28/10/2007

La reine des connaissances


Les mathématiques sont définies par wikipédia comme étant le "domaine de connaissance construit par des raisonnements hypothético-déductifs, ou par l'absurde, relativement à des concepts tels que les nombres, les figures, les structures et les changements". Il faut rappeler qu'une structure est l'ensemble d’éléments et ensemble de relations entre les éléments. Les mathématiques couvrent des domaines variés axés sur le concept de la régularité. On peut citer :

- l’arithmétique qui étudie la régularité des nombres ;
- la géométrie qui étudie la régularité des formes ;
- le calcul qui étudie la régularité du changement ;
- la logique qui étudie la régularité de la pensée ;
- les probabilités qui étudient la régularité du hasard ;
- la topologie qui étudie la régularité de la proximité et de la position ;
- l’algèbre qui étudie la régularité des régularités ;
- le chaos qui étudie la régularité de la non-régularité.

Les deux premiers domaines, statiques, ont été longtemps – et le sont encore souvent – dominants dans les systèmes éducatifs, qui form(ai)ent les citoyens à compter et à mesurer leurs biens.

Il est vrai que les mathématiques, par leur capacité d’abstraction, fournissent un outillage intellectuel solide pour maitriser toutes les sciences et les techniques et pour aborder la plupart des activités humaines de la physique et l'astronomie jusqu’à l’analyse financière et la musique.

Mais on peut se demander s'il est valable d’appliquer cette discipline, où la contradiction n’est pas admise, à des branches de la connaissance qui traitent d’une réalité souvent chargée de contradictions comme les sciences humaines.

C’était en tout cas mon questionnement avant de participer il y a quelques semaines à un atelier en Norvège sur le thème de « Mathématiques de, par et pour la paix » où j’ai pu avoir, entre montagnes et fjords, un aperçu limpide sur l’application des mathématiques aux études de la paix.

J’ai été enchanté d’assister à des présentations sur les théories des nombres, des ensembles, des graphes, des relations, des matrices, des jeux, des systèmes, du changement, du chaos, de la catastrophe, etc. appliquées à la paix et au conflit, ces deux concepts étant par définition des relations.

Décidément, Carl Friedrich Gauss avait raison d’appeler les mathématiques « reine des connaissances ».

Abbas Aroua
28 octobre 2007

10:43 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)

01/10/2007

Cheikh Mahmoud Bouzouzou n’est plus


Nous disons adieu à un père et un frère qui nous est cher. Un instructeur et un guide qui nous quitte. Nous saluons Cheikh Mahmoud Bouzouzou qui a rendu l’âme à l'Hôpital cantonal de Genève ce jeudi 27 septembre 2007 en début d’après midi, au milieu du mois du Ramadhan.

Cheikh Bouzouzou est né le 22 février 1918 à Bejaïa, une ville algérienne de science dont il était fier et n’a cessé d’avoir la nostalgie. Il a d’ailleurs choisi d’être inhumé en son sein. Il a passé une partie de sa jeunesse à Constantine sous l’œil attentif de cheikh Abdelhamid Benbadis et en compagnie d’autres membres de l’Association des Oulémas algériens. Après avoir terminé ses études, il s’est consacré à l’enseignement dans une Algérie que l’occupant français voulait noyer dans l’analphabétisme. Il a ainsi contribué à la fondation de mosquées et d’écoles privées pour enseigner l’arabe, langue combattue à l’époque coloniale.  

Il était l’un des pionniers du Mouvement des scouts musulmans algériens au milieu des années 1940. En tant que Guide Général il a contribué à la formation de toute une génération de militants de la cause nationale, dont certains ont été les initiateurs de la Révolution algérienne, et dont la plupart l’ont rejointe, beaucoup d’entre eux y ont d’ailleurs trouvé le martyre. Il était aussi l’un des pionniers du journalisme algérien engagé à travers ses écrits dans « al-Bassaïr » et « al-Manar ». Cette dernière publication qu’il dirigeait était au début des années 1950 une tribune remarquable dans la lutte contre l’occupation française et le dévoilement de crimes coloniaux, notamment les massacres de mai 1945. « al-Manar » était un outil efficace de conscientisation politique.

Cheikh Bouzouzou était incontestablement l’un des pionniers du Mouvement national algérien, appelant à l’unification de ses diverses composantes. Les autorités coloniales le considéraient d’ailleurs comme l’un des pères spirituels de la Guerre de libération nationale et le classaient comme « un dangereux élément subversif ». C’est ce que révèlent les notes des services de renseignement français découvertes dans les archives françaises récemment déclassées. Ses positions nationalistes lui ont valu beaucoup d’ennuis : la prison et la torture, puis l’expatriation. Il s’est exilé d’abord au Maroc, ensuite en Europe, où il s’est rendu dans plusieurs villes avant de s’établir à Genève.

