22/05/2007

Le minaret en Suisse : générateur de tension ou source de lumière


Le minaret soulève en Suisse un débat de plus en plus passionné. Cela fait plusieurs mois que je me retiens d’écrire au sujet de cet objet architectural qui orne la mosquée en pensant que la polémique qu’il suscite allait s’apaiser au bout d’un certain temps. Hélas ce n’est pas le cas. La semaine dernière des politiciens de la droite nationaliste ont lancé une initiative populaire fédérale « contre la construction de minarets ». J’estime donc utile de verser au débat quelques clarifications concernant les minarets.

Que d’interprétations ont été avancées sur la symbolique du minaret !

Ses défenseurs affirment qu’il symbolise le chiffre 1, faisant référence à l’unicité divine, ou qu’il a la forme de la lettre alif, première de l’alphabet arabe, soulignant la place du savoir dans la mosquée. D’autres y voient un indicateur qui pointe vers le Ciel et rappelle constamment la présence de l’Unique.

Ses détracteurs voient en lui un signe de puissance indiquant le caractère agressif de l’Islam ou un symbole phallique reflétant une culture patriarcale qui pérennise la soumission de la femme ; certains caricaturistes y voient même un missile pointé en direction de l’Occident.

Le Conseiller fédéral Christoph Blocher a jugé opportun d’intervenir dans le débat sur les minarets en les qualifiant, dans les colonnes du Matin Dimanche (6 mai 2007), de « signes de domination » et en s’interrogeant sur « leur place dans un pays chrétien comme la Suisse », en précisant toutefois que « la Confédération ne reconnaît aucune religion comme religion d'Etat. »

M. Blocher a raison de penser que le gigantisme et la surélévation excessive d’un ouvrage peut porter le message de puissance écrasante et de domination. Les historiens de l’architecture expliquent comment la taille imposante des édifices officiels dans les différentes civilisations, de l’Antiquité à l’ère moderne, a pour but d’impressionner l’individu et lui inculquer la soumission à l’ordre politique ou religieux. Cependant, M. Blocher se trompe manifestement en faisant une inférence concernant le minaret sans prendre la peine de s’informer sur son histoire et ses fonctions dans la cité.

Il convient de remarquer que le minaret n’existait pas dans les mosquées durant presque tout le premier siècle de l’Islam. Lorsque la construction de la première mosquée de l’histoire musulmane fut achevée à Médine, une discussion eut lieu entre le Prophète et ses compagnons sur le moyen de faire l’appel à la prière (adhaan). Plusieurs solutions furent suggérées, dont la cloche des chrétiens et la corne des juifs. C’est finalement la voix humaine qui fut adoptée. Bilal l’abyssin, fraichement affranchi de sa condition d’esclave, fut honoré en étant désigné par le Prophète pour prononcer le premier adhaan du toit de la mosquée. Ce fut le premier muezzin de l’Islam.

Les historiens datent l’apparition des premiers minarets à environ 80 ans après le décès du Prophète, notamment à Damas où régnait la dynastie omeyade. Les spécialistes de l’architecture islamique évoquent l’influence des églises byzantines de Syrie sur la conception des mosquées, le minaret étant le pendant du clocher. C’est peut-être pour cette raison que dans certaines régions du Monde arabe, notamment au Maghreb, le minaret est appelé saoumaa, un terme désignant aussi un ermitage ou couvent.

A l’origine, munis de torches, les premiers minarets servaient à l’éclairage des alentours des mosquées. Le terme Minaret vient en fait du mot arabe manaara, dérivé de nour (lumière), le minaret signifie donc littéralement phare. En outre, tel une tour de guet ou de crieur, le minaret offrait au muezzin une position avantageuse pour porter sa voix le plus loin possible dans des agglomérations urbaines de plus en plus étendues. Ainsi le minaret est aussi appelé en arabe mi’dhana : lieu de l’appel à la prière.

Il est évident qu’à l’apparition des hauts parleurs, le muezzin n’avait plus besoin de monter en haut du minaret. Ce dernier a perdu davantage de son utilité fonctionnelle avec le développement des réseaux d’éclairage urbain et les moyens techniques permettant au croyant d’être avisé du temps de la prière de manière très personnalisée (ordinateur, téléphone cellulaire, montre à quartz, etc.).

Cependant, le minaret garde toute sa dimension esthétique. Mince et élégant, intégré de façon harmonieuse dans les traditions architecturales locales du monde entier, loin d’inspirer un sentiment de domination, il est perçu comme une source de lumière à la fois physique et spirituelle. Il est associé à la prière ou salaat (de Sila) signifiant le lien permanent entre l’être humain et la Source de Lumière (an-Nour) qui est l’un des attributs du Créateur. C’est ce lien qui permet le ressourcement spirituel.

