31/03/2008

Passport for Aliens

En parcourant l’avant dernière édition d’Horizons, le Magazine suisse de la recherche scientifique (No 75, décembre 2007), je me suis arrêté sur un article intitulé « Attention, étrangers ! »*, par Urs Hafner. On y apprend qu’« en Suisse, la xénophobie est  une réalité quotidienne. Elle est encouragée par les partis populistes qui ont aujourd’hui le vent en poupe. Mais ces formations politiques n’ont pas le monopole de la méfiance à l’égard des étrangers. Cette dernière est aussi répandue dans de larges couches de la population qui jugent les étrangers menaçants ou leur accordent une moindre valeur. » Et l’auteur d’ajouter : « Aujourd’hui, ce sont les gens venus d’Afrique et des Balkans qui incarnent par excellence cette dimension négative de l’étranger. Ils sont considérés par une large part de l’opinion comme des gens de deuxième rang, criminels, perfides et violents. Pourtant, l’image propagée par les partis populistes de droite n’a rien à voir avec la vie réelle de la plupart des migrants en Suisse. »

Ce qui m’a paru intéressant c’est que pour Urs Hafner, « le terme même d’étrangers est emblématique de cette xénophobie. Il signale que la place de ces personnes n’est pas vraiment ici, qu’elles viennent d’ailleurs et sont censées y retourner un jour. En France ou en Grande-Bretagne, aucune des dénominations officielles utilisées pour désigner des personnes d’une autre nationalité ou leurs parents n’exprime aussi fortement l’exclusion. De manière bien plus sobre et plus pertinente, on parle en France d’immigrants, en Angleterre et aux Pays-Bas de minorités ethniques, en Amérique du Nord et en Nouvelle-Zélande de migrants. »

Ceci m’a rappelé cet ami venu il y a quelques années de Grande-Bretagne pour s’installer en Suisse. Quel fût son étonnement d’y découvrir une « Police des étrangers » et des services de « Contrôle des habitants » ou de « Contrôle de la population » ! « Georges Orwell est passé par là pour écrire son « 1984 » ! » s’est-il exclamé une fois.

L’article m’a rappelé également cet autre ami qui, après vingt années passées en Suisse, n’est pas jugé « bon » pour devenir citoyen. Il est toujours considéré comme « étranger ». Il se demande souvent pour quelle raison ses étudiants de 18-19 ans sont plus citoyens suisses que lui. Un  jour il m’a raconté avec beaucoup d’amertume et d’humour se qui lui était arrivé une fois à l’aéroport de Heathrow à Londres. Il voyageait avec un « Passeport pour étrangers » ; en anglais ce document suisse, de couleur verte fluorescente, ne s’appelle pas « Passport for foreigners », mais « Passport for aliens ». L’hôtesse qui procédait à l’enregistrement, en voyant ce passeport, est tombée par terre – littéralement – de rire. Elle s’est adressée à son collègue : « Alien ! ». Pour détendre l’atmosphère, cet ami a rétorqué : « Désolé d’interrompre votre joie de rencontrer un « ET ». Je suis bel et bien un être humain ; mon passeport était rouge, mais je l’ai mis par inadvertance dans la machine à laver ». Et ce qui est amusant c’est qu’elle a cru à cette histoire.


* http://www.snf.ch/SiteCollectionDocuments/horizonte/75/75_09_10_11_12_13_f.pdf