08/04/2008

Johan Djourou, exemple type d’une identité complexe

Johan Agwawandre Djourou est né à Abidjan en Côte d'Ivoire le 18 janvier 1987. Il a ensuite été adopté par la seconde femme, suissesse, de son père. Passionné de foot, il a joué dans des équipes à Payerne et à Genève, avant de rejoindre en 2003 l’équipe d’Arsenal et de s’établir en Angleterre. A vingt et un ans, ce sportif qui a déjà entamé une carrière internationale, dit se sentir chez lui lorsqu’il est en Angleterre, en Suisse ou en Côte d'Ivoire (TJ 19:30 de la TSR du 7 avril 2008, Semaine de l'intégration).

Johan Djourou n’est pas un cas isolé, ni une exception. A l’ère de la mobilité, on peut être amené en l’espace d’une vie à changer plusieurs fois de pays d’attache pour des raisons estudiantines, professionnelles, politiques, économiques, amoureuses, ou par simple envie d’aller voir ailleurs.

Il s’agit d’expériences enrichissantes, mais aussi d’épreuves douloureuses, de « déchirures » provoquées par l’oscillation, selon l’humeur, entre le sentiment d’appartenir à plusieurs cultures et celui de n’appartenir à aucune. Je suis bien (dé)placé pour l’affirmer.

Mais que devrait-on considérer les Djourou de plus en plus nombreux ? Des apatrides ou des personnes à patrie plurielle et à citoyenneté multiple ? Que devrait-ton leur octroyer comme document de voyage ? Plusieurs passeports, un seul marqué de plusieurs drapeaux, ou rien du tout pour les punir de leur infidélité, leur amour partagé et leur « polypatrie » ?

Il est clair que des notions telles que « étranger », « nationalité », « naturalisation » ne sont plus opératoires dans un monde en mutation rapide ; des concepts plus adaptés doivent être pensés tenant compte de l’ensemble des identifiants nouveaux d’un individu qui vit au XXIème siècle dans un environnement de plus en plus mondialisé.

C’est le sens de ma dernière note « Passport for Aliens » et des extraits rapportés du Magazine Horizons du Fonds national suisse de la recherche scientifique. Le but des recherches menées était de savoir pourquoi les « étrangers » de Suisse « sont politiquement invisibles ». Il ne s’agissait nullement de vouloir pointer du doigt un pays qui serait particulièrement xénophobe. La xénophobie n’est pas l’exclusivité d’une communauté. Elle se manifeste chez tous les peuples et dans toutes les cultures. C’est une attitude issue du sentiment de peur, lui-même amplifié par la sensation d’obscurité. Et quelle pire obscurité que celle de l’ignorance ?

Abbas Aroua
8 avril 2008


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