31/08/2007

Lamari et Basri échappent à la justice des hommes

 

A un jour d'intervalle, deux piliers du système répressif maghrébin ont trouvé la mort suite à de lourdes maladies. Driss El Basri, ancien chef de la DST marocaine et ancien ministre de l'Intérieur, connu pour son rôle dans les exactions (exécutions sommaires, disparitions) à grande échelle qu'a connu le peuple marocain sous Hassan II, est décédé lundi à l'âge de 69 ans à Paris où il s'était réfugié. Il souffrait d'une cirrhose du foie.

Mardi matin, c'est au tour du général-major algérien Smaïn Lamari (66 ans), numéro 2 du Département de renseignement et de sécurité qui souffrait depuis des années d'un cancer, de succomber à une attaque cardiaque. Chargé du renseignement extérieur, Lamari a joué un rôle majeur dans la répression et les crimes contre l'humanité perpétrés après le coup d'état de 1992. Surnommé Hadj Smaïn, c'est lui l'architecte de l’infiltration des maquis et des groupes armés transformés en instrument de terreur contre la population civile, et notamment contre la base sociale du FIS.

Dans son témoignage "Chronique des années de sang", l'ex-officier algérien du DRS, col. Mohammed Samraoui, rapporte qu'en mai 1992, Lamari avait affirmé en présence de plusieurs officiers : "je suis prêt à éliminer trois millions d’Algériens s’il le faut pour maintenir l’ordre que les islamistes menacent". Ami intime du général Rondot, Lamari était, selon le témoignage d'agents transfuges, le commanditaire d'assassinats et de tentatives d'assassinats politiques contre des opposants algériens vivant en Europe, notamment en France et en Allemagne. Il était aussi fortement soupçonné d'être derrière la vague d'attentats perpétrés à Paris en 1995.

En Suisse, Lamari est bien connu pour ses visites régulières et demandes incessantes au gouvernement fédéral pour lui livrer des opposants algériens résidant en Suisse, ainsi que pour son implication dans "l'affaire de la liste" de ressortissants algériens transmise à Alger par un agent double algérien et un collaborateur de la Police genevoise.

Lors de son enterrement, une foule immense de personnalités influentes du régime algérien étaient présentes : hommes politiques de divers horizons, officiers supérieurs de l’armée, hommes d’affaires puissants. Les journalistes ont reçu l’ordre formel de ne pas prendre de photos. Au lendemain des funérailles, la presse algérienne dite indépendante saluait en Lamari un grand patriote qui « a su infiltrer l’armée française à l’âge de huit ans » et qui a infiltré les « groupes islamistes » dans les années 90. Elle considérait sa mort comme une perte pour l’Algérie.

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