A Genève, il s’est dédié au service de la communauté musulmane, à l’enseignement de la langue arabe et à la présentation de la religion et la civilisation islamiques. Il a été l’un des fondateurs du Centre islamique en 1961 et a contribué à la constitution de la Fondation culturelle islamique en 1975. Il a occupé dans ces deux institutions la fonction d’imam. Il a aussi été membre du Conseil de la Fondation Cordoue dont il a bien voulu héberger son premier siège chez lui. Il a été professeur de langue arabe pendant une vingtaine d’années à l’Ecole d’interprétariat de Genève et à l’ONU. Il accordait une attention toute particulière aux jeunes. Il les accueillait dans son bureau ou à son domicile. Il les écoutait et leur prodiguait des conseils. Il veillait à leur conscientisation.

Cheikh Bouzouzou était adepte du juste milieu et détestait les positions extrêmes. Il était sage dans ses rapports avec les autres. Sa conduite exemplaire et ses qualités humaines étaient la meilleure carte de visite qu’il pouvait offrir de l’islam. Il s’est distingué par une vaste culture et une ouverture à l’Autre. En est preuve sa bibliothèque offerte à la ville de Genève qui contient des milliers de volumes en diverses langues couvrant les sciences de la religion, les lettres, les arts, l’histoire, la philosophie, le droit et les sciences politiques, économiques et sociales. Ce que je retiendrai de Cheikh Bouzouzou en particulier, c’est l’importance qu’il accordait à la science et à l’action. La science utile intimement liée à l’action bénéfique, ainsi que son amour pour le livre.

Dans sa dernière intervention dans les médias, l’année passée, à l’occasion de « l’Affaire des caricatures », il déclarait que « cette crise révèle deux fléaux qui menacent l’humanité : l’injustice envers l’Autre et l’ignorance de l’Autre » et affirmait que « la sagesse commande de rappeler et de souligner que nos différences constituent un trésor nous offrant la chance unique de nous enrichir mutuellement. Et par là, de construire des ponts en vue de nous rapprocher les uns des autres », avant de conclure qu’ « il est du devoir de chacun de nous, quelles que soient nos convictions, de faire l’effort nécessaire non seulement de connaître l’Autre, mais aussi de le reconnaître et de lui faire justice en toutes circonstances. »

Avec le décès de Cheikh Bouzouzou, l’Algérie perd l’un de ses enfants qui n’ont cessé d’œuvrer pour son indépendance et son émancipation, Genève perd une voix de sagesse qui avait l’éminente capacité d’apaiser et de concilier.


Scheich Mahmoud Bouzouzou ist verschieden

Wir verabschieden uns heute von einem Vater, von einem Bruder, einem von uns geliebten Menschen. Einem Wegweiser und Begleiter, der uns verlässt. Wir loben Scheich Mahmoud Bouzouzou, dessen Seele an diesem Donnerstag, den 27. September 2007, am frühen Nachmittag, mitten im Monat Ramadhan, verschieden ist.

Scheich Bouzouzou wurde am 22. Februar 1918 in Bejaïa geboren, einer algerische Stadt der Wissenschaft, auf die er sehr stolz war und nach der er sich unaufhörlich sehnte. Er hat im Übrigen gewählt dort beigesetzt zu werden. Einen Teil seiner Jugend verbrachte er in Constantine, unter der sorgfältigen Aufsicht von Scheich Abdelhamid Benbadis, in Begleitung von anderen Mitgliedern der algerischen Association des Oulémas.[1] Nach seinem Studium widmete er sich, in einem Algerien, das durch den französischen Besatzer im Analphabetismus versinken sollte, dem Lehramt. Er hat zur Gründung von Moscheen beigetragen und von Privatschulen, die Arabisch lehrten, die Sprache, die während der Kolonialzeit bekämpft wurde.

Mitte der vierziger Jahre war er einer der Pioniere vom Muslimischen Algerischen Pfadfinderverband. Als Generalleiter hat er zur Ausbildung einer ganzen Generation von aktiven Mitgliedern der «cause nationale» beigetragen, von denen einige Initiatoren der algerischen Revolution gewesen waren und deren Mehrheit sich ihr angeschlossen hat. Viele unter ihnen wurden zu Märtyrern. Er war auch durch seine Texte in "al-Bassaïr" und "al-Manar", einer der Pioniere des engagierten, algerischen Journalismus. Die Publikation "al-Manar", die er leitete, war Anfang der fünfziger Jahre eine bemerkenswerte Tribüne für die Bekämpfung der französischen Besatzung und der Bekanntmachung der Kolonialverbrechen, besonders über die Massaker vom Mai 1945. "Al-Manar" war ein kompetentes Instrument politischer Bewusstseinsbildung.

