22/05/2016

L’accord UE-Turquie vacille

L’accord conclu en mars dernier entre l’UE et la Turquie, visant à endiguer les flux de migrants vers l’Europe, est en train de vaciller. Selon le média Euronews, le désaccord entre Ankara et Bruxelles approcherait le « point de non-retour ».


Le Parlement européen et la Turquie s’opposent en effet sur les conditions de l’accord migratoire conclu en mars dernier. Certains députés européens ont notamment déclaré refuser de lever les visas pour les citoyens turcs tant que la Turquie n’aura pas modifié sa loi anti-terroriste, une loi qualifiée de « liberticide ». Martin Shultz, président du Parlement européen, a récemment déclaré qu’en effet certaines mesures de cette loi ne toucheraient pas directement le combat contre le terrorisme mais la liberté d’expression ou les médias. Le ministre turc des affaires européennes, Volkan Bozkir, a quant à lui soutenu qu’un changement de cette loi était impossible car elle est, selon ce dernier, compatible avec les lois européennes. Pour le président turc, Recep Tayyip Erdogan, la Turquie remplirait suffisamment de critères pour une entrée dans l’UE et il a ajouté que si aucun accord n’était trouvé avec l’Europe, « le gouvernement irait de son côté ». Cette crise intervient notamment dans le contexte de la démission du premier ministre turc actuel, Ahmet Davutoğlu, architecte de cet accord passé avec l’UE, entre autres.

L’Europe se trouve donc face à un dilemme. D’un côté, de nombreux dirigeants européens estiment que l’UE a besoin de la Turquie pour mettre fin à la crise des migrants, mais de l’autre côté, de plus en plus de voix s’élèvent afin de trouver des alternatives à cet accord. Pour Richard Dearlove, ancien chef du MI6, cet accord avec la Turquie est « pervers » et reviendrait à « stocker du gaz juste à côté d’un feu que l’on souhaiterait éteindre ». Il a en outre critiqué une politique hésitante de l’Europe.

Selon certaines sources journalistiques, des travaux préliminaires seraient ainsi en cours d’élaboration et un plan B serait envisagé afin de sortir de cet impasse. Cependant rien est certain et aucune déclaration officielle n’a encore été faite à ce sujet.

De leur côté, les dirigeants européens ou personnalités politiques multiplient les mesures et effets d’annonce afin de montrer leur volonté d’endiguer le flux de migrants et leur volonté de sauver l’UE. Par exemple, en Allemagne, le Bundestag a validé vendredi 13 mai l’inscription de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc comme « pays sûrs » afin d’endiguer les flux migratoires venant du Maghreb. Ce projet porté par la chancelière Angela Merkel de plus en plus impopulaire dans son pays, a suscité de vives réactions : l’association ProAsyl a notamment déclaré cette loi inconstitutionnelle et le député Andrej Hunko a déclaré que c’était un « vendredi noir pour le droit d’asile en Allemagne ». En France, Nicolas Sarkozy, président du parti Les Républicains (LR), appelle à refonder la politique européenne par le biais d’un nouveau traité dont il a dévoilé récemment les grandes lignes : « Je propose que soit créé un euro-Schengen, c'est-à-dire un gouvernement de Schengen composé des ministres de l'Intérieur des pays membres, avec un président stable (…) Je propose que la liberté de circulation des extra-communautaires ne soit plus permise dans l'Union européenne." Selon lui, l’Allemagne et la France doivent retrouver leur leadership.

Alors que l’avenir de l’accord est en péril, les conditions humanitaires auxquelles doivent faire face les réfugiés en Grèce s’aggravent de jour en jour. Lundi 16 mai, de désespoir, quatre migrants ont tenté de rejoindre à la nage les 26 kilomètres séparant les côtes grecques et turques. Ils ont ainsi risqué leur vie pour un trajet inverse dans lequel ils avaient certainement investi toutes leurs économies. Selon certaines sources, certains Syriens choisiraient également de prendre les routes migratoires d’Afrique du Nord afin d’arriver directement en Italie. L’OIM (Organisation Internationales pour les Migrations) reste cependant prudente quant à l’étendue de ce phénomène. Dans le même temps, les trafics d’êtres humains ne tarissent pas ou peu et selon un rapport du parlement britannique publié mardi 13 mai l’Opération Sophia, mise en place en mai afin d’endiguer ce phénomène, aurait en réalité un impact insignifiant pour lutter contre les passeurs.

Sarah Franck
17 mai 2016


Liens pour plus d’informations :

http://fr.euronews.com/2016/05/13/le-desaccord-ue-turquie-s-approfondit/
http://fr.euronews.com/2016/05/11/l-accord-ue-turquie-dans-l-impasse/
http://www.huffpostmaghreb.com/2016/05/13/tunisie-allemagne_n_9948802.html?utm_hp_ref=maghreb-politique
http://www.huffingtonpost.fr/patrick-martingenier/brexit-autriche-turquie-europe-en-danger_b_9982218.html?utm_hp_ref=fr-international
http://www.bbc.com/news/world-europe-36304721
https://fr.sputniknews.com/international/201605061024783677-davutoglu-demission-experts/
http://www.middleeasteye.net/news/eu-seeking-plan-b-migration-plan-fearing-breakdown-turkey-deal-reports-1721504408
http://www.middleeasteye.net/news/eu-failing-stop-people-smugglers-mediterranean-says-parliamentarians-2106758607
http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20160517.OBS0633/schengen-1-est-mort-nicolas-sarkozy-propose-un-nouveau-traite-europeen.html
http://www.liberation.fr/planete/2016/05/10/l-impasse-grecque-moteur-du-desespoir_1451733
http://www.publications.parliament.uk/pa/ld201516/ldselect/ldeucom/144/14402.htm

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