Les conflits générés par les projets de construction de mosquées en Suisse devraient être traités au niveau local dans un climat de confiance et de bon voisinage, loin de toute passion. La religion musulmane n’impose pas la présence d’un minaret dans une mosquée, ni encore moins sa taille ou sa forme. Ceux qui souhaitent édifier une mosquée avec minaret pourront concevoir l’architecture la plus appropriée et tenant bien entendu compte des impératifs urbanistiques et des souhaits de leurs voisins et concitoyens.

Si la laïcité ne permet pas, à juste titre, l’ingérence du culte dans les affaires de l’Etat, elle n’autorise pas davantage l’Etat de s’immiscer dans la gestion du culte dans ses moindres détails. Quant à ceux qui s’interrogent sur la place du minaret « dans un pays chrétien comme la Suisse », que dirons-nous alors si, par réciprocité, des pays musulmans en venaient à interdire les églises sur leurs sols, certaines d’entre elles étant par ailleurs des chefs d’œuvre architecturaux ?

Certains veulent hélas transformer un sujet banal en question de « sécurité nationale », à des fins souvent politiciennes. Par leurs attitudes et comportements irresponsables, ils excitent chez les non-musulmans l’instinct de peur et de rejet, et renforcent chez les musulmans le sentiment de déni et de frustration. Mesurent-ils seulement le risque qu’ils font encourir à l’harmonie sociale dans ce pays ? Quand prendront-ils conscience que ni la peur, ni la frustration n’est souhaitable si l’on a le souci de préserver un modèle de société fondé sur le respect, la cohésion, et la solidarité entre les citoyens ?

Abbas Aroua
 
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Das Minarett in der Schweiz: Konflikterzeuger oder Lichtquelle? 
 
Das Minarett ruft in der Schweiz eine immer leidenschaftlicher werdende Debatte hervor. Seit Monaten halte ich mich zurück über dieses Architekturobjekt, welches die Moschee schmückt, zu schreiben, da ich dachte, dass die Polemik, die es verursacht hat, sich nach einiger Zeit dämpfen würde. Leider ist dies nicht der Fall. Letzte Woche haben Rechtsaussen-Politiker eine eidgenössische Volksinitiative « Gegen den Bau von Minaretten » lanciert. Ich halte es also für nötig an der Debatte teilzunehmen und Einiges bezüglich der Minarette zu erläutern.

Welche Interpretationen doch über die Symbolik des Minaretts vorgebracht worden sind!

Seine Verteidiger behaupten, es würde die Ziffer 1 symbolisieren, das göttliche Einssein oder dass es auf die Form des Buchstaben alif verweist, der Erste im arabischen Alphabet, der den Platz des Wissens in der Moschee unterstreicht. Andere sehen darin einen Indikator, der stetig die Richtung des Himmels anzeigt und an die Anwesenheit des Einzigen erinnert.

Seine Gegner sehen in ihm ein Machtsymbol, welches den aggressiven Charakter des Islams darstellt oder ein Phallus-Symbol, welches eine patriarchalische Kultur widerspiegelt, die die Unterwerfung der Frau verewigt und einige Karikaturisten sehen im Minarett sogar eine Richtung Westen ragende Rakete.

Bundesrat Christoph Blocher hat es für nötig gehalten, in die Debatte über die Minarette einzugreifen, indem er die Minarette in der Westschweizer Sonntagszeitung Matin Dimanche (vom 6. Mai 2007) als ein “Zeichen von Beherrschung“ bewertete und er sich Gedanken mache “ob sie in einem christlichen Land wie der Schweiz einen Platz haben?” Allerdings erklärte er, dass ”der Bund keine Religion als Staatsreligion anerkennt.“

Herr Blocher denkt zu Recht, dass gigantische Ausmasse und extreme Erhöhung eines Bauwerkes die Botschaft von erdrückender Macht und Beherrschung überbringen kann. Die Architekturhistoriker erklären, dass die eindrucksvolle Höhe der offiziellen Gebäude in den verschiedenen Zivilisationen, vom Altertum bis zur modernen Ära, das Ziel hat, den Menschen zu beeindrucken und ihm die Unterwerfung zur politischen oder religiösen Macht einzuschärfen. Herr Blocher täuscht sich jedoch ganz offensichtlich, wenn er diese Folgerung im Bezug auf das Minarett zieht, ohne dass er sich bemüht, sich über seine Geschichte und seine Aufgabe in der Stadt zu informieren.

Es empfiehlt sich auch darauf hinzuweisen dass es während des 1. Jahrhundert des Islams in den Moscheen fast keine Minarette gab. Als der Bau der ersten Moschee der islamischen Geschichte in Medina vollendet war, fand zwischen dem Prophet Muhammad und seinen Gefährten eine Diskussion statt, wie man den Gebetsruf [adhan] machen könnte. Mehrere Lösungen wurden vorgeschlagen, darunter die Glocke der Christen und das Horn der Juden. Schliesslich wurde für die menschliche Stimme entschieden. Bilal der Abbessinier, der gerade aus seiner Versklavung befreit worden war, wurde von Prophet ernannt den ersten Gebetsruf des Islams vom Dach der Moschee auszurufen. Er war der 1.Gebetsrufer [muadhin] des Islams (auch Muezzin genannt).