Scheich Bouzouzou war unumstritten einer der Pioniere der Algerischen Nationalbewegung, die zur Vereinigung ihrer unterschiedlichen Strömungen aufrief. Die Kolonialbehörden betrachteten ihn im Übrigen als einen der geistigen Vorbilder des nationalen Befreiungskrieges und stuften ihn als «ein gefährliches, subversives Element» ein. Das enthüllen die vor kurzem gefundenen Notizen der französischen Geheimdienste, in den französischen Archiven. Wegen seinen nationalistischen Standpunkten hatte er viele Probleme: Gefängnis und Folter, dann das Exil. Er emigrierte zuerst nach Marokko, dann nach Europa, wo er sich in mehreren Städten aufhielt, bevor er sich in Genf niederließ.

In Genf widmete er sich der muslimischen Gemeinschaft, der Lehre der arabischen Sprache, so wie der Darstellung der islamischen Religion und Zivilisation. Er war, im Jahre 1961, einer der Gründer des Islamischen Zentrums und hat, im Jahre 1975, zur Bildung der Fondation culturelle islamique [2] beigetragen. In beiden Institutionen hatte er das Amt des Imams. Er war auch Ratsmitglied der Fondation Cordoue, deren ersten Sitz er bei sich beherbergte. Er war zwanzig Jahre lang Professor für Arabisch an der Dolmetscherschule der Universität Genf und bei der UNO. Den Jugendlichen schenkte er ganz besondere Beachtung. Er empfing sie in seinem Büro oder in seinem Wohnsitz. Er hörte ihnen zu und überhäufte sie mit Ratschlägen. Er achtete auf ihre Bewusstseinsbildung.

Scheich Bouzouzou war ein Anhänger der Bewahrung des Mittelmaßes, er verabscheute Extrempositionen. Er war weise in seinen Beziehungen mit Anderen. Sein beispielhaftes Verhalten und seine menschlichen Eigenschaften waren die beste Visitenkarte, die er vom Islam zeigen konnte. Er besaß ein umfassendes Kulturverständnis und zeichnete sich durch die Öffnung gegenüber dem Anderen aus. Der Beweis dafür ist seine Bibliothek mit tausenden von Büchern in mehreren Sprachen über Religionswissenschaft, Geisteswissenschaft, Kunst, Geschichte, Philosophie, Jura, Politologie, Wirtschafts- und Sozialwissenschaften, die er der Stadt Genf vermachte. Was ich von Scheich Bouzouzou besonders im Gedächtnis behalten werde, ist die Bedeutung, die er der Wissenschaft und der Tat beimaß. Die nützliche Wissenschaft, die sehr eng mit der guten Tat verbunden ist, sowie seine Liebe zu dem Buch.

In seinem letzten Beitrag in den Medien, im vergangenen Jahr, erklärte er anlässlich « der Affäre der Karikaturen », dass « diese Krise zwei Plagen enthüllt, die die Menschheit bedrohen: Ungerechtigkeit gegenüber dem Anderen und Ignoranz über den Anderen » und er betonte, dass « die Weisheit anordnet daran zu erinnern und zu unterstreichen, dass unsere Unterschiede einen Reichtum bilden, der uns die einmalige Chance anbietet uns gegenseitig zu bereichern und so mit Brücken zu bauen, die uns einander nähern » bevor er schlussfolgernd sagte, dass « es die Pflicht von jedem von uns ist, ungeachtet unserer Überzeugungen, die nötige Bemühung zu unternehmen, um nicht nur den Anderen kennen zu lernen, sondern um ihn auch anzuerkennen und ihm unter allen Umständen Gerechtigkeit widerfahren zu lassen. »

Mit dem Ableben von Scheich Bouzouzou verliert Algerien eines seiner Kinder, die nie ihre Bemühungen für die Unabhängigkeit und die Emanzipation von Algerien eingestellt haben. Genf verliert eine Stimme der Weisheit, die das hervorragende Vermögen hatte, zu schlichten und zu versöhnen.

Fußnoten :
[1] Association des Oulémas : Vereinigung der Ulama / Vereinigung der Gelehrten
[2] Fondation culturelle islamique / Kulturelle Islamische Stiftung in Genf

Übersetzung aus dem Französischen :
Monica Hostettler



00:07 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3)