dire, principalement les USA !

Écrit par : Corto | 29/06/2016

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