Die Historiker geben den Bau der ersten Minarette ungefähr 80 Jahre nach dem Tod des Propheten an, besonders in Damaskus, wo die Umayyaden-Dynastie herrschte. Spezialisten der islamischen Architektur erwähnen den Einfluss auf die Konzeption der Moscheen von den byzantinischen Kirchen von Syrien, das Minarett ist das Pendant des Kirchturms. Vielleicht wird aus diesem Grund in einigen Regionen der Arabischen Welt, besonders im Maghreb, das Minarett auch suumah genannt, ein Wort das auch eine Einsiedlung oder ein Kloster bezeichnet.

Ursprünglich dienten die ersten Minarette, die mit Fackeln versehen waren, dazu die Umgebung der Moscheen zu beleuchten. Der Begriff Minarett stammt in der Tat vom arabischen Wort manaara, ein abgeleitetes Wort von nur (Licht) ab. Minarett bedeutet also wortwörtlich Leuchtturm. Ausserdem boten diese Wach- oder Ausrufertürme dem Muezzin eine vorteilhafte Position, seine Stimme konnte somit, in den immer zunehmenden städtischen Ballungsräumen, so weit wie möglich gehört werden. Folglich wird das Minarett auch im Arabischen mi' dhana genannt: Der Ort, von dem aus der Ruf zum Gebet erfolgt.

Es ist offensichtlich, dass seit der Existenz der Lautsprecher der Muezzin nicht mehr nach oben ins Minarett muss. Es verlor noch mehr von seiner funktionellen Nützlichkeit durch den Fortschritt in der Stadtbeleuchtung und durch die technischen Mittel, die dem Gläubigen erlauben persönlich über die Gebetszeit informiert zu werden, (über Rechner, Handy, Quarzuhr usw.).

Das Minarett bewahrt jedoch seine ästhetische Dimension. Schlank und elegant passt es sich harmonisch den örtlichen architektonischen Traditionen in der ganzen Welt an. Es ist weit davon entfernt einen Machtanspruch zu erheben, sondern wird als physische, wie auch geistige, Lichtquelle angesehen. Das Minarett ist mit dem Ritualgebet oder salah (von silah) verbunden, welches die ständige Beziehung zwischen dem menschlichen Wesen und der Lichtquelle (an-Nuur), ein Attribut des Schöpfers, symbolisiert. Diese Bindung erlaubt die innere Läuterung.

Die Konflikte, die durch die Bauprojekte von Moscheen in der Schweiz entstanden sind, müssten auf örtlichen Ebenen in einem Vertrauensklima und unter Rücksichtnahme der Umgebung angegangen werden, ohne jede Leidenschaft. Die islamische Religion verlangt nicht die Präsenz eines Minaretts in einer Moschee und noch weniger die Höhe, noch die Form. Jene, die wünschen eine Moschee mit Minarett zu bauen, können die passende Architektur planen, die selbstverständlich die urbanistischen Forderungen und die Wünsche der jeweiligen Umgebung und der Mitbürger berücksichtigt.

Wenn Laizismus, zu Recht, die Einmischung von Religion in die Staatsangelegenheiten nicht erlaubt, erlaubt sie aber auch nicht dem Staat sich in Religionsführung weitgehend einzumischen. Was jene betrifft, die sich über den Platz des Minaretts ”in einem christlichen Land wie die Schweiz” Gedanken machen, was würden wir denn sagen, wenn aus Gegenseitigkeit, in den islamischen Ländern, die Kirchen, wovon einige ausserdem architektonische Meisterwerke sind, verboten werden.

Manche wollen leider, oft zu politischen Zwecken, ein banales Thema in “nationale Sicherheit” verwandeln. Durch ihre unverantwortlichen Einstellungen und Reaktionen fördern sie bei den Nichtmuslimen den Angst- und Ablehnungstrieb und verstärken bei den Muslimen das Gefühl der Verweigerung und der Frustration. Ermessen sie aber das Risiko, welches sie der gesellschaftlichen Harmonie in diesem Land aussetzen? Wann werden sie sich dessen bewusst werden, dass weder Angst noch Frustration wünschenswert sind, wenn man danach strebt, ein Gesellschaftsmodell zu bewahren, das auf Respekt, dem Zusammenschluss und der Solidarität zwischen den Bürgern basiert?

Abbas Aroua

Übersetzung aus dem Französischen : Monica Hostettler

14:40 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

JE VOUS SIGNALE QUE LA CONSTRUCTION D EGLISE EST INTERDITE
EN ARABIE SEOUDITE

Écrit par : arwin | 31/05/2007

Est-ce que arwin sait que l'Islam tolère la contruction d'Eglises sur le territoire saoudien, à l'exception de lieux saints de l'islam (la Mecque et Medine). C'est un peu l'equivalent du Vatican ou, a ma connaissance, il n'est pas aisé de construire une mosquée ou une synagogue.

Écrit par : raymond | 31/05/2